
Mobilisation massive à droite
C’est cet amendement qui a été rejeté par 192 voix, contre 149 et 19 abstentions. Le détail du vote est instructif : la droite s’est massivement mobilisée afin d’obtenir ce rejet, et cela a payé. Les 105 députés RN présents (sur 121) ont voté contre, ainsi que les 12 élus UDR (sur 17). 31 députés Droite républicaine (LR) sur 48 s’étaient déplacés, et 28 ont voté contre, 3 d’entre eux s’abstenant. Quelques voix de gauche (16 LFI Front populaire et 17 écologistes) se sont ajoutées à celles de droite et, plus étonnant, de nombreux députés du bloc central ont eux aussi rejeté le texte gouvernemental ou se sont abstenus.
Grâce aux députés @RNational_off, l’amendement du Gouvernement qui prévoyait la réintroduction des ZFE a été rejeté ! #LoiSimplification https://t.co/9PNK7kRLWp pic.twitter.com/Xns6GLvIjA
— Groupe Rassemblement National (@groupeRN_off) April 14, 2026
Instigateur et grand animateur de la fronde anti-ZFE à l’Assemblée nationale, le député RN du Gard Pierre Meurin a œuvré jusqu’au dernier moment pour assurer le rejet de l’amendement. « Nous avons pu mobiliser le groupe RN pour faire quasiment le plein des voix, et les UDR nous ont soutenus », a-t-il confirmé à BV, « et nous avons aussi fait savoir qu’en cas d’adoption de l’amendement, nous voterions contre le texte de loi global ». Le message est bien passé chez les parlementaires LR, qui tenaient en effet à ce que ce dernier soit adopté. Comme il l’a précisé à BV, l’écrivain et animateur des Gueux, Alexandre Jardin, a mis lui aussi la main à la pâte. « Il y avait une tentative du gouvernement de retourner un certain nombre de parlementaires LR, afin qu’ils votent l’amendement », nous a-t-il indiqué. « Avec Anne-Laure Blin [députée LR de la Mayenne, NDLR], nous avons donc rédigé une tribune, et elle a battu le rappel afin qu’une centaine de parlementaires républicains acceptent de la cosigner. » La tribune en question est parue dans Le Figaro le matin du 14 avril, juste avant le vote.
Le bloc central en panique
Le scrutin a aussi été marqué par une dispersion inattendue des voix au sein d’un bloc central visiblement perturbé et démobilisé. Au sein du groupe Ensemble pour la République (macronistes), 52 députés ont certes voté pour l’amendement, mais 2 ont tout de même voté contre, 3 se sont abstenus et l’un d’entre eux n’a pas pris part au vote. Chez Horizons (Édouard Philippe), on a comptabilisé 16 voix pour, mais 5 contre, ainsi qu’une abstention et un non-vote. Côté Démocrates, 4 élus se sont aussi abstenus. « Les macronistes se sont éparpillés façon puzzle », constate Pierre Meurin. « On les a enfermés dans une nasse, un piège dont ils n’ont pas réussi à se sortir. Une grande satisfaction. »
Au-delà des péripéties parlementaires, « cette victoire est le résultat d’une immense campagne qui a été lancée il y a plus d’un an, qui a très largement fédéré et convaincu », confie Alexandre Jardin. « Tous ensemble, nous avons rassemblé 8 Français sur 10 », poursuit-il, « et la grande leçon, c’est que le peuple peut gagner. C’est cela qui s’est passé hier. »
Les Français hostiles aux ZFE
Il faut en effet rappeler que la suppression des ZFE bénéficie d’un soutien populaire massif. En juin 2025, Le Figaro avait publié un sondage Odoxa-Backbone qui révélait que 64 % des Français interrogés approuvaient la suppression des ZFE. Une majorité (52 %) ne croyait pas aux bienfaits des ZFE sur la qualité de l’air. Par ailleurs, 70 % des répondants trouvaient le système des ZFE « injuste pour les foyers les moins aisés, incités à remplacer leurs voitures trop anciennes ». Un point de vue auquel adhéraient même 77 % des sympathisants Renaissance, estimant qu’il accentue les inégalités ! Dans ce même sondage, 59 % des personnes interrogées disaient aussi craindre « un mouvement de colère des automobilistes, similaire à celui des gilets jaunes ».
La loi de simplification de la vie économique, qui comprend le volet ZFE, est un vaste fourre-tout où l’on retrouve des mesures très diverses supposées simplifier la vie des entreprises. Le texte global a finalement été adopté de justesse par les députés, par 275 voix contre 225. Le 15 avril, le projet de loi a, depuis, été adopté par le Sénat, par 224 voix contre 100, un vote qui a été, sans surprise, une formalité.
Possible censure du Conseil constitutionnel
Cela pourrait ne pas être le cas pour le passage du texte devant le Conseil constitutionnel. « Il y a quelques macronistes [notamment l’ancien ministre Agnès Pannier-Runacher, NDLR] qui disent que ce n’est pas acté, que le Conseil constitutionnel pourrait censurer la suppression des ZFE », indique Pierre Meurin, qui envisage de « faire un mémoire en défense de cette disposition ». En l’attente, constate-t-il, « c’est la première fois depuis quatre ans qu’un combat du RN va au bout de la navette parlementaire ». Alexandre Jardin, lui aussi, nous confie tenir compte d’une possible censure à l’initiative des macronistes et de leurs alliés. « S’il leur passait par la tête d’utiliser le Conseil constitutionnel, dont trois membres, anciens parlementaires, ont été directement impliqués dans le vote des ZFE, et sont donc juges et partie », explique-t-il, « ils devraient être tous bien conscients qu’ils affrontaient alors la nation, qui se mobilisera avec un outil référendaire. » Une initiative inédite dont l’animateur des Gueux dévoilera les contours dans les prochains jours.
En attendant, ce vote du 14 avril confirmant la suppression des ZFE restera dans l’Histoire comme le premier et puissant coup de boutoir porté à l’écologie punitive.
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