
Alors que le débat public sature sur l’incompatibilité supposée de l’Islam avec les valeurs républicaines, cette analyse prend le contre-pied des discours médiatiques dominants. En revisitant l’histoire de la « Fille aînée de l’Église », l’auteur démontre que le projet républicain s’est construit non pas contre une religion spécifique, mais contre toute forme de transcendance.
Les media français s’acharnent à postuler l’incompatibilité de l’Islam avec la République, ce qui, franchement, prête à sourire : la République française est, par essence, incompatible avec toute transcendance. Elle est tout autant incompatible avec le christianisme et le judaisme.
Ceux qui ont un peu étudié l’histoire savent qu’il a fallu près d’un siècle pour que la Révolution de 1789 cesse d’échouer au gré des Restaurations monarchiques et des Empires napoléoniens. Si la République a fini par s’enraciner durablement dans cette France surnommée la « Fille aînée de l’Église », c’est au prix d’un assujettissement systématique du sacré. De la Constitution civile du clergé, qui entendait faire du prêtre un officier civil, aux lois Ferry, qui ont substitué l’instruction civique au catéchisme des paroisses, jusqu’au divorce brutal de 1905. En brisant les congrégations, en atomisant les « corps intermédiaires », la République a voulu qu’aucun rite visible ni solidarité de foi ne viennent s’interposer entre l’individu et l’État.
Même l’appel au Ralliement à la République lancé par Léon XIII n’avait été accueilli que par méfiance : la République exigeait que la foi soit politiquement inoffensive et socialement invisible. Ce long processus de domestication a culminé avec Vatican II. Enfin, l’appétit insatiable du monstre républicain semblait se calmer : l’Église abdiquait toute prétention à l’histoire politique. Mais ce que l’on nous présente depuis, sous le vernis de la modernité, comme une Église enfin « ouverte au progrès », n’a été en réalité qu’une pulvérisation du dogme en une myriade d’opinions. Sous prétexte de s’accorder au siècle, l’Église a accepté de se dissoudre. Et à l’islam, on demande aujourd’hui la même chose.
Pourtant, le réel oppose une résistance croissante. Non seulement l’islam ne disparait pas — et comment le pourrait-il puisqu’il ne passe pas par des institutions mais par une adhésion intime et communautaire ? — mais il semble même qu’on observe, par un effet de miroir, un réveil du sacré là où on l’avait enterré.
Il semblerait qu’on observe une hausse spectaculaire des baptêmes d’adultes cette année ! Malraux ne prophétisait-il pas que « le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas » ? Même le pauvre Zemmour enjoint aux uns et aux autres de retrouver le chemin de la messe ! (Sic).
Après avoir vidé le Ciel sans concession, on se demande si, au fond, la République, au lieu de s’émanciper de Dieu, ne s’est pas plutôt émancipée des hommes.
Note aux modérateurs : demander comment nait une religion est une question hors sujet, toute religion nait d’une Révélation, un fondement et non un commencement.
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-republique-face-a-l-islam-l-267942
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