Histoire de Bretagne. A la rencontre de Cadoudal (épisode 1)

La jeunesse de Cadoudal

Georges Cadoudal naît le premier jour de l’an 1771 dans la petite ville de Brec’h au sud du Morbihan. Fils de paysans aisés, sa mère est connue pour être une des plus belles femmes du pays et son père, doté d’une grande force physique, est champion de soule, ancien sport collectif s’apparentant au rugby.

Georges est envoyé vers l’âge de douze ans au réputé collège de Saint Yves de Vannes. Ce collège regroupe ce qu’on pourrait appeler les enfants de la classe moyenne supérieure de l’époque, c’est-à-dire les fils de marins, d’armateurs et de paysans aisés. Après y avoir étudié le droit, Cadoudal devient finalement clerc de notaire à Auray.

Au début de l’année 1789, une série d’affrontements, plus connue sous le nom de « journée des bricoles », éclate à Rennes entre étudiants et nobles. Ces derniers exigeant une baisse du prix du pain avaient organisé une grande manifestation durant laquelle des étudiants de droit avaient été pris à partie. Le meneur des étudiants appelle alors à l’aide les étudiants de Bretagne et Cadoudal, avec certains de ses camarades du collège de Vannes, décide d’y répondre favorablement. Il n’en aura cependant pas le temps, la négociation de la fin des affrontements arrivant à son terme avant qu’il n’ait eu le temps de rejoindre Rennes. Cet évènement n’est pas sans importance et annonçait déjà les prémices de ce qu’il adviendrait quelques mois plus tard à Paris avec les premiers événements qui déboucheraient sur la Révolution.

Bien que favorable aux réformes et à une évolution de la situation du Tiers-état comme l’avait montré son désir d’implication lors de la journée des bricoles, Cadoudal perd rapidement tout engouement pour le séisme politique qui commence à agiter la France. Les idéaux révolutionnaires mettent en place dès 1791 la constitution civile du clergé qui n’a pas d’autre ambition que de couper l’Eglise de France du Pape et de soumettre les clercs au gouvernement plutôt qu’à Dieu. Les prêtres refusant de jurer fidélité à la nouvelle constitution sont désormais persécutés. Tout cela est vu d’un très mauvais œil par les Bretons, peuple qui a toujours eu un fort attrait spirituel, et notamment par Cadoudal

La révolte vendéenne

L’événement qui met véritablement le feu aux poudres advient en 1793 avec la mise en place de la conscription et de la levée de masse pour soutenir les guerres révolutionnaires. En mars 1793, les paysans du Pays d’Auray dans le Morbihan se révoltent en nombre et Cadoudal les rejoint le 19 mars lors du combat de Mané-Corohan qui est toutefois perdu. En juin, Georges rejoint les compagnies bretonnes de l’armée vendéenne et se place sous les ordres du général de Bonchamps.

Il participe à la bataille de Nantes durant laquelle le général en chef vendéen Cathelineau est blessé à mort et son armée défaite. Cadoudal ne perd malgré tout pas espoir et poursuit la lutte contre les républicains durant plusieurs batailles et finit par recevoir le grade de capitaine de cavalerie.

Cependant, les républicains ont désormais pris l’ascendant et repoussent peu à peu les vendéens qui, malgré quelques victoires héroïques seront finalement écrasés lors de la bataille de Savenay qui verra l’anéantissement de l’armée vendéenne.

