
La politique politicienne tient souvent du comique de répétition, à en juger par les suites du doublé du PSG/Arsenal, ce samedi 30 mai, en Coupe des champions. Les émeutes ayant accompagné ce sacre étaient prévisibles ; les réactions politico-médiatiques aussi.
Le bilan, tout d’abord : 890 interpellations, 178 policiers et gendarmes blessés, dont certains grièvement. Sans oublier 219 autres blessés civils ; ce à quoi faut-il encore ajouter des commerces pillés et des équipements publics dévastés. La routine, dira-t-on. À tout seigneur tout honneur. Emmanuel Macron, déclare évidemment que tout cela est « inacceptable » et « inqualifiable ». Soit exactement le même discours que celui tenu il y a un an, quand la France entière avait été soumise aux mêmes razzias lors de la première victoire du PSG. « L’inacceptable » a donc été « accepté », tandis que « l’inqualifiable » n’a toujours pas été « qualifié ».
Il y a quelques jours, Laurent Nuñez, son ministre de l’Intérieur, lui avait pourtant fourni une piste, en évoquant une autre victoire footballistique tricolore, celle de Lens en Coupe de France, ce 22 mai. Là, plusieurs dizaines de milliers de supporters avaient joyeusement fêté l’événement sans que les forces de l’ordre n’aient à intervenir. « Ce n’est pas le même public », affirmait le locataire de la Place Beauvau. C’est-à-dire ? C’est-à-dire que, d’un côté, il y a les amateurs de foot. Et de l’autre, la racaille, souvent issue d’une immigration devenue folle. Comme quoi il faut bien, à un moment ou à un autre « qualifier » les situations et les hommes qui les provoquent. Et « accepter » qu’entre Français de souche, la fête soit plus douce, que lorsque les Français de papier s’y invitent de force. Emmanuel Macron semble ignorer ces menus détails. Décidément, il y a plein de choses qu’on n’enseigne pas, ou plus, dans les grandes écoles.
Pour Thierry Breton, c’est la faute à la dérive des comptes publics…
Encore plus à côté de la plaque, il y a Thierry Breton, ancien ministre de l’Économie sous le règne de Jacques Chirac. Pour lui, rien de plus simple, affirme-t-il sur CNews : « C’est la faute des hooligans. » Manifestement, notre polytechnocrate ne s’y connaît guère plus en football qu’en économie, à en juger de son piteux passage à la tête de fleurons industriels tels que Thomson et Atos. En effet, les hooligans étaient des groupes de supporters qui aimaient bien s’affronter les uns les autres et parfois, il est vrai, avec les forces de l’ordre qui tentaient de les empêcher de le faire. Ils se donnaient rendez-vous en des endroits précis, ouvraient la boîte à claques, le carton à horions, laissaient parfois certains des leurs sur le pavé. Mais ils n’agressaient pas les passants au hasard, ne saccageaient pas ni ne pillaient les commerces, ne tiraient pas des « mortiers d’artifices » sur les pompiers… S’ils pouvaient aller jusqu’à « haïr » viscéralement un club, cette détestation ne s’étendait pas à toute une ville, tout un peuple, toute une nation… Autre temps, autre époque.
