
Depuis plusieurs années, le pouvoir politique applique une sévérité implacable à l’égard des mouvements patriotes, identitaires ou souverainistes, tandis qu’il manifeste une étonnante indulgence envers les organisations et responsables issus de l’extrême gauche. Cette différence de traitement devient si flagrante qu’elle alimente aujourd’hui un profond sentiment d’injustice chez de nombreux Français.
Sur les 25 groupuscules politiques radicaux visés depuis 2017, 20 étaient d’extrême droite… Cinq groupements d’extrême gauche seulement ont été visés depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir. Et encore, il est important de préciser que la moitié des mesures de dissolutions qui ont visé la gauche ces dernières années ont été annulées par le Conseil d’État.
Finalement, seulement trois dissolutions de groupuscules d’extrême gauche ont été validées sous Emmanuel Macron, alors que celles visant l’ultradroite sont toutes effectives.
Lorsque Gérald Darmanin était ministre de l’Intérieur, il a multiplié les dissolutions d’associations et de groupes classés à droite ou identitaires. Génération Identitaire fut dissous au nom d’une prétendue « atteinte aux valeurs de la République », formule devenue un argument automatique, répété à chaque procédure sans que les preuves soient clairement établies aux yeux d’une partie de l’opinion publique. D’autres mouvements patriotes ont connu le même sort : interdictions, perquisitions, surveillance administrative, campagnes médiatiques hostiles. La moindre déclaration polémique entraînait immédiatement des accusations de radicalité ou d’extrémisme.
Dans le même temps, des figures de l’extrême gauche tiennent des propos remettant en cause les institutions, contestent la légitimité démocratique lorsque le résultat des urnes leur déplaît et entretiennent un climat permanent de tension politique. Pourtant, aucune mesure comparable n’est envisagée. Aucun empressement judiciaire, aucune dissolution spectaculaire, aucune indignation unanime de la classe politique.
Et ainsi Mélenchon, Panot, Bagayoko, Arnault ou Bompard peuvent s’en donner à cœur joie de menacer leurs adversaires politiques, de proférer des propos antisémites ou antidémocratiques sans craindre les foudres du droit. Il s’en prennent même ouvertement aux institutions sans redouter la moindre réaction.
Cette asymétrie choque d’autant plus que les autorités invoquent sans cesse « les valeurs de la République ». Mais ces valeurs devraient s’appliquer à tous avec la même fermeté. Respecter la République, ou plus spécifiquement la Nation, c’est accepter le verdict des urnes, même lorsqu’il ne correspond pas à ses convictions. Respecter la la France, c’est condamner sans ambiguïté la violence politique, d’où qu’elle vienne. Respecter notre pays, c’est défendre la liberté d’expression et le pluralisme au lieu de chercher à faire taire systématiquement une partie des Français.
Or, aujourd’hui, beaucoup ont le sentiment qu’il existe deux catégories de militants. D’un côté, les mouvements patriotes sont traités comme des ennemis intérieurs permanents. Chaque slogan, chaque manifestation, chaque publication devient un prétexte à sanctions administratives ou judiciaires. De l’autre, certaines mouvances d’extrême gauche bénéficient d’une indulgence étonnante, malgré des discours parfois agressifs envers les institutions, la police (« la police tue ») ou les opposants politiques systématiquement « fascisés ».
Cette situation nourrit une crise de confiance majeure. Car un État de droit ne peut fonctionner durablement avec des règles différentes selon les opinions défendues. Lorsqu’un gouvernement paraît protéger un camp idéologique tout en réprimant un autre, il affaiblit lui-même l’autorité morale qu’il prétend défendre.
Le cas de certains responsables politiques illustre ce malaise. Des députés ou militants multiplient les provocations (Raphaël Arnault fiché S, condamné par la justice et fier de son mouvement assassin dissous), les outrances verbales et les attaques contre les institutions françaises sans susciter de réactions comparables à celles dirigées contre les mouvements patriotes. Beaucoup de Français ont alors le sentiment que certaines transgressions deviennent tolérables dès lors qu’elles proviennent du « bon » camp idéologique.
Cette politique du deux poids, deux mesures est dangereuse. Elle fracture le pays, nourrit la colère et donne l’impression que la justice et l’autorité publique ne sont plus impartiales. Une démocratie solide ne peut survivre si une partie des citoyens considère que les lois sont appliquées différemment selon les appartenances politiques.
Il ne s’agit pas de réclamer davantage de répression pour tous. Il s’agit d’exiger la même exigence, la même neutralité et le même respect des principes démocratiques pour chacun. Soit le pouvoir protège réellement le pluralisme et traite tous les courants politiques avec équité ; soit il devient un instrument idéologique utilisé contre certains Français seulement.
La fermeté de l’État n’a de valeur que si elle est juste. Lorsqu’elle devient sélective, elle cesse d’être crédible. Et aujourd’hui, beaucoup de citoyens constatent que la rigueur appliquée aux mouvements patriotes contraste violemment avec la tolérance accordée à certaines mouvances d’extrême gauche. Cette contradiction affaiblit non seulement la confiance envers les institutions, mais aussi l’idée même de Patrie, qui devrait pourtant garantir l’égalité de traitement entre tous les citoyens, quelles que soient leurs opinions politiques.
Jean-Jacques Fifre
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