La première chouannerie

A la suite de la défaite des forces vendéennes, Cadoudal regagne le Morbihan et la demeure familiale. En Bretagne, des groupes d’insurgés s’organisent et commettent de nombreuses actions de guérilla. Ceux que l’on surnomme désormais « Chouans » s’attaquent aux républicains, accusés de trahir la Bretagne, notamment aux administrateurs, aux fonctionnaires et aux prêtres abjureurs ayant trahi leur foi. Tandis que les troupes chouannes se rassemblent sous l’égide de l’ancien général insurgé Joseph de Puisaye, Cadoudal est dénoncé et arrêté le 30 juin 1794 par des soldats républicains au motif de « projets contre-révolutionnaires ». La mère de Cadoudal, qui avait été arrêtée avec lui et qui était alors enceinte, meurt des suites des mauvais traitements de la prison après avoir mis au monde son enfant qui ne survivra que quelques heures. Avec l’aide de compagnons, Cadoudal parvient malgré tout à s’échapper de prison et rentre au Morbihan où il organise une réunion des chefs chouans morbihannais. Il est désigné colonel à la suite de cette réunion et prend le commandement de la division d’Auray forte de 702 hommes.

Toutefois, alors que des négociations entre les républicains et le général Charrette s’ouvrent en Vendée, plusieurs chefs bretons sont tentés de suivre le même chemin et se laissent séduire par les propositions de paix offertes par Paris. Le 3 janvier 1795, une trêve est conclue entre Cormatin, nouveau chef des chouans, et le général républicain Hoche. Cependant le conseil du Morbihan, Cadoudal à sa tête, refuse cette trêve et menace de faire scission avec le reste du comité des Chouans. Un traité est finalement signé le 31 mars 1795 accordant à ceux-ci la liberté religieuse et l’amnistie en échange de leur reconnaissance de la république. Sur les 121 chefs chouans présents, seuls 22 le signent, Cadoudal refusant évidemment d’apposer sa signature à cet honteux traité.

La deuxième chouannerie

Les chefs morbihannais décident malgré tout de faire mine d’accepter cette paix, attendant avec impatience un débarquement prochain de renforts anglais en vue de reprendre la lutte contre la tyrannique république.

Les républicains ne sont cependant pas dupes et profitent de la paix pour faire arrêter les chefs chouans et attaquer par surprise plusieurs camps rebelles. Cadoudal à la tête de sa division résiste tant bien que mal et repousse le 5 juin une attaque républicaine.

Les Chouans en déroute se regroupent dans la baie de Quiberon où débarquent plus de 3500 soldats émigrés. L’armée chouanne compte désormais 17000 hommes sous le commandement de trois maréchaux et de six colonels parmi lesquels Cadoudal. Ce dernier prend pour un temps le contrôle de la ville de Landévant avec sa troupe de 4000 hommes mais doit finalement l’abandonner devant la contre-attaque républicaine.

Encombrée par de nombreux civils, femmes et enfants, l’armée chouanne est grandement atteinte dans son organisation ainsi que dans son efficacité et son repli vire rapidement à la débandade en direction de Quiberon.

Georges Cadoudal soumet son plan aux autres chefs chouans. Celui-ci consiste à faire contourner les républicains par deux colonnes chouannes en les débarquant depuis des navires britanniques, tandis que le gros des forces attaqueraient depuis la presqu’ile de Quiberon.

Notre chef morbihannais prend la tête de l’une des deux colonnes chouannes qui est baptisée Armée rouge du fait de la couleur de leurs uniformes.

Les Chouans avancent rapidement et leurs rangs sont renforcés en route par l’apport de plusieurs volontaires, toutefois le défaut d’artillerie se fait ressentir, bloquant l’armée chouanne en l’empêchant de s’emparer de plusieurs places républicaines trop bien fortifiées. Durant la marche chouanne, le général en chef Tinténiac est abattu et malgré l’engouement des troupes bretonnes pour Cadoudal, c’est un émigré qui est désigné nouveau général en chef. Il ne le restera cependant que peu de temps, abandonnant son armée rapidement, ce qui permettra finalement à Cadoudal d’être proclamé général par ses troupes. Georges Cadoudal décide alors du repli vers le Morbihan, ayant appris la prise de Quiberon par les républicains et l’arrivée du général Hoche à la tête de toute son armée.

Après avoir été nommé général de l’Armée catholique et royale du Morbihan, Cadoudal réorganise les forces morbihannaises qui comprennent alors presque 20000 hommes et exhorte ses compatriotes du Morbihan à ne pas payer d’impôts à la République tout en pourchassant les collecteurs d’impôts républicains.

Le général chouan lance alors une véritable campagne de guérilla en ordonnant à ses officiers de ne s’attaquer qu’aux groupes républicains de moins de 50 hommes, de surveiller les routes et d’intercepter les courriers des républicains. Cadoudal, pendant les escarmouches, se bat auprès de ses hommes et domine l’ennemi par sa forte carrure héritée de son père, ce qui lui vaut l’admiration et la reconnaissance de ses hommes.

L’armée de Cadoudal manque cruellement d’armes, malgré son nombre important en termes d’effectifs, seuls 6000 hommes sur 20000 sont armés de fusils. Le chef chouan se tourne alors vers les Anglais pour obtenir un ravitaillement en armes et en munition, ce qu’il finira par obtenir en avril 1796 après plusieurs échauffourées. Les Chouans de Cadoudal poursuivent le combat, renforcés de cet apport en armes et munitions, mais la mort des généraux vendéens Charrette et Stofflet signe la fin de l’armée vendéenne ce qui permet aux républicains de concentrer leurs forces contre les Chouans. Leurs repaires sont systématiquement attaqués, les communes où des républicains sont tués sont soumises à d’importantes amendes et les récoltes et bestiaux soupçonnés d’appartenir à des Chouans sont saisis de force par les républicains. Dans le même temps, la république promet, une fois de plus, la liberté religieuse ou encore la remise des taxes. Pressé de tous côtés, Cadoudal se résout à entamer des négociations en vue d’une paix. Cette dernière sera finalement signée à Vannes le 19 juin 1796. Dès lors, les émigrés doivent quitter le pays, les Chouans déposent les armes mais obtiennent tout de même l’amnistie et la possibilité d’exercer le culte catholique.

La défaite militaire chouanne ne fait pas perdre l’espoir aux royalistes de voir un jour un roi reprendre les rênes de la France. Comme bon nombre de ceux-ci, Cadoudal laisse de cotés le combat des armes pour un temps et se lance dans le combat des urnes. Il fait campagne dès 1797 pour le candidat royaliste la Caillière qui est élu. Ces élections verront le camp royaliste être majoritaire aux deux assemblées républicaines que sont le Conseil des Cinq-Cents et le Conseil des Anciens. Forts de ces majorités, les royalistes votent l’abrogation du serment de fidélité à la République des prêtres, qui avait été l’une des grandes causes du début des révoltes chouanne et vendéenne et commencent à projeter plusieurs lois en faveur des Chouans et des Emigrés. Ces succès politiques ne sont toutefois que de courte durée car Trois des cinq membres du directoire, titulaire du pouvoir exécutif, désespérés à l’idée de voir les royalistes l’emporter par les urnes, opèrent un coup d’Etat et annulent les élections tout en rétablissant les lois contre les prêtres réfractaires refusant de soumettre leur foi intemporelle à un régime aussi temporel que sanguinaire. Dès lors, les combats reprennent en Bretagne.

Georges Cadoudal embarque en avril 1798 pour l’Angleterre afin de retrouver le comte d’Artois, futur Charles X, en vue de le mettre à la tête de la Chouannerie. Ce dernier l’assure de sa venue prochaine et nomme Jean de Béhague de Villeneuve à la tête de l’Armée catholique et royale de Bretagne.

Cadoudal débarque en août dans une Bretagne en proie aux pires ravages. Les républicains ont exécuté nombre de chefs chouans, promeuvent la chasse aux prêtres, suppriment l’exemption de conscription pour les Bretons et instaurent la loi des otages. Cette loi permet d’établir des listes de coupables par principe pour des crimes contre les autorités républicaines. En Bretagne, les premières victimes de cette loi seront les Chouans et leurs soutiens.

Le 20 août 1799, Georges Cadoudal reçoit finalement autorité sur l’Armée chouanne du sud de la Bretagne avec l’ordre de se préparer pour la guerre.

Gwenn Mamazeg

Crédit photo : DR

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