La vérité selon les juges

Quand la vérité est condamnée parce qu’elle serait susceptible de provoquer la haine, on ne juge plus les faits mais l’intention qu’ils peuvent cacher, ce que certains philosophes appellent la pathologisation du réel : on ne conteste plus la vérité, on interdit de la dire. Elle devient suspecte car elle dérange, son potentiel émotionnel supplante sa qualité incontestable. Est-ce que l’on résout le problème ? Non, on l’invisibilise mais il demeure. La recherche de la vérité est théoriquement une constante de l’homme, cependant son expression se heurte très souvent à des murs, moraux, culturels, religieux, bref à un ensemble qui peut mettre en échec cette quête, quand bien même le bon sens réclamerait cet effort. Cette difficulté n’est pas le lot des époques lointaines. Ce serait même un système de cycle dans l’histoire de l’humanité, des périodes de censures laissent place à une liberté plus ou moins relâchée.

De l’antiquité à nos jours, les exemples sont nombreux, pour les plus célèbres souvenons-nous de la condamnation de Socrate pour avoir corrompu l’esprit des jeunes avec ses notions de raisons, ou de la bataille autour de la place du Soleil dans notre univers. Entre la découverte de la preuve scientifique qu’il était au centre de notre galaxie et l’acceptation de sa position, il s’est passé plusieurs siècles, qui ont pu coûter la vie aux plus intransigeants. On aurait pu espérer que l’humanité grandissante, aurait eu à cœur d’effacer de ses tablettes cet ostracisme, et de donner la priorité à la vérité au détriment de l’idéologie. C’est mal connaître la nature humaine et croire en ses vertus qui ne sont finalement qu’affichage. Ainsi en Belgique un homme, Dries van-Langenhove, vient d’être condamné pour la deuxième fois pour « discours haineux ». L’homme avait en février 2024 relié statistiques et études à l’appui, immigration et hausse de la criminalité, couplé avec une pénurie de logements et d’une chute du niveau scolaire. Etude qui vaut sans doute dans tous les pays d’Europe. Là où la situation devient ubuesque, c’est que le juge reconnaît que toutes les preuves apportées sont vraies, qu’il n’y a aucune fausse nouvelle, mais que le dire contribuerait « à l’intention criminelle » qui inciterait à la haine !

On ne rêve pas, il assimile la vérité à un délit dès lors que ce dernier conduit à poser un autre regard sur l’immigration et ses conséquences. C’est en quelque sorte ce qu’avouait Delphine Ernotte quand elle déclarait qu’elle ne montrait pas le monde tel qu’il était mais tel que le pouvoir de gauche voulait qu’il soit. Hélas la réalité ne s’embarrasse pas de cette contorsion idéologique, mais la justice oui, et c’est là le plus dangereux, notamment avec cette notion de discours haineux qui peut finalement s’accrocher à tous les sujets sensibles et évacuer du débat tout ce qui pourrait aller contre la doxa officielle. La question n’est plus de savoir si l’info est juste, mais comment elle sera interprétée ou ce qu’elle dessine, et c’est la conséquence de ce qu’elle montre qui devient hors la loi, contre toute logique. La folie migratoire doit être imposée par tous les moyens, au besoin en criminalisant l’approche factuelle de ses conséquences réelles. Il est donc interdit de dire ce qui est, et le juge espère ainsi que par cette condamnation, tout changera par magie.

Mais quand la réalité aura touché sa propre chair, que pensera-t-il de son jugement ? Parce que la clé dans ce genre d’affaires passe toujours par l’expérience spécifique. Nous ne sommes pas à l’abri en France de ce type de dérive, qui protège inlassablement les mêmes, sans que cela ne gêne la bien pensance qui croit encore qu’il suffit de taire les faits pour qu’ils n’existent pas ou qu’ils ne produisent aucun effet. C’est déjà largement le cas lorsqu’un délinquant porte plainte contre celui qu’il était venu agresser et que ce dernier est condamné. Il faut admettre que cette Europe contemporaine marche sur la tête et enfoui un réel qui dans tous les domaines finit par la rattraper et la découvre désemparée avec son idéologie qu’elle voudrait universelle alors qu’elle est simplement hors-sol. Un peu comme la maire de Nantes qui face aux violences de ces derniers jours n’a rien trouvé de mieux que de déclarer : « je veux que ça cesse », lancée comme une formule ésotérique qui aurait le pouvoir de produire des effets par la simple volonté de son émetteur. Hélas, l’exorcisme demandé ne rendra pas la situation meilleure et cet édile ne verra rien s’améliorer de cette façon. Quant à ce juge, il aura sans doute d’autres cas à juger de la sorte, jusqu’au moment où, débordé par cette vérité qu’il admet, mais refuse de voir étalée, lui sautera à la gorge, la sienne ou celle de ses enfants. Nous devons rester vigilants et la liberté d’expression doit être inscrite dans la constitution pour éviter que des juges ne censurent les vérités qui dérangent et qui ne vont pas cesser de perturber l’ordonnancement imaginaire de cette clique actuellement au pouvoir, qui ne jure que par les bienfaits d’une société qui n’existe que dans ses rêves, mais qui constitue le cauchemar des citoyens.

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