Quels leviers pour baisser le prix des carburants ?

Photo de Fahad Puthawala - Pexels
Photo de Fahad Puthawala – Pexels
Faisant suite au conflit israélo-américano-iranien, la hausse du prix des carburants est vécue comme un drame par de nombreux Français. En dehors du citoyen plombé dans son pouvoir d’achat, elle affecte aussi de nombreux secteurs économiques déjà en difficultés comme le transport routier, l’agriculture, la pêche et les services à domicile.

Face à cette situation, le gouvernement navigue en eaux troubles. N’ayant plus les moyens d’un troisième « quoi qu’il en coûte », il est parallèlement dans la crainte d’un retour en force des gilets jaunes. La situation est d’autant plus préoccupante qu’elle va dégrader un peu plus les comptes publics d’un État endetté jusqu’au cou. Rappelons qu’un renchérissement du baril de pétrole de 10 dollars représente, en lissage annuel, 0,1 % de croissance en moins et 0,3 % d’inflation en plus. Un baril qui se maintiendrait plusieurs mois au-dessus de 100 dollars signifierait donc, d’une part, une économie française en récession et, d’autre part, un retour en force de l’inflation. Voté aux forceps, le budget « socialiste » aux concessions multiples est déjà complètement obsolète avec un objectif de déficit à 5 % pratiquement inatteignable.

Quant à l’opposition, elle baigne dans la facilité avec des propositions délirantes issues de la gauche marxisante. Ainsi de LFI qui propose un blocage des prix associé à des réquisitions fantômes et, surtout… une pénurie assurée. Le Parti communiste propose, lui, une nationalisation de TotalEnergies à 200 milliards d’euros. Enfin, si la baisse de la TVA à 5,5 % proposée par le Rassemblement national est un peu plus sérieuse, son coût (13 milliards de recettes en moins pour l’État) ne serait financièrement supportable que si la mesure s’inscrivait dans une stratégie globale d’économies que la situation politique actuelle n’autorise pas.

Cela nous amène à la question clef : de quels leviers dispose le gouvernement pour essayer d’alléger le supplice des Français tout en ne grevant pas un peu plus les finances publiques ? Cette question est d’autant plus pertinente que nos voisins européens (allemands, italiens et espagnols), qui disposent de marges de manœuvres supérieures (car moins endettés), ont tous réduit dans leurs pays respectifs le prix des carburants.

Rappelons que le prix des carburants se compose de quatre leviers : le prix du baril, la marge de raffinage, la marge de distribution et les taxes.

Supprimer temporairement les CEE ?

Rappelons que nous n’avons aucune prise sur les deux premières composantes qui dépendent exclusivement des marchés internationaux. Car, contrairement à une idée reçue, la marge de raffinage (égale à la différence entre le prix du pétrole brut et le prix marché du produit raffiné) n’est en rien une marge bénéficiaire décidée par le raffineur mais un prix offre contre demande évalué sur le marché de Rotterdam. Ainsi, le diesel, qui représente les deux tiers de notre consommation de carburants (contre un tiers pour le SP95) et pour lequel l’Europe a délocalisé (notamment vers la Russie) ses capacités de raffinage, a vu ses marges flamber, au cours des dernières semaines. Ceci explique cela : le diesel, qui historiquement était plus économique que l’essence, est désormais 30 centimes plus cher.

De leur côté, les marges de distribution incluent le coût du transport de la raffinerie vers la station, le coût de la station, la marge nette du distributeur mais aussi les certificats d’économie d’énergie. Prélevés par les distributeurs, ces derniers sont ensuite rétrocédés à l’État. Celui-ci les distribue aux particuliers pour financer la transition énergétique sous forme de subventions pour l’achat d’un véhicule électrique, d’une pompe à chaleur ou en vue de la rénovation thermique d’un bâtiment.

Hors CEE, par rapport à l’avant-guerre, la marge distribution a, en moyenne, baissé de 2 centimes pour l’essence et de 3 centimes pour le diesel. Le procès fait par le gouvernent aux distributeurs qui auraient profité de l’aubaine est donc injuste et sans fondement.

En revanche, toujours par rapport à l’avant-conflit, les taxes (effet de la TVA de 20 % sur le prix HT) se sont mécaniquement accrues de 4 centimes pour le SP95 et de 8 centimes pour le diesel.

En supprimant temporairement les CEE (ce qui représente 16 centimes) et en rendant au consommateur le surplus de taxes encaissé par l’Etat, il serait possible de baisser le SP95 de 20 centimes et le diesel de 24 centimes. Cette stratégie permettrait de ramener le diesel à 2 euros et le SP95 à 1,8O euro, et ce, sans altérer les recettes de l’État.

Cette proposition a été reprise par différents hommes politiques comme le député EPR Guillaume Kasparian et l’essayiste Alexandre Jardin, président du mouvement des Gueux.

Philippe Charlez

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