Plus croquignolet, Thierry Breton a une seconde explication sociétale dans sa musette, quant à ces émeutes urbaines : « Ces violences sont en partie explicables par le fait que l’État ne respecte pas ses obligations budgétaires et montre donc un mauvais exemple à la jeunesse. » Celle-là, il fallait la trouver. Si l’on comprend bien, les hordes de pillards ayant déferlé sur Paris et nombre de grandes villes montraient leur désaccord de fond vis-à-vis de la mauvaise tenue des comptes publics. On se disait bien, aussi. 1
Une presse qui peine désormais à cacher la merde au chat…
Et les médias ? Soyons honnêtes, ils ne pouvaient plus faire comme si rien ne s’était passé, tel que ce fut le cas l’année dernière. Ce sera donc le service minimum de l’information, tel qu’assuré en cas de grève des transports. Le Parisien relègue ainsi la chose en queue de sujet, après onze pages de célébration béate. Pour Libération ? Un articulet en pages intérieures, relégué en fin de dossier et de la sorte titré : « Après la fête, des gardes à vue et la récupération politique. » Au premier rang de cette dernière, le RN et LR, sans surprise : « Jordan Bardella a dénoncé sur X “une violence d’atmosphère devenue insupportable”, quand Bruno Retailleau a estimé que “cette crise de l’autorité ne se résoudra pas sans s’attaquer aux désordres migratoires”, rien de moins. » Pourtant, le quotidien jadis fondé par Serge July daigne s’attarder sur une autre « récupération », celle de LFI : « La députée Clémence Guetté a accusé les forces de l’ordre d’avoir “chargé des gens qui ne commettaient aucun débordement”. »
Dans L’Humanité, quotidien naguère communiste, mais devenu une sorte de Rivarol d’extrême gauche en beaucoup moins bien écrit, on lit : « Encore une fois, nombre de médias ont expliqué que la fête avait été gâchée. Sur CNews, BFMTV, LCI et même France Info, les images de heurts entre la police et les fans du club sont passées en boucle. Sans doute une manière pour eux de montrer que les discours sécuritaires et de discrimination répétés à longueur de journée avaient enfin une justification. » Bref, Pascal Praud et France Info, même combat ! Pourtant, le fantôme du journal qui fut celui de Jean Jaurès, doit malgré tout reconnaître : « Il y a eu certes des incidents, par exemple à la République, où les tirs de mortier ont répondu au gaz lacrymogène que les CRS avaient lâché pour disperser les fêtards. Encore une fois, aux alentours du Parc des Princes, aux Champs-Élysées, le jeu du chat et de la souris a occupé les forces de l’ordre une partie de la nuit. » Et, aveu final, sachant qu’on ne saurait toujours cacher la réalité, fut-ce aux lecteurs de L’Humanité : « Il y a eu aussi des casseurs, mais était-ce bien tous des Parisiens ou ces gamins des banlieues si honnies par la droite et l’extrême droite qui étaient à la manœuvre ? »
La faute à « la droite et à l’extrême droite »…
Ben voyons, pour paraphraser Éric Zemmour. Il s’agissait évidemment des hordes du Canon français, de celles du GUD, des Petits chanteurs à la Croix de bois, des Identitaires, des Raéliens ou de l’Action française qui, tels des loups entrés dans Paris, ont dévoilé leur vrai visage. Celui de la haine de l’amour. De l’amour de la haine. Au passage, on notera que ceux qui accusent « droite et extrême droite » de sombrer dans la récupération politique, ne sont pas les derniers à politiquement récupérer le premier fait-divers venu.
Un brin plus lucide, Jérôme Fourquet décrypte, dans Le Figaro du 1er juin : « Année après année, ces pratiques s’enracinent et se transmettent aux générations montantes, qui voient dans ces dates, autant d’occasions de mettre le “zbeul” (le “bordel”) à peu de frais (la proportion des interpellés écopant de peines étant très faible) et d’affronter la police ou de piller, pour les plus déterminés d’entre eux. Certains y verront une soupape nécessaire à l’expression d’une énergie juvénile qu’il a toujours été difficile de canaliser, d’autres une extension progressive du domaine de l’émeute et de la loi des bandes face à un État qui peine, voire rechigne, à exercer son monopole de la violence physique légitime. »
Tout est dit. C’est la réalité et le premier clampin venu aurait pu le comprendre sans même lire Jérôme Fourquet. Mais la gauche n’aime guère avoir des nouvelles de cette même réalité.
1 – Notons néanmoins que les comptes de la DZ Mafia doivent être mieux tenus que ceux de Bercy. Ce qui ne confine pas à l’exploit.
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