La crise démocratique favorise la banalisation du RN, par Ivan Rioufol

La crise démocratique ébranle l’oligarchie et le prêt-à-penser. Dès à présent, le réflexe pavlovien du « cordon sanitaire », qui tenait à l’écart le RN pourtant rejoint par une partie du peuple, vient de voler en éclats. Pour avoir interdit, jeudi, l’expression d’un vote négatif des députés sur la réforme des retraites en imposant le 49-3, le gouvernement s’est enferré dans un isolement de caste, protégée par des artifices procéduraux vus comme des provocations. Rien ne dit que la motion de censure transpartisane du groupe Liot (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires), parrainée par le député de la Marne Charles de Courson, trouvera sa majorité (287 députés) cette après-midi à l’Assemblée. Une partie des LR semblait encore réticente, ce lundi matin, à rejoindre ce texte.

Il sera néanmoins soutenu par les 147 de la Nupes, les 88 RN, une quinzaine de Liot, une quinzaine de Républicains et 3 non-inscrits (soit 268 députés environ). Reste que l’association du RN avec le reste de l’assemblée signe bien la fin de son isolement « sanitaire ». Si Olivier Marleix, président du groupe LR, appelle ce lundi dans Le Figaro à ne pas voter la censure, c’est, dit-il, parce que « nous associer à l’extrême gauche n’aurait aucun sens ». Sa façon d’épargner le RN dit bien un changement d’attitude. Ce matin, sur Europe 1, le député LR Aurélien Pradié a d’ailleurs confirmé qu’il votera pour sa part la destitution du gouvernement : « Il faut que la droite défende le peuple », s’est-il justifié en disant vouloir un « électrochoc ».

Cette banalisation du RN corrige un ostracisme devenu démocratiquement incongru. Rien ne justifie en effet l’exclusion, par le conformisme officiel, d’un mouvement populaire qui a récolté près de 42% des suffrages au second tour de la présidentielle. Ce sectarisme est au moins aussi choquant que le refus d’Emmanuel Macron d’entendre la voix dissonante des députés sur sa réforme mal ficelée. Rien n’est d’ailleurs moins surprenant que les résultats de l’enquête réalisée par OpinonWay pour le compte du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) qui montre (Le Monde de jeudi) que près des deux-tiers des Français considèrent que la démocratie ne fonctionne pas bien. Reste que le danger n’a jamais été, pour la démocratie, d’être confrontée à « l’extrême droite », expression imposée par la gauche et désignant en réalité tous ceux qui se disent préoccupés par la vulnérabilité de la France et de sa cohésion. Dans un essai cul pardessus tête (1), Edwy Plenel appelle à « la vigilance face à l’extrême droite », en alertant sur « l’atmosphère préfasciste en France ». Ce risque autoriserait à des censures de commentateurs ou d’intellectuels, des boycotts de médias, des mises à l’écart d’opposants. Se faisant, Plenel démontre la justesse de cette réflexion, attribuée à Winston Churchill : « Les fascistes de demain s’appelleront eux-mêmes antifascistes ».

(1) L’appel à la vigilance, La Découverte.

Ivan Rioufol

Texte daté du 20 mars 2023 et repris du blog d’Ivan Rioufol

https://fr.novopress.info/230413/la-crise-democratique-favorise-la-banalisation-du-rn-par-ivan-rioufol/

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