
Charles Alloncle a rétorqué à Nagui le message que l’animateur avait publié sur les réseaux, où il le menaçait d’un dépôt de plainte : « Vous m’avez jeté en pâture devant un demi-million d’abonnés en m’accusant de racisme », se défend le député de l’Hérault. Une audition lors de laquelle Nagui a pris soin d’éluder les données du rapporteur ou de les infirmer. « Vous confondez chiffre d’affaires et bénéfices », plaide Nagui, quand le rapporteur reprend pourtant les arguments d’une enquête de Mediapart datée de 2020 et intitulée « Nagui, l’homme qui valait 100 millions (d’argent public) ».
« Omniprésence sur le service public »
Charles Alloncle prendra soin de rappeler le scandale des animateurs producteurs des années 90 lors duquel la société de Nagui fut condamnée « pour comportement déloyal et favoritisme ». Celui-ci semble s’en étonner avec une mémoire visiblement courte, signalant que seule France 2 avait été sanctionnée. Affirmation qui sera contredite par le président de la commission lui-même, Jérémie Patrier-Leitus. Charles Alloncle rebondit alors en accusant l’animateur-producteur de « parjure ». Le souci de ce dernier tient notamment sur « l’omniprésence sur le service public » de Nagui avec ces soupçons de traitement de faveur. « Pourquoi les dirigeants ne répartissent pas un peu davantage ? », interroge le député ciottiste, d’autant que ce temps d’antenne est particulièrement important « depuis l’arrivée de Delphine Ernotte ». « C’est totalement faux », s’écrie l’homme de télévision, qui plaide ses « succès d’audience ». « Clauses exorbitantes », « contrats pluriannuels » renouvelés sans appels d’offres : Charles Alloncle creuse, gratte, cherche à savoir si « favoritisme » il y a eu. Nagui se défendra toujours d’une quelconque irrégularité tout en avouant négocier à son avantage un argent qu’il n’estime pas public, puisqu’il est « salarié de Banijay », la société de production dont il est coactionnaire. « J’en ai demandé beaucoup plus que ce que j’ai obtenu, on ne sait pas de quoi sera fait demain », explique-t-il.
« Tout sauf Le Pen »
Quand le rapporteur estime, selon un rapport d’audit commandé par France Télévisions, que les marges dégagées par Banijay pour la production de l’émission de divertissement N’oubliez pas les paroles ! étaient de « 25 % », Nagui les conteste, les plaçant entre « 5 et 10 % ». « Vous percevez 2.500 € par émission de N’oubliez pas les paroles ! », soit « 1,5 million » par an, notera Charles Alloncle – chiffres contestés par l’intéressé. Dans la même veine, l’animateur refusera, comme les autres personnes interrogées, de donner publiquement sa rémunération. Il confessera tout de même que ce que Charles Alloncle appellera un « écosystème », « une galaxie complexe de 23 sociétés », fait son chiffre d’affaires « aux deux tiers » grâce aux commandes du service public. Tout en notant que lorsque l’État dépense « cent » avec Banijay, il en touche « 200 » de retombées. « Tant que je rapporte de l’argent à l’État, je n’ai pas le sentiment, pour employer vos termes, de détourner, de m’enrichir », plaide l’animateur.
« Vous incarnez le service public, n’y a-t-il pas des obligations supplémentaires ? », interroge Charles Alloncle, sur le devoir de neutralité de Nagui, qui a toujours pris des positions très fermes pour « faire barrage au Rassemblement national ». Ce dernier assumera parfaitement prendre ces positions « hors antenne ». « J’aime tous les Français quels que soient leurs bulletins de vote », expliquera Nagui qui postait, en 2017 sur Twitter : « Tout sauf Le Pen. » Artiste engagé, que voulez-vous !
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