
Ça se bouscule au portillon du bloc central. Après la candidature officielle de Bruno Retailleau, celle, officieuse, d’Édouard Philippe, voici Gabriel Attal qui entre dans la danse. Bref, ça se complique.
Les contre-emplois, ça peut être drôle. Au cinéma, surtout. Gérard Depardieu qui dirigerait une école de maintien pour jeunes filles, par exemple, voilà qui ne manquerait pas de piquant. En politique, c’est encore plus poilant, tel qu’en témoigne le coming out présidentiel de l’éphémère Premier ministre d’Emmanuel Macron. On ne sait combien sont payés ses conseillers en communication, mais sûrement trop cher. Quelle idée, aussi, de convoquer l’actrice Emma Watson, (Hermione Granger dans la saga Harry Potter) et lui faire dire, à l’occasion de la sortie de son livre, En homme libre : « Cinq étoiles. Oubliez le ministère de la magie, voilà le vrai programme ! Honnêtement, même Hermione l’aurait dévoré d’une traite sans jamais quitter la bibliothèque de Poudlard » ? Le tout généré par intelligence artificielle ; ce qui n’a rien d’illogique, sachant que Gabriel Attal, quoique faisant preuve d’une intelligence évidente, a néanmoins un petit je ne sais quoi d’artificiel. Oui, « artificiel » est le mot, toujours à en croire ses proches conseillers l’ayant poussé à annoncer sa candidature dans un village de l’Aubrac, Mur-de-Barrez. Le rat des villes qui se prend pour celui des champs, il fallait oser. Il a osé. Un peu comme si Sandrine Rousseau se faisait photographier à un banquet du Canon français en train de chanter Femme des années 80, de Michel Sardou, histoire d’afficher son amour pour la France profonde. Voilà pour la première division. Car dans la seconde, il y a foule. À croire qu’ils se soient tous donné le mot.
Des candidats comme s’il en pleuvait…
David Lisnard, le maire de Cannes, y croit très fort, persuadé que les Français ne rêvent que de libéralisme ; en son temps, Alain Madelin fut en proie à semblable mirage. Dominique de Villepin, l’ancien ministre des Affaires étrangères, tout pareil, thésaurisant sur son fameux « non » à l’ONU, le 14 février 2003, tel Patrick Hernandez sur Born To Be Alive, son unique tube. Xavier Bertrand, l’éternel recalé, y pense tous les matins en se rasant et tous les soirs en se brossant les dents. Le Garde des Sceaux Gérald Darmanin s’y verrait bien, tout comme Laurent Wauquiez, président du Conseil régional d’Auvergne Rhône-Alpes et éternel troisième couteau. L’espoir fait vivre ; la rancœur plus encore. Voilà pour le versant droit du bloc en question.
Une gauche très maladroite…
Sur la face gauche, qui sortira du chapeau ? L’embouteillage est tel qu’il faudra bien tôt ou tard mettre le centre-gauche sous le statut de ZFE. Raphaël Glucksmann, sorte de sosie officiel d’Emmanuel Grégoire et président du groupuscule Place publique, ne peut faire autrement que d’en être. Mais le Parti socialiste peut-il jouer les abonnés absents dans la compétition qui s’annonce ? Non. Là, deux autres candidats potentiels : Olivier Faure, son Premier secrétaire, et François Hollande, le revenant. Aucun des deux n’a manifestement de quoi soulever l’enthousiasme des foules. Le premier n’est pas exactement le charisme incarné ; le second demeure « capitaine de pédalo », pour reprendre l’heureuse expression de Jean-Luc Mélenchon. Dans la foulée, n’oublions pas les Verts. Marine Tondelier y songe forcément, le matin en s’épilant, tout comme Élisabeth Borne, autre ex-Premier ministre. Voir même, en comptant large, Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale. Au fait ? Les communistes ? Il faudra bien qu’ils présentent eux aussi leur potiche. Fabien Roussel devrait faire l’affaire, à ce détail près qu’il est plus populaire à droite qu’à gauche. Si l’on résume, ce n’est pas un casting, mais une véritable rafle.
Les primaires enterrées…
Pis, sachant que de primaire il n’y aura pas, à gauche comme à droite, tout ce joli monde risque bien de s’étriper, pour un électorat pesant globalement 25 % des intentions de vote. Au mieux, les cotes sondagières de tel ou tel obligeront certains à s’effacer avant le premier tour. Au pire, ce dernier les départagera, sans que le survivant ne soit certain de pouvoir concourir au second tour, laissant ainsi la porte ouverte au scénario de cauchemar hantant les nuits du bloc central : une finale opposant le RN à LFI.
Le gag, c’est que cette configuration maléfique, le bloc central est en train de la provoquer en multipliant les candidatures. Pour la conjurer, il faudrait au moins que l’une de ces figures creuse l’écart dans les enquêtes d’opinion. Possible, mais hautement improbable. Certes, ce scénario apocalyptique n’est pas écrit d’avance, mais demeure néanmoins le plus probable pour le moment. Marine Le Pen, elle, affirme préférer affronter un candidat de ce même bloc, histoire de clarifier la situation et de ne pas la voir, elle ou Jordan Bardella, être élue par défaut face à Jean-Luc Mélenchon, tel Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen en mai 2002. Le président du RN, quant à lui, tente d’amadouer les représentants de la « bonne gouvernance » et du « cercle de la raison », au contraire d’un Mélenchon jouant l’affrontement global, « nouvelle France » contre « France à l’ancienne », au même titre qu’une Marine Le Pen persistant à souhaiter un affrontement entre « bloc populaire » et « bloc élitaire ». Ces deux stratégies se conçoivent et celle qui gagnera sera évidemment la bonne.
Le 7 juillet prochain, quand sera levé le suspens judiciaire consistant à savoir qui, de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella portera les couleurs du Rassemblement national, nous en saurons un peu plus, cette décision étant susceptible d’influencer les mois de campagne à venir.
En attendant, c’est le bordel. Ou le boxon, pour demeurer poli.
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