Virginie Joron : portrait d’une élue en lutte contre la Commission Européenne

Virginie Joron : portrait d’une élue en lutte contre la Commission Européenne

Quand on croise sa silhouette virevoltante, on l’imagine plus en ballerine qu’en soldat. Pourtant, Virginie Joron vit son engagement d’élue comme un combat permanent. Elle est sur de nombreux les fronts. A l’Europe, mais aussi en France où elle s’est présentée comme candidate à Strasbourg aux dernières municipales1. C’est à Bruxelles que nous l’avons rencontrée, au Parlement européen, où elle siège depuis 2019.

Dans son bureau, les murs devraient pouvoir s’écarter pour contenir plus de dossiers et emmagasiner toute l’énergie qu’elle déploie dans son activité d’eurodéputée.

Pour de nombreux élus, siéger au Parlement européen constitue l’aboutissement d’une carrière, une sorte de préretraite dorée où le service minimum garantit un salaire maximum. Travailler, c’est agir. Agir, c’est s’exposer. C’est rompre le ronron de la langue de bois et des discours creux destinés à créer l’illusion de l’action autour de ce qui n’est que vacuité. Agir en politique, c’est donc prendre le risque de déplaire. Dans le chef de notre hôte, le choix de l’action est totalement assumé, quitte à cliver.

Vigie contre von der Pfizer

C’est à l’occasion de la pandémie du Covid que Virginie Joron prend la lumière et commence à marquer les esprits. Elle s’impose très vite comme l’une des principales voix critiques au Parlement européen face à la Commission alors que la plupart des élus étaient au mieux mutiques, au pire totalement aux ordres. « On m’a collé l’étiquette de complotiste. Mais cela n’a rien changé à ma volonté de pousser Ursula von der Leyen dans ses derniers retranchements pour que la vérité sur ses agissements dans le cadre du Pfizergate éclate au grand jour » nous confie-t-elle. Dès 2021, elle a ciblé son action sur l’opacité des contrats d’achats de vaccins passés entre la Commission et Pfizer, notamment sur les clauses d’irresponsabilité des laboratoires et le caviardage des documents transmis aux députés. Dans la foulée, elle a demandé la création d’un fonds d’indemnisation des victimes des effets secondaires des vaccins. Elle a aussi exigé la publication des SMS échangés entre von der Leyen et le PDG de Pfizer, ce qui constituent le cœur du Pfizergate. Enfin, elle a voté contre le pass sanitaire qu’elle jugeait attentatoire aux libertés individuelles.

Cinq ans plus tard, on constatera que les demandes de l’eurodéputée dans le cadre du Pfizergate ont été soutenues par la médiatrice européenne et la Cour de Justice de l’Union européenne. De son côté, le New York Times, l’un des premiers médias à avoir dénoncé la disparition des SMS, a remporté son procès contre la Commission. Celle-ci a fini par faire un aveu de « disparition » des SMS. L’enquête continue. Virginie Joron aussi, en demandant la création d’une commission d’enquête parlementaire dotée de pouvoirs renforcés et le gel de certains financements tant que la transparence n’est pas totale.

Hasard du calendrier, Virginie Joron a commencé à siéger au Parlement européen l’année où la Commission von der Leyen I s’est constituée. David et Goliath se sont retrouvés dans l’hémicycle pour un nouveau round. Depuis les motions de censure s’enchaînent à une cadence nettement plus rapide : pour huit motions déposées entre 1979 et 2024, la seule année 2025 a vu la Commission en essuyer trois ! Or à l’inverse de la fable du loup où la répétition du message conduit à son affadissement, la multiplication du recours à cet instrument offensif n’entame pas sa crédibilité. La Commission en ressort à chaque fois un peu plus délégitimée, même si les chances de la voir renversée restent minimes. La majorité centriste (composée des groupes PPE, S&D, Renew) parvient à faire bloc. Mais bien souvent au détriment de l’intérêt de ses électeurs qui depuis les États membres mesurent l’écart entre un certain discours et les votes.  Chaque motion de censure est une démonstration de force qui offre à l’opposition (incarnée principalement par les groupes Patriotes pour l’Europe et ID) la possibilité d’aguerrir sa capacité à mobiliser autour d’un message clair : Afuera ! C’est avec une fierté à laquelle se mêlent à la fois la combativité et une pointe de fatalisme que Virginie Joron exhibe ses trois votes en faveur de ces motions en ajoutant « C’est aussi un travail de fond et au long cours destiné à attirer l’attention des Européens sur ce qui se trame à Bruxelles. »

Avec les agriculteurs contre le Mercosur

Un autre cheval de bataille anime particulièrement cette strasbourgeoise : l’agriculture.  « Je suis opposée à l’accord UE–Mercosur. Il fragilise l’agriculture européenne et soumet nos filières à une concurrence déloyale. Les prétendues garanties de la Commission sont insuffisantes, temporaires et non contraignantes.  Elles n’assurent pas la réciprocité des normes environnementales, sanitaires et sociales » explique la députée pour justifier son dernier vote en faveur de la censure de la Commission.

Pour défendre la souveraineté alimentaire et les intérêts des agriculteurs, mis à mal par une logique libérale et mondialiste qu’elle réprouve, elle n’hésite pas à quitter ses bureaux pour aller à la rencontre des acteurs sur le terrain. Connectée au réel, elle met tout en œuvre pour insuffler ces données concrètes dans son travail parlementaire là où tant de ses homologues préfèrent peaufiner leur maniement du jargon hors-sol.

Alors que se joue la survie du modèle agricole européen sur fond de suicides en masse dans le secteur, cette représentante d’une nation, la France, qui fut jadis une puissance agricole, apporte de précieuses ressources pour éviter d’atteindre le point de non retour.

Nous quittons une élue déterminée, qui est loin d’avoir dit son dernier mot et qui multiplie les canaux pour faire passer sa vision enracinée, humaine mais exigeante de la politique. En tant que femme, elle partage cette idée qu’il faut toujours en faire plus. Au sein du RN, c’est une voix qui compte tout en adoptant parfois des positionnements dissonants.

S’il fallait lui trouver un animal totem, ce pourrait être une abeille : un animal travailleur et  sympathique. Mais attention, qui s’y frotte s’y pique !

1 Virginie Joron a obtenu 6 044 voix, soit un peu plus de 7% des suffrages exprimés  au premier tour des élections municipales.

https://www.revue-elements.com/virginie-joron-portrait-dune-elue-en-lutte-contre-la-commission-europeenne/

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