Présidentielle : la course à l’échalote

par François Marcilhac

À l’heure où nous écrivons, le dernier à s’être déclaré est Gabriel Attal, mais rien ne dit qu’avant la publication de ces lignes un nouveau destin national ne surgira pas du ventre fécond de la République. Car s’il est bien un sujet qui aurait justifié l’étonnement de quelque nouveau Persan en visite en France inventé tout exprès par Montesquieu, et bien plus légitimement que la cour de Versailles, c’est la faculté qu’ont certains de nos politiciens de se poser en sauveurs de la France pour n’avoir jamais rien fait d’autre de toute leur vie que d’avoir hanté les couloirs du pays légal, y jouant parfois un rôle prépondérant sans pourtant que l’on puisse trouver un lien existentiel entre leur action passée et présente et le bien commun de la nation. Mais la république est ainsi faite qu’elle a besoin en permanence d’un sauveur et la Ve, qui prétend faire reposer l’élection du chef de l’État sur le dialogue entre un homme et son peuple, suscite des vocations à foison. Si l’heure internationale n’était si grave et la situation du pays aussi catastrophique, c’en serait presque risible. Malheureusement, les Français n’ont plus envie de rire. L’état de délabrement avancé dans lequel les politiciens ont mis la France ne rend encore que plus lamentable le spectacle qu’offre un pays légal dont la reproduction endogène suscite un dégoût qui pourrait un jour éclater en une colère légitime.

 Pour le PS, les pauvres, ça pue

 La dernière provocation en date est venue du Conseil constitutionnel qui a censuré la suppression, votée par le Parlement sous la pression exigeante du pays réel, des ZFE, ces prétendues zones à faible émission (de CO2) mais vraies zones à forte exclusion des Français les plus modestes, ceux qui n’ont pas les moyens de s’acheter une voiture électrique. Le Conseil constitutionnel, ne voulant pas se prononcer sur le fond, a invoqué un prétendu « cavalier législatif », à savoir une mesure qui n’aurait rien à voir avec le texte qui lui était soumis. Qu’importe ? Le fait est que 106 députés socialistes et écologistes, pour lesquels, les pauvres, ça pue, avaient saisi les prétendus sages, dont on connaît à la fois l’indifférence idéologique au sort de leurs concitoyens les plus modestes et la soumission aux diktats bruxellois. Certes, la décision était prévisible : c’est pourquoi les macroniens, solidaires de leurs camarades socialistes et écologistes, mais qui se rappellent encore les bévues ayant conduit à la révolte des gilets jaunes, les ont laissés mener le juste combat contre une mesure évidemment populiste. Comment la gauche pourrait-elle aller contre les intérêts des plus pauvres ? Mais les Français ne sont plus dupes : le déclin du PS, la stagnation des écologistes témoignent d’une prise de conscience de plus en plus aiguë d’une imposture érigée en système.

 Des institutions à bout de souffle

 Nous le disons et le répétons chaque fois que l’actualité s’y prête : nos institutions sont à bout de souffle. Cela ne signifie pas qu’elles ne peuvent pas encore faire illusion quelque temps : tant que ces ambitieux médiocres qui constituent notre classe politique ne seront pas confrontés à une situation d’une exceptionnelle gravité, la Ve République continuera de vaquer aux affaires courantes, sachant pouvoir compter sur une police et une armée légalistes et des financiers internationaux choisissant de laisser se creuser une dette abyssale plutôt que de voir un pays comme la France sombrer dans le chaos — au risque de tout perdre : la dette est une rente. La pléthore à droite, au centre, à gauche, de candidats à la présidentielle est un signe de cet essoufflement : la fonction de président de la République n’est plus considérée que comme une simple fonction de courtier, d’intermédiaire entre une Commission européenne toute puissante et un peuple qui, faussement représenté par une classe politique dont la majeure partie ne croit plus en la France et a acté la soumission à Bruxelles, doit s’habituer à la mise sous tutelle de son pays, le Conseil constitutionnel, on l’a vu, mais aussi le Conseil d’État, voire la Cour de cassation prenant leurs ordres auprès d’organismes supranationaux — la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) ou la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Pour nos politiques, la question institutionnelle est, en un sens, dépassée. Une Ve à bout de souffle, tant qu’elle en a suffisamment pour imposer en France l’ordre bruxellois, suffit à ce rôle. Même la question internationale – bientôt militaire ? – est laissée à la main d’une Union européenne qui usurpe des compétences, pourtant déjà larges, que ne lui prévoient pas les traités : Ursula von der Leyen a la bride sur le cou. Rien ne semble pouvoir arrêter cette course effrénée vers une Europe fédérale sous hégémonie allemande.

 Une guerre espérée ?

 Plus inquiétant encore : cette évocation à tout propos d’une possible guerre avec la Russie par des élites qui cherchent à se défausser sur Poutine de leur propre incurie. Sur Trump, aussi. Mais si la critique du second, même avec l’Iran, ne saurait aller trop loin, puisque les États-Unis sont toujours officiellement nos alliés dans le cadre de l’OTAN, dont ils demeurent les maîtres incontestés, en revanche, l’instillation dans les esprits d’une guerre prochaine sur le continent européen nourrit la mauvaise rhétorique d’une classe politique qui, sans imagination, refait de la Russie le grand méchant loup, au nom d’une « solidarité européenne » artificielle, dans laquelle la France ne saurait se fondre sans disparaître. En alimentant les peurs, le pays légal détourne les Français des vrais enjeux et des vraies menaces, les enjoignant d’accepter de renoncer à ce qu’il nous reste de souveraineté au nom de menaces pour l’heure imaginaires, mais qui pourraient prendre corps si nous perdions toute mesure dans les provocations. L’aide abyssale apportée à l’Ukraine et la perspective d’une adhésion plus ou moins proche de ce pays à l’UE représentent une fuite en avant qui tourne le dos à tout chemin vers la paix, lequel ne pourra passer que par le respect des équilibres européens. La diplomatie française, en se fondant dans celle de l’UE — si tant est que l’on puisse parler d’une diplomatie de l’UE — y a perdu toute crédibilité. Ce discours belliciste et anxiogène à la fois dissimule évidemment la volonté de nos élites de faire sortir la France de l’histoire en confiant son destin à l’Europe, puisque ces mêmes élites militent parallèlement pour en finir avec la règle de l’unanimité et ne recourir qu’à celle de la majorité pour toutes les décisions de l’Union européenne, même celles touchant aux intérêts vitaux de chaque pays. Ce serait pour la France tout simplement renoncer à exister.

 Un effondrement inéluctable

 Bref, la Ve ne semble pas échapper à la loi qui veut que toute république, en France, finisse par s’effondrer sur elle-même. Les excès criminels de la Ire République ont conduit à des périodes de dictature qui n’ont pris fin qu’en 1815, avec la seconde restauration. Le blocage de la IIe a conduit à une nouvelle dictature, celle de Napoléon III avant que la IIIe, sombrant dans l’instabilité et la corruption, ne conduise le pays dans son propre effondrement, l’occupation du territoire et une nouvelle dictature. La IVe, aggravant les maux de la IIIe, a fini dans un coup d’État visant à empêcher le pays de sombrer dans la guerre civile. Mais la monarchie républicaine qui a suivi n’est plus aujourd’hui qu’une mascarade. La Vs’effondrera-t-elle pacifiquement dans une Europe qui mettra notre pays sous tutelle ? Notre classe politique, croyant se sauver elle-même, laissera-t-elle cette même Europe nous entraîner dans une guerre qui ne nous concerne pas ? À moins qu’un sursaut national n’évite le pire. Il nous appartient de le préparer, pour en finir avec la course à l’échalote présidentielle, signe de notre décrépitude. La France, si nous le voulons, a encore un bel avenir devant elle.

https://www.actionfrancaise.net/2026/06/01/presidentielle-la-course-a-lechalote/

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