Périscolaire : un animateur maintenu par la ville de Paris alors qu’elle savait !

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C’est un scandale qui n’en finit pas de grossir et de révéler ses sordides recoins. Et pourtant, comme le soulignait Gabrielle Cluzel, cette semaine, le retentissement politique des violences pédophiles dans le périscolaire parisien est assez limité, par rapport à l’affaire Patrick Bruel. Et inversement proportionnel à la gravité d’un phénomène autrement systémique que l’affaire Bétharram : là, pas de commission d’enquête parlementaire menée main dans la main par une ex-socialiste devenue macroniste (Violette Spillebout) et un député LFI (Paul Vannier), pas d’audition publique retransmise en direct de l’homme politique responsable au moment des faits (Bayrou), pas de réaction spectaculaire du gouvernement (avec le déclenchement de centaines d’inspections dirigées contre le seul enseignement privé).

Peut-être parce que, dans cette affaire, les notables responsables sont les indéboulonnables représentants de la gauche parisienne. Imaginons une seconde, qu’un tel scandale de violences pédophiles ait éclaté dans un Paris dirigé depuis des décennies par le centre ou la droite… Selon que vous serez de gauche ou pas… Mais, au vu des révélations quasi quotidiennes, la stratégie d’évitement pourrait trouver ses limites et cette affaire devenir un sujet de la campagne présidentielle, même si la droite est, comme d’habitude, bien réservée, à l’exception de la courageuse Inès de Raguenel, interviewée pour BV par Sabine de Villeroché.

Scandale dans le scandale : l’animateur maintenu en connaissance de cause !

Ce vendredi, c’est Le Parisien qui vient jeter un nouveau pavé dans la mare en révélant qu’un animateur déjà visé par une plainte pour des violences sexuelles sur une enfant avait été « déplacé », et ce, en toute connaissance de cause par la ville de Paris. En effet, les parents de l’école maternelle Bullourde (XIe) ont appris, cette semaine, que l’animateur mis en examen en février pour des faits d’« agressions sexuelles » et d’« exhibition » avait déjà été visé par une plainte pour des faits à caractère sexuel en 2024 alors qu’il travaillait au sein de l’école Belzunce, dans le Xe. Ils ont aussi appris que la direction des affaires scolaires de la ville de Paris (DASCO) avait bien été informée du passé de l’animateur mais avait ordonné son maintien en poste dans le but de « préserver les droits de l’agent et garantir l’objectivité de son stage », selon les termes rapportés par différents parents ! La même DASCO, tout en préconisant une surveillance de l’animateur, a demandé à la circonscription de ne pas informer le directeur périscolaire de la situation… Ce qui rendait impossible la mise en place de cette « surveillance »… Mais la fusée du scandale a encore un étage : l’animateur en question avait été recruté par le responsable éducatif ville (REV) adjoint avec lequel il était ami. Et, toujours selon Le Parisien, c’est celui-ci qui a procédé, seul, à son entretien ! À ce stade, n’est-on pas en droit de penser que les termes de « réseau » et de « scandale systémique » ne sont pas trop forts ?

Un animateur décidément bien protégé…

Et la responsabilité politique de la gauche parisienne ne saurait se limiter à des excuses, des enquêtes administratives, des « il y a eu des défaillances », comme le déclare encore, au sujet de cette affaire précise, le maire du XIe David Belliard (Les Écologistes). Quant au maire de Paris Emmanuel Grégoire, il fait l’objet d’une double critique. D’une part, les parents concernés, très remontés, demandent la suspension de l’ex-cheffe de la CASPE concernée, que la mairie a déplacée à la direction des ressources humaines comme « cheffe de projet démocratie sociale » ! Une forme de promotion, selon un syndicat cité par 20 Minutes. D’autre part, Emmanuel Grégoire a expliqué, sur un plateau télé, qu’il « n’existe pas de condition qui autorise à sanctionner » un « fonctionnaire » « blanchi par la Justice », en parlant de cet animateur, Amadou M. Une défense pour le moins maladroite, puisqu’il semblerait, toujours d’après 20 Minutes, que l’animateur était au mieux fonctionnaire stagiaire, ce qui laissait une grande latitude à l’employeur. On laissera la conclusion à Inès de Raguenel : « Les faits ont été travestis sur une antenne nationale, ce sont des mensonges, de l’omerta, des procédures contournées, des responsabilités qui sont diluées. Ce n’est pas un cas isolé, c’est un problème de fonctionnement. Il faut que ces mensonges cessent. »

Frédéric Sirgant

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