
Le principal enseignement est que l’Estonie ne souhaite pas être mêlée à ce que la Lettonie pourrait mijoter avec l’Ukraine contre la Russie, estimant à juste titre que les États-Unis ne risqueraient pas une guerre avec la Russie en cas de représailles russes.
L’Estonie a annoncé mardi qu’un avion de chasse de l’OTAN avait abattu un drone ukrainien au-dessus de son espace aérien, après avoir été prévenue par la Lettonie voisine. Ce même jour, le Service de renseignement extérieur russe (SVR) a averti que les forces armées russes étaient prêtes à riposter contre les équipes de drones ukrainiens, prétendument déjà déployées en Lettonie, si elles attaquaient la Russie depuis ce pays. Cette annonce a suscité des réactions à Kiev, Riga et Moscou.
Concernant Kiev, l’Estonie est désormais clairement mal à l’aise face aux survols présumés de son espace aérien par des drones ukrainiens, comme l’ont affirmé certaines sources russes depuis le début de l’année. Ce changement d’attitude est sans doute dû à l’influence croissante des conservateurs russes ces derniers temps, en grande partie à cause de ces incidents et de la crainte qu’ils ne persuadent Poutine d’autoriser enfin des représailles contre les pays baltes, comme ils le souhaitent depuis un certain temps.
Concernant le message adressé à Riga (capitale de la Lettonie), l’Estonie ne souhaite pas que des drones ukrainiens transitent par son espace aérien pour rejoindre l’Estonie en direction de la Russie. La raison est la même que celle évoquée précédemment et peut être déduite avec une forte probabilité, le commandant de la marine estonienne ayant admis le mois dernier que son pays avait renoncé à toute tentative d’arraisonnement de la « flotte fantôme » russe par crainte d’une escalade. L’Estonie préférerait donc que la Lettonie abatte les drones ukrainiens survolant son espace aérien.
Enfin, l’Estonie semble espérer que Moscou prendra conscience de la situation et l’épargnera si la Lettonie autorise des équipes de drones ukrainiens à mener des attaques contre la Russie en transitant par son espace aérien. Le précédent ainsi créé, s’il est maintenu, pourrait donc servir de modèle à la Lettonie si elle décide d’annuler (même discrètement) le déploiement, apparemment autorisé, d’équipes de drones ukrainiens et de rassurer la Russie sur l’absence de menace.
L’Ukraine pressent que la Lettonie pourrait revenir sur sa position si le rapport du SVR s’avérait exact . Elle a donc affirmé que le brouillage russe avait délibérément redirigé ses drones survolant l’espace aérien russe vers le territoire ukrainien à des fins de propagande. On ignore si cet argument suffira à convaincre la Lettonie de maintenir cet accord prétendument secret. Le SVR a d’ailleurs souligné dans son communiqué de presse que cet accord ne serait plus secret pour personne si l’Ukraine attaquait la Russie depuis cette zone, puisque ses drones sont effectivement traçables. Il s’agit néanmoins d’une tentative.
Quelle que soit la décision finale de la Lettonie à cet égard, le principal enseignement de la destruction par l’OTAN d’un drone ukrainien au-dessus de l’Estonie est que cette dernière ne souhaite pas être mêlée aux agissements de la Lettonie, estimant à juste titre que les États-Unis hésiteront à prendre le risque d’une guerre avec la Russie en cas de représailles. Malgré certaines différences apparentes, les États baltes partagent une aversion commune pour la Russie ; le pragmatisme dont fait preuve l’Estonie dans ce contexte pourrait donc avoir une influence positive sur la Lettonie.

Si la Lettonie cesse d’autoriser l’Ukraine à utiliser son espace aérien pour attaquer la Russie, et a fortiori à y déployer des drones comme l’a indiqué le SVR, alors le front balte de la nouvelle guerre froide connaîtra une désescalade, réduisant ainsi le risque d’une Troisième Guerre mondiale. Si la Lettonie persiste dans son attitude récalcitrante, le risque augmentera considérablement, mais les États-Unis pourraient le gérer en laissant la Lettonie se débrouiller seule, et les alliés de l’OTAN pourraient également riposter contre la Russie. Reste à savoir si Trump leur aura fait part de ses intentions au préalable.
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