
Le vent tourne. Il tourne même très vite et j’avoue que ça m’amuse. Lorsque Viktor Orban a été battu, les européistes, les bien-pensants et toute la gauche exultaient. Le « fasciste » venait d’être battu à plates coutures. L’Europe allait enfin pouvoir balancer ses 90 milliards d’€ à l’abominable Zelensky. Les migrants allaient pouvoir déferler sur la Hongrie qui jusqu’alors leur barrait la route refusant le vivre-ensemble et l’inclusion. Et n’oublions pas les gays hommes et femmes qui allaient aussi pouvoir s’exhiber sans retenue, les drag-queens qui verraient bientôt les portes des écoles s’ouvrir pour qu’ils viennent y raconter des histoires et intoxiquer les gosses avec leur idéologie délirante, sans oublier le déferlement de théorie du genre qui allait submerger le pays et expliquer qu’il n’y a pas de sexe, que seul le genre existe et qu’un homme peut parfaitement être enceint. Bref tous les délires idéologiques en train de détruire notre continent, sa culture et son identité, sous les yeux médusés de la plus grande partie du monde. Même nombre de mes amis, des patriotes, faisaient grise mine en ce funeste dimanche soir d’élection.
Ce n’est pas pour me vanter, mais j’ai été l’un des rares à dire que les choses n’étaient pas si simples et que l’Europe prenait ses désirs pour la réalité. Et j’étais bien seul à dire et à écrire cela à ce moment, parce qu’en face, ils étaient nombreux à étaler une joie mauvaise. J’ai d’ailleurs écrit un article. Pour prendre date et en étant certain qu’il ne se passerait guère de temps avant que la soupe à la grimace ne devienne la norme chez ceux qui fêtaient joyeusement la défaite d’Orban.
Mais je n’avais guère de mérite. Il suffisait de s’intéresser un peu au parcours de Magyar pour comprendre que tous ceux qui s’enthousiasmaient n’avaient même pas pris la peine d’étudier le sujet. Pourquoi ? Parce qu’ils étaient tous obnubilés par l’objectif de faire perdre Viktor Orban. Ah, c’est sûr, il a été battu. Mais sans doute par quelqu’un qui va se révéler plus dur que lui.
Vous voulez un exemple ? Le nouveau Premier ministre hongrois a décidé de mettre fin aux permis de travail des migrants hors UE à compter du 1er juin prochain. Ce n’est pas exactement ce qu’imaginaient les dirigeants de l’Europe lorsqu’ils ont lourdement applaudi l’élection de Magyar. C’est un fait indiscutable, le Premier ministre hongrois est contre l’immigration, en étant absolument intraitable sur le sujet. Certainement beaucoup plus que ne l’était Viktor Orban qui, s’il s’opposait à l’immigration, reconnaissait les besoins de la Hongrie en main-d’œuvre et faisait appel à de la main-d’œuvre étrangère sans accepter de la voir s’installer. Visiblement avec Magyar c’est fini.
Autre élément important, Magyar est croyant et pratiquant. À la stupeur générale, surtout à l’étranger, il s’est fait photographier en train de prier devant la couronne de saint Étienne qui n’est pas un simple ornement. Elle est, depuis des siècles, l’un des principaux emblèmes de la souveraineté hongroise. Saint Étienne qui fut le 1er roi chrétien de Hongrie. Je fais partie de ceux qui pensent que c’est un message sans ambiguïté envoyé à tout le continent. En France on brûle et on vandalise des églises et des symboles chrétiens, pas en Hongrie.
Et puis, il y a le problème du pétrole. La Hongrie en dépend à 90 %. C’est donc crucial pour elle. Il se trouve que l’oléoduc Drujba a été gravement endommagé du fait de la guerre entre l’Ukraine et la Russie. Comme l’Ukraine refuse de le réparer, Orban avait décidé d’opposer son veto au prêt de 90 milliards d’€ de l’Europe à l’Ukraine. Orban n’est plus là, mais Magyar continue à exiger la réparation de l’oléoduc par l’Ukraine. Zelensky dit qu’il va le faire réparer mais pas complètement. Et Magyar n’a toujours pas levé le veto de la Hongrie.
De même, s’agissant du blocage de 18 milliards d’€ par l’Union européenne pour « non respect de l’État de droit », Magyar fait ce qu’il peut pour les obtenir, notamment en déclarant qu’il veut mettre en cause la corruption qui gangrenait le pouvoir hongrois. Pour l’instant, l’affaire n’est pas réglée, mais gageons que si l’UE continue à bloquer ces fonds dont la Hongrie a besoin, cela n’aidera pas à la levée du veto hongrois pour les 90 milliards et le retour de bonnes relations entre l’UE et la Hongrie. En fait, l’UE n’a pas compris que si Magyar n’allait pas sortir aussi facilement son veto que Viktor Orban, il était loin d’être le caniche que l’UE pensait qu’il était.
De fait, tout le parcours de Magyar prouve le contraire. C’est un conservateur convaincu et pas du tout un libéral. Il ne veut pas être l’obligé de Poutine, mais veut conserver des relations avec la Russie et continuer à lui acheter son pétrole. Il est beaucoup plus opposé à l’immigration que ne l’était Orban qui pourtant était loin d’être pour. Il est profondément catholique et attaché à la famille donc les Gay Pride et autres théories du genre ne sont pas pour tout de suite en Hongrie. Et puis n’oublions pas que seulement deux ans en arrière, il était dans le même parti que Viktor Orban depuis des années.
La vérité, c’est qu’en fait, selon le mot d’un dirigeant hongrois, Orban et Magyar ne sont nullement des ennemis, seulement deux frères fâchés.
Nombreux sont ceux qui semblent le découvrir et font grise mine. Ce n’est pas mon cas.
Bernard GERMAIN
https://ripostelaique.com/lue-navait-pas-compris-que-magyar-etait-peut-etre-pire-quorban/
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