Plus facile pour Juliette Binoche de signer une tribune chez Libé que de parler à BV !

@BV

La scène pourrait relever de la banalité, pour les journalistes d’opinion habitués à se faire envoyer balader pour des questions jugées trop orientées, si elle n’était révélatrice du sectarisme, du confort intellectuel et peut-être de la lâcheté d’une partie du système qui privilégie l’entre-soi médiatique.

Alors que Juliette Binoche venait présenter son film En nous, en avant-première, mardi 26 mai, au cinéma des Sables-d’Olonne, nous avions obtenu auprès de son attachée de presse, le soir-même, la possibilité de poser quelques questions à l’actrice française en se présentant bien comme « journaliste à Boulevard Voltaire ». Il était même convenu de prendre une photo ensemble à la fin de l’entretien. L’interview accordée, nous avons pu interroger Juliette Binoche sur son film, sur sa prestation et, en bonne professionnelle, elle a répondu à nos questions : « Il y a une relation à l’émotion, c’est ce que nous faisons dans les films […] C’est la combinaison de l’interne et de l’externe qui se rencontrent, il fallait que cela reste ensemble […] La relation au besoin de créer à partir d’une relation amoureuse […] »

« Je viens de voir de quel média vous êtes »

Las, quand nous avons souhaité aborder une question « plus politique, plus d’actualité », rappelant à l’actrice qu’elle avait tourné « de nombreux films associés à l’écosystème Bolloré », nous n’avons pas pu terminer notre question ! L’attachée de presse a aussitôt interrompu la conversation : « Je suis désolée, je viens de voir de quel média vous êtes et on va vraiment rester sur le cinéma. » Nous avons tenté, en vain, d’insister, précisant que notre question était « justement liée au cinéma : y aura-t-il un avant et un après la tribune Zapper Bolloré ? », mais l’attachée de presse nous a gentiment éconduits : « On va rester sur le film, si cela ne vous embête pas. »

Il n’aura pas été possible de demander à Juliette Binoche si « la prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif » évoquée dans la tribune de Libération représentait, pour elle, une crainte pour l’avenir ou un constat appuyé sur des faits. Impossible, non plus, de lui demander si elle comprenait la décision de Maxime Saada de ne plus travailler avec ceux qui, d’eux-mêmes, ont annoncé ne plus vouloir travailler avec lui.

Dénoncer une censure à venir tout en la pratiquant à l’endroit de médias qui ne leur correspondent pas, telle est l’hypocrisie de ces artistes si prompts à prôner la diversité et à signer une tribune anti-Bolloré dans Libé, mais se taisent quand il s’agit d’en parler à BV. Quand, soi-même l’on choisit d’ouvrir le festival de Cannes par une tribune militante dans Libération, peut-on réellement reprocher à un média de mélanger politique et cinéma ?

Iris Bridier

https://www.bvoltaire.fr/plus-facile-pour-juliette-binoche-de-signer-une-tribune-chez-libe-que-de-parler-a-bv/

Laisser un commentaire