Quand la droite française s’exporte aux USA et que Le Figaro s’en aperçoit

Quand la droite française s’exporte aux USA et que Le Figaro s’en aperçoit

« Zemmour, Raspail, Camus : ces auteurs français identitaires qui séduisent la droite américaine ». Voilà le titre d’un article du Figaro qui a fait réagit Balbino Katz. Après des années de silence, les médias traditionnels semblent enfin s’intéresser à l’évolution des idées de droite.
Polémia

L’aboutissement d’un long processus

Il aura donc fallu plus de vingt ans pour que Le Figaro consente à observer un phénomène pourtant ancien, structuré et parfaitement identifiable, la diffusion aux États-Unis d’une partie significative de la pensée française classée à droite. Dans un article récent, Adrien Jaulmes s’attarde sur l’activité de la maison d’édition américaine Vauban Books, qui traduit notamment Jean Raspail, Renaud Camus ou encore Éric Zemmour.

L’intérêt de cet article n’est pas tant dans ce qu’il révèle que dans ce qu’il reconnaît tardivement. Car ce que le quotidien présente comme une émergence récente constitue en réalité l’aboutissement d’un processus engagé depuis les années 1990, au moment où des figures comme Tomislav Sunić entreprenaient déjà de traduire, d’expliquer et de diffuser aux États-Unis les principaux concepts de la Nouvelle Droite européenne, en particulier ceux issus des travaux d’Alain de Benoist et du GRECE.

Depuis lors, ce courant n’a cessé de se développer, en marge des circuits dominants, par des réseaux éditoriaux indépendants, des initiatives individuelles et, plus récemment, par l’essor des plateformes numériques. Les œuvres de Guillaume Faye, de Raspail ou de Benoist ont ainsi trouvé un lectorat fidèle outre-Atlantique, bien avant que des structures comme Vauban Books ne viennent leur donner une visibilité plus institutionnelle.

En Espagne, pour l’ensemble des pays de langue espagnole, des figures comme Javier Portella ont joué un rôle décisif dans l’implantation et la diffusion de la pensée issue de la Nouvelle Droite. À travers les éditions Áltera Ediciones, puis aujourd’hui avec El Manifiesto, s’est constitué un espace intellectuel cohérent, capable de traduire, publier et faire circuler des idées que les circuits dominants tenaient à distance. Là encore, rien de soudain, mais un travail patient, de longue haleine, mené en marge des institutions reconnues.

Ce décalage dans l’écho médiatique n’est pas anodin. Il témoigne de la difficulté persistante d’une partie de la presse française à appréhender des phénomènes qui échappent à ses catégories d’analyse et à es réflexes de censure. Comme si le réel ne devenait visible qu’à partir du moment où il avait déjà produit ses effets depuis longtemps.

Une lame de fond occultée par les médias traditionnels

Ce qui frappe, en revanche, c’est la constance avec laquelle ces phénomènes ont été ignorés par les organes de presse de référence. Cette stratégie, bien connue dans l’histoire intellectuelle européenne, pourrait se résumer par une formule allemande aussi précise que redoutable, töten durch Schweigen, tuer par le silence. Il ne s’agit pas de réfuter, ni même de combattre, mais d’empêcher qu’un objet existe en le privant de toute visibilité.

Ainsi, depuis des décennies, des journaux comme Le Monde ou même Le Figaro se sont abstenus de mentionner les travaux, les revues ou les maisons d’édition liées à la Nouvelle Droite, comme si leur simple évocation eût suffi à leur conférer une légitimité indue. Cette mise à l’écart ne s’est pas limitée au champ éditorial. Elle a touché également les initiatives médiatiques. Il est, à cet égard, particulièrement révélateur que TVLibertés, première chaîne alternative d’information en France, n’ait fait l’objet, en plus de dix années d’existence, d’un seul article dans l’ensemble des médias conventionnels.

Ce silence n’est pas une absence. Il est une méthode. Et il n’empêche nullement la diffusion des idées, il en modifie seulement les circuits, les rendant plus souterrains, plus diffus, mais parfois aussi plus résilients.

Dans cette perspective, le réveil tardif du Figaro apparaît moins comme une prise de conscience que comme un rattrapage. Le réel, ignoré pendant trop longtemps, finit toujours par s’imposer, y compris à ceux qui avaient choisi de ne pas le voir.

Cet article est l’occasion de rappeler la transformation sociologique plus large du champ éditorial. Sa féminisation massive, rarement analysée pour elle-même, a contribué à installer un cadre implicite dans lequel certaines thématiques, notamment celles touchant à l’identité, à l’anthropologie ou aux différences entre groupes humains, deviennent difficilement publiables. À cela s’ajoute une contrainte économique indirecte, exercée par les prescripteurs du marché, distributeurs, acheteurs de grandes chaînes, médiateurs culturels, qui orientent en amont les choix éditoriaux.

Il existe néanmoins, en France, des pôles de résistance. Des structures comme La Nouvelle Librairie, la revue Éléments ou encore Nouvelle École participent depuis des décennies à la préservation et à la diffusion d’un corpus intellectuel échappant aux normes dominantes. Ces initiatives, toujours marginalisées dans le paysage médiatique dominant, n’en jouent pas moins un rôle essentiel dans la continuité d’une pensée européenne consciente d’elle-même.

Dans ce contexte, le cas américain apparaît paradoxal. Alors même que les États-Unis sont souvent perçus comme un espace dominé par les normes progressistes, ils offrent, par leur structure éditoriale plus ouverte et par la puissance de leurs réseaux alternatifs, des possibilités de diffusion que l’Europe, et en particulier la France, tend à restreindre. Ainsi, des ouvrages qui peinent à trouver un éditeur ou une visibilité sur leur propre sol circulent librement outre-Atlantique.

Ce phénomène révèle une inversion significative. La pensée française de droite, longtemps cantonnée à un espace national contraint, trouve à l’étranger des relais qui lui permettent de se redéployer, d’être lue, discutée, parfois transformée. Ce déplacement n’est pas sans conséquence, il modifie les conditions mêmes de la production intellectuelle et de sa réception.

Dès lors, l’article du Figaro apparaît moins comme une révélation que comme un aveu tardif. Il reconnaît l’existence d’un courant qu’il avait jusqu’alors ignoré ou sous-estimé, et dont il ne peut plus désormais nier la réalité.

Dans cette perspective, il convient de rappeler une évidence souvent oubliée, les idées circulent plus vite que les institutions qui prétendent les encadrer. Et il arrive que les livres, une fois encore, précèdent les journaux.

Balbino Katz – via Breizh-Info

https://www.polemia.com/quand-la-droite-francaise-sexporte-aux-usa-et-que-le-figaro-sen-apercoit/

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