Brigifle : derrière le vaudeville, l’humiliation française et le mensonge d’État

@President.gov.ua-Wikimedia Commons

En parler ou ne pas en parler ? Tel est le dilemme des rédactions.

« En », c’est l’explication de la fameuse gifle d’Hanoï – celle que Brigitte Macron a administrée il y a un an, à la sortie de l’avion, au Président Macron – révélée par Florian Tardif, le journaliste politique de Paris Match. Il s’agissait, selon ce dernier qui affirme être sûr de ses sources, d’une crise de jalousie suite à une « liaison » (sic) qu’aurait entretenue son mari avec l’actrice iranienne Golshifteh Farahani.

Sans intérêt ? Pas sûr !

On hésite : ne s’agit-il pas là d’un scoop bien bas de gamme et sans grand intérêt ? Et après tout, n’est-ce pas leur vie privée ?

Non, justement. Dans la mesure où Brigitte Macron prend part aux déplacements, même si le statut de première dame n’existe pas en France, son attitude, ses paroles, ses agissements dans ce cadre relèvent de la sphère publique. Or, il est un fait que son comportement a été tout à fait déplacé. Les violences conjugales, c’est-à-dire commises au sein d’un couple, sont punies par la Justice, en France. La gifle en est une. Il n’est pas précisé dans la loi que seuls les hommes peuvent être condamnés. La dernière fois qu’un homme a giflé publiquement le Président – il s’agissait de Damien Tarel, en 2021 -, il a été condamné à 18 mois de prison, dont quatre ferme. Bien sûr, il s’agissait, dans cet avion, d’une scène de ménage. Et alors ? Ne rejette-t-on pas, aujourd’hui, dans les procès, le qualificatif de « passionnel » au motif qu’il tendrait à excuser les brutalités survenues dans un contexte intime ? On pardonne tout à Brigitte Macron. Il est convenu de dire qu’elle est bien à plaindre, « victime des plus odieuses calomnies ». Impossible, également, d’émettre le moindre commentaire sur les circonstances de la formation, jadis, de ce couple prof-élève. Les Français sont priés de trouver cette « histoire d’amour » on ne peut plus normale. Gageons que ce serait une autre limonade si Donald Trump – l’écart d’âge est le même pour les deux couples présidentiels – avait noué une idylle avec Melania quand elle était encore mineure. Si on le surprenait, en sus, à frapper cette dernière (même légèrement), ce serait une déflagration mondiale.

Brigitte Macron a eu un comportement inacceptable. Être l’épouse en représentation d’un chef de l’État implique des devoirs, dont celui, en public, de se tenir dignement. Si de simples échanges de SMS « platoniques », comment on nous les décrit, valent une gifle en voyage officiel, François Mitterrand, Jacques Chirac ou encore François Holland auraient dû finir, en toute logique, émasculés par leur compagne sur la place de la Concorde.

Donald Trump, parlons-en : c’est lui qui a lancé qu’Emmanuel Macron se faisait « maltraiter par sa femme ». Le monde entier a poussé des cris d’orfraie. C’était pourtant vrai.

Deux graves problèmes…

Et cela pose deux problèmes très sérieux.

Le premier est que de « l’IA russe » à « la blague », en passant par le « moment de complicité » ou encore « le moyen de décompresser », nous avons été, de « fake news » en « fake news », sciemment menés en bateau. En bon français, on appelle cela un mensonge d’État. Comment être sûr, du reste, au vu des multiples fables inventées, que le dernier récit, celui très glamour d’un « amour platonique » entre le Président et une actrice iranienne, soit le vrai ?

Le second est que cette affaire a fait le tour du monde. Comment le Président Macron, après un tel incident, pourrait-il rester crédible ? Quand Donald Trump se gausse tout haut, combien de dirigeants à travers le monde ricanent tout bas ?

Si en France, pays du vaudeville, les portes qui claquent, les éclats de voix et les soufflets qu’administrent les femmes trompées font partie de la littérature, un homme battu et humilié par sa femme, sous d’autres latitudes, n’est plus que méprisable… quand bien même il grimperait sur le podium pour réclamer, paternaliste, le silence. Qu’il commence donc à l’intimer à son entourage le plus proche.

Gabrielle Cluzel

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