
L’intérêt de Jean-Michel Aphatie, c’est qu’il est une source inépuisable de polémiques. Certaines à « deux balles », diront les mauvaises langues, d’autres plus intéressantes. La dernière sur « la France éternelle » mérite qu’on s’y arrête quelques instants et qu’on élargisse la focale.
Le JDNews de dimanche dernier fait sa Une sur Zemmour en le citant : « 2027 opposera la Nouvelle France à la France éternelle ». Jean-Michel Aphatie réagit sur X en publiant une affiche du régime de Vichy représentant le maréchal Pétain avec une citation du chef de l’État français : « Suivez-moi ! Gardez votre confiance en la France éternelle ». Commentaire lapidaire d’Aphatie : « ‘‘La France éternelle’’ Etonnant, non ? »
Aphatie fonce tête baissée sur Vichy
A part l’expression « France éternelle », il n’y a vraiment rien de commun entre la Une du JDNews et l’affiche de propagande : agencement, graphisme, couleurs, etc. En revanche, ce qui est assez étonnant – et l’on s’étonne que le sagace Aphatie ne l’ait pas vu -, c’est la grande similitude entre l’affiche de propagande de Vichy et celle de la campagne présidentielle de François Mitterrand en 1981 : le portrait du candidat socialiste avec en arrière-plan un charmant village et son clocher : l’un des innombrables villages de… cette France éternelle. Étonnant, non ? Peut-être pas…

Étonnant, aussi, que Jean-Michel Aphatie se soit précipité sur cette expression « France éternelle » en se jetant tête baissée sur Vichy, sans chercher à creuser le sujet.
« La France éternelle » du général de Gaulle
Pourtant, aujourd’hui, pas besoin d’avoir une culture encyclopédique, genre Pic de La Mirandole, pour savoir que cette expression « France éternelle » a été aussi utilisée par le général de Gaulle. Et pas n’importe quand, ni n’importe où : le 25 août 1944, à l’hôtel de ville de Paris après que la 2e DB de Leclerc était entrée dans la capitale et avait reçu la reddition des Allemands. Citons ce discours célébrissime :
« Pourquoi voulez-vous que nous dissimulions l’émotion qui nous étreint tous, hommes et femmes, qui sommes ici chez nous, dans Paris debout pour se libérer et qui a su le faire de ses mains ? Non, nous ne dissimulerons pas cette émotion profonde et sacrée. Il y a là des minutes qui dépassent chacune de nos pauvres vies. Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! Libéré par lui-même, libéré par son peuple, avec le concours des armées de la France, avec l’appui et le concours de la France tout entière, de la France qui se bat, de la seule France, de la France éternelle. »
Notez ce passage : « …hommes et femmes, qui sommes ici chez nous… » Dans la France d’aujourd’hui, dire qu’on est chez nous vous fait frôler les barbelés de la bien-pensance ! Bien entendu, Éric Zemmour n’a pas manqué de rappeler ce discours du chef de la France libre à Aphatie. Étonnant, non ?
Déjà en 2023, LFI contre « la France éternelle »
Étonnant (ou pas !) aussi cet acharnement de l’extrême gauche mélenchoniste (dont n’est pas Aphatie, soyons juste) à vouloir nier tout ce qui peut se rapporter à cette notion de « France éternelle ». Relisez l’article de Gabrielle Cluzel publié hier. Relisez aussi l’article d’Arnaud Florac du 27 novembre 2023. Il y évoquait déjà une polémique autour de « la France éternelle » à travers un échange entre Éric Ciotti et La France insoumise. Jean-Luc Mélenchon avait reproché au patron de l’UDR de ne pas condamner ce qu’il qualifiait d’« agression de l’extrême droite en bande armée contre un quartier populaire » à Romans après le meurtre de Thomas.
Ciotti avait répondu : « Depuis des années, vous combattez la France éternelle. Ma France, c’est celle de Thomas. Vous préférez ses bourreaux mais vous me trouverez toujours sur votre chemin ! » Antoine Léaument avait alors réagi avec la finesse intellectuelle qu’on lui connaît en postant la fameuse affiche de Vichy et ce commentaire : « Bah alors, on assume son pétainisme tranquillement maintenant ? Ça explique pourquoi c’est si dur de condamner les violences des fachos ». Quant à Ersilia Soudais, bien connue de nos lecteurs qui aiment à rire, elle ne demandait qu’à apprendre : « Il faudra que vous m’expliquiez ce que c’est, « la France éternelle ». » Elle devrait lire Florac.
Du Magnificat de De Gaulle à la prière islamique dans une petite ville d’Île-de-France
Ou encore découvrir ce qu’il se passa lors de ces journées de la Libération de Paris. La députée insoumise aura alors une petite idée de ce que peut être « la France éternelle ». Le 24 août au soir, alors que les premiers blindés de Leclerc étaient entrés dans Paris, le lourd bourdon de Notre-Dame retentit, faisant écho aux cloches des autres églises parisiennes. Le 26 août, le chef de la France libre se rendit à Notre-Dame pour y entendre le Magnificat. De Gaulle lui-même le chanta (les associations laïcardes n’avaient rien trouvé à redire à l’époque !). Dans ses Mémoires, Charles de Gaulle écrira : « Le Magnificat s´élève. En fut-il jamais chanté de plus ardent ? ». À ses côtés, se tenait le socialiste André Le Troquer, commissaire délégué à l’administration des territoires métropolitains libérés. C’est peut-être ça « la France éternelle ». En tout cas, pas ces prières islamiques entendues dans presque tout Bry-sur-Marne, petite ville d’Île-de-France, ce 27 mai matin, au grand dam de son maire. Non, ça c’est sans doute cette « nouvelle France » que LFI appelle de ses vœux. On allait dire de ses prières…
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