[Entretien] Réforme des retraites : les femmes et surtout les mères sont les grandes perdantes !

Les  seront particulièrement pénalisées par le projet de . Alors qu’elles touchent des retraites généralement moins élevées que les hommes (40% de moins), elles partiront en moyenne 7 mois plus tard (contre 5 mois pour les hommes). Le gouvernement, par la voix de Franck Riester, ministre des Relations avec le Parlement, l’assume. Celles qui auront élevé des enfants seront encore plus défavorisées car « sans syndicat pour défendre leurs intérêts », déplore Marie-Laure Gagey des Brosses, porte parole de l’ONG Make Mothers Matter.

Sabine de Villeroché. En quoi les femmes, et particulièrement celles qui ont élevé des enfants, sont-elles les grandes perdantes de la réforme des retraites ?

Marie-Laure Gagey des Brosses. Plusieurs points de la réforme vont avoir un impact plus fort sur les  que sur les autres catégories : les  n’ayant pas eu des carrières continues seront les premières impactées par l’accélération de la réforme des retraites Touraine (qui exige 43 années, soit 172 trimestres de cotisation). Celles qui sont en emploi devront travailler plus longtemps. Rappelons qu’aujourd’hui, les deux tiers des personnes qui doivent travailler jusqu’à 67 ans sont des femmes. Ceci risque encore d’être accentué. Quant à celles qui n’ont pas d’emploi à l’approche de la retraite, elles verront leur retraite diminuer (décote).

Les  ayant toujours travaillé seront également pénalisées par la réforme : les trimestres de bonification accordés pour la naissance et l’éducation d’un enfant ne seront pas pris en compte pour pouvoir partir plus tôt à la retraite. Ainsi, une mère de deux enfants ayant commencé à travailler à 21 ans et ayant toujours travaillé dans le privé aura validé 172 trimestres à 62 ans : 164 trimestres par son travail et 16 trimestres de bonification pour ses enfants. Mais ses trimestres de bonification ne seront pas pris en compte : elle devra bel et bien travailler jusqu’à 64 ans pour partir à la retraite.

La « double journée » des  qui travaillent n’est pas du tout prise en compte ni considérée comme une forme de « pénibilité ».

S. d. V. Pour minimiser l’inégalité qui se creuse par rapport aux hommes, le gouvernement met en avant la prise en compte du congé parental et l’amélioration de la retraite minimum prévus par la réforme qui devrait profiter aux femmes. Qu’en pensez-vous ?

M.-L. G. d. B. La prise en compte d’une année de congé parental est de la poudre aux yeux : le gouvernement semble faire une fleur aux  en annonçant qu’il sera possible de comptabiliser quatre trimestres (une année) de congé parental pour les carrières longues. Mais attention. D’une part, c’est une année maximum par salarié, quel que soit le nombre d’enfants. Or, on sait que les femmes avec de petits salaires sont les plus susceptibles d’avoir pris des congés parentaux longs. Et d’autre part, cela s’appliquera uniquement au cas des carrières longues (femmes ayant commencé à travailler avant 20 ans). Très peu de mères bénéficieront de ce dispositif.

Le gouvernement a certes annoncé une bonification des petites retraite à hauteur de 1.200 €. Les  étant nombreuses à avoir des petites retraites, ceci pourrait leur être bénéfique. Il n’en est malheureusement rien car il faut impérativement avoir une carrière complète pour bénéficier de ce montant. Les mères ayant des interruptions dans leur carrière n’en bénéficieront pas. Cette exigence de carrière continue limitera la possibilité pour les mères d’en bénéficier en grand nombre.

S. d. V. