De l’organisation et de l’opinion…

Un quarante-deuxième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, un extraitde Charles Maurras tiré de ses Idées politiques.

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Je prends s’organiser au sens premier : organiser soi-même, mettre d’abord sa pensée avec sa pensée, savoir où l’in va, sur quels véhicules et par quels chemins. Organiser signifie différencier. Différencier est le contraire d’égaliser. Une nation se compose de gens qui sont nés ici et non là. Elle implique naissance, hérédité, histoire, passé. Elle constitue une première objection au rêve babélique de l’anarchie.

J’entends dire que pour organiser il faut détruire. Oui, dans l’ordre des faits une fois accomplis. Mais pour entraîner les esprits, pour les induire à réaliser un projet, l’ordre est inverse : il faut organiser avant de détruire et si l’on veut réussir à détruire.

Tel est le sens de la parole attribuée généralement et, je crois, à tort, à Danton : « L’on ne détruit que ce que l’on remplace »– néanmoins cette citation semble inconnue, en revanche Napoléon III a effectivement écrit au général Piat en 1848 « on ne détruit réellement que ce que l’on remplace. Le mot serait digne de ce fonctionnaire de l’Ancien Régime, l’un des rares esprits politiques de la Révolution. Pour changer ce qui existe, il faut avoir en tête autre chose que le décret d’un gouvernement provisoire et d’un appel au peuple. Les conceptions inconsistantes et mal définies ne poussent jamais à l’action. Tout au moins en imagination l’homme veut du solide et du précis.

[Par ailleurs rappelons que,] où l’opinion gouverne, personne ne gouverne, la spontanéité gouvernementale n’a même plus de centre, d’organe, ni de lieu : l’État ne peut plus flotter que comme un bouchon de liège, sinon rouler comme une boule de billard. Toutefois, si l’indépendance et l’initiative tombent ainsi à rien, cela n’annonce pas du tout la fin du mouvement et des tribulations, au contraire ! L’activité que nous n’avons plus, on nous l’imprime ; si nous ne marchons pas, on nous fait marcher. En effet, l’opinion n’est pas une personne ! En revanche, on peut se servir d’elle pour asseoir son propre pouvoir… Ce on est l’oligarchie (le gouvernement de quelques-uns) dans laquelle se résout, de fait, la démocratie. 

Quand on prend l’opinion courante pour arbitre, on l’engage dans la plus terrible des voies. Aujourd’hui, elle veut vivre, demain, elle voudra mourir. Vous ne changerez pas la nature de l’homme mais vous aurez détruit les sages précautions que les sociétés civilisées ont prises contre ces causes de mort. 

La fonction royale est d’éclairer et de diriger l’opinion au lieu de la suivre, c’est-à-dire de la contredire parfois quand le salut public le veut. À la fin du XVIIIe siècle, à la veille de la Révolution, rien n’égalait l’impopularité de l’Autriche en des milieux français qui se croyaient « bien informés ». Toute l’histoire subséquente établit pourtant que la monarchie et ses ministres, et leur système du renversement des alliances, avaient raison contre l’opinion la plus puissante et la plus répandue.

Il importe que le prince sache et sente qu’il ne dépend pas de l’opinion, qu’il n’a pas été créé par elle, qu’il ne tient pas d’elle ses droits.

https://www.actionfrancaise.net/2026/05/30/de-lorganisation-et-de-lopinion/

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