Jean-Luc Mélenchon candidat en 2027 : hold-up sur la gauche…

La Meute : procès Mélenchon et règlements de comptes à l’extrême gauche

À gauche, Mélenchon est le seul à encore savoir faire de la politique. Sa candidature n’a donc rien d’une surprise. En bon trotskiste, il passe en force. Une fois encore. Une fois de trop ?

Ce dimanche 3 mai, c’est encore Julien Dray qui, sur CNews, parle le mieux de Jean-Luc Mélenchon. Logique, au vu des combats menés ensembles par ces deux frères ennemis, le premier pabliste de la LCR, le second lambertiste de l’OCI. L’annonce de la candidature du Líder minimo de LFI n’a, pour lui, rien d’une surprise. Et l’ancien ponte de SOS Racisme de prédire que Mélenchon adoptera un profil rassurant tout en se présentant comme le « candidat antisystème », posture d’autant plus aisée que le Rassemblement national est en voie de normalisation. Bingo. Invité au journal télévisé de TF1 et répondant aux questions d’Anne-Claire Coudray, il joue au patriarche ; un peu comme s’il faisait don de son auguste personne à la France. Maréchal, le voilà ? Son principal adversaire ? Le Rassemblement national, sans surprise, qui voudrait « dresser les Français les uns contre les autres », alors qu’avec lui, ce sera « tous ensemble ». Et d’implorer le peuple des téléspectateurs en ces termes : « Aidez-moi ! » Exactement les mots prononcés par le général de Gaulle, au lendemain du putsch des généraux, le 22 avril 1961, tel que finement noté par Éric Naulleau ce lundi 4 mai, lors de L’Heure des pros, l’émission de Pascal Praud, sur Europe 1.

Les fidèles au garde-à-vous…

Et le même Éric Naulleau de prophétiser : « Ce sera la dernière fois que LFI sera représentée par un homme blanc. » Pour le moment, Bally Bagayoko, maire insoumis de Saint-Denis, affirme sur Public Sénat : « La gauche sera au second tour, y compris avec deux candidats. » Le grand remplacement du grand patron ne semble donc pas être à l’ordre du jour ; pour l’instant. En attendant, les fidèles sont au rendez-vous. Pour Louis Boyard, député LFI du Val-de-Marne : « On peut changer le cours de l’histoire », tel que prétendu sur X. Même son de cloche chez Manuel Bompard, coordinateur national du parti, chez France Inter : « En cette saison de tempête, il est nécessaire de faire appel à quelqu’un qui, par sa solidité et sa ténacité, est en mesure de répondre à la situation. » Éric Coquerel, député de Seine-Saint-Denis, est à peine moins enthousiaste : « Trois fois candidat, la quatrième sera la bonne. »

Les dissidents se rebiffent…

Après, une fois qu’on a demandé aux groupies d’assurer la claque, on se calme et on boit frais à Saint-Tropez. En effet, chez une autre gauche, surtout celle des Insoumis plus ou moins repentis, c’est déjà une autre béchamel. Ainsi, Raquel Garrido qui, avec son compagnon, Alexis Corbière, furent victimes de la dernière purge en date, alors qu’ils étaient des compagnons historiques de Jean-Luc Mélenchon, se permet de rappeler, sur France Info : « Cette quatrième candidature est vraiment celle de trop. (…) Il avait promis en 2021 que 2022 serait sa dernière candidature à la présidentielle. (…) Mais, en réalité, quand on regarde ce qu’il a fait depuis quatre ans, c’est la dépense d’une énergie folle pour empêcher que toute autre figure insoumise puisse en réalité se préparer. » Pis, elle persiste et signe quant aux prétentions de Mélenchon de « battre le RN à plate couture » et de lui barrer la route du second tour, tel que prétendu sur TF1 : « Quel déni, quel aveuglement face au danger d’extrême droite. (…) En organisant la division de la gauche, Mélenchon rend surtout possible l’absence de la gauche au second tour. »

Les socialistes s’inquiètent…

Côté versant de centre-gauche du bloc central, l’ambiance est similaire. Pour Jérôme Guedj, député PS de l’Essonne : « Jean-Luc Mélenchon pense qu’il est l’homme providentiel, mais force est de constater qu’il ne l’est pas », tandis qu’Arthur Delaporte, député socialiste du Calvados, rappelle que « Jean-Luc Mélenchon n’est pas la meilleure des solutions pour battre l’extrême droite ».

Voilà des déclarations méritant qu’on s’y arrête. On savait certes, depuis les années 80 que le FN devenu RN était l’astre noir autour duquel tournait toute la galaxie médiatico-politique. Mais ces gens n’ont-ils pas autre chose à foutre que de lutter contre le Dark Vador lepéniste ? Remettre la France en route, par exemple ? Assainir les finances publiques ? Réduire le chômage et relancer l’économie ? Renverser les flux migratoires et contenir une insécurité galopante ? Non. Ce n’est plus une manie ; c’est un TOC. Décidément, ces gens ne pensent pas qu’au RN. Mais quand ils pensent, c’est immanquablement au RN.

Les lepénistes rigolent…

Du coup, Jean-Philippe Tanguy, député de la Somme, a beau jeu d’ironiser sur X : « Jean-Luc Mélenchon est choisi après un suspense insoutenable par les cadres nommés par Mélenchon Jean-Luc. » Plus cruel encore : « Le RN a toujours battu LFI à plate couture et M. Mélenchon jouera encore le rabatteur du système. » Bien vu.

Car si le candidat insoumis s’impose comme l’incontournable leader de la gauche, le seul capable de l’emmener au second tour, que feront les leaders de l’autre gauche ? Certains ont beau avoir des vapeurs, tel Pierre Jouvet, secrétaire général du Parti socialiste, qui, ce 4 mai, s’inquiète sur France Info : « Plus personne ne veut de Jean-Luc Mélenchon, ni à gauche, ni dans le pays. (…) C’est l’homme politique le plus détesté de ce pays. C’est la meilleure assurance-vie de l’extrême droite. »

Mais en cas de second tour LFI/RN, que fera Pierre Jouvet ? Appeler à voter LFI pour faire barrage au RN ? Demander au peuple de ses électeurs de se rabattre sur la pétanque et la pêche à la ligne ? Et si le candidat RN s’y retrouve face à celui du bloc central, que fera Mélenchon ? En 2017, il n’avait pas donné de consignes de vote, quand Emmanuel Macron et Marine Le Pen se disputaient la première place du podium. En 2022, il avait mis un bémol à sa posture révolutionnaire, assurant que « pas une seule voix ne devait aller à Marine Le Pen ». Il n’avait pas appelé à voter Macron, mais c’était quasiment tout comme.

Quoiqu’il en soit, les sondages se suivent et se ressemblent. Jordan Bardella et Marine Le Pen continuent d’y caracoler, entre 32 et 35 % des intentions de vote, selon l’Institut Toluna Harris. Ensuite, le grand flou. Édouard Philippe (19 %), Gabriel Attal (14 %) et Bruno Retailleau (13 %), tandis que Raphaël Glucksmann et Jean-Luc Mélenchon font jeu égal avec 12 %. Si l’un ou l’autre des candidats du RN parvient au second tour, la grande question demeurera donc celle-ci : qui appellera à voter qui ? Des masques risquent de tomber ce jour-là, de Mélenchon à Retailleau.

En attendant, un fait est avéré : Jean-Luc Mélenchon vient de réussir le braquage du siècle sur l’ensemble de la gauche, même si une partie de cette dernière fait mine de se braquer, façon vierge effarouchée. Sans négliger le fait qu’en bon trotskiste, il joue à qui perd gagne. Il sait que l’Élysée est pour lui mathématiquement hors de portée. Mais n’ignore pas que le second tour se jouera aussi dans la rue et aux élections législatives. Le bruit et la fureur, comme toujours. Voilà qui, au RN, a été compris. À gauche, c’est déjà moins certain. Mais n’anticipons pas.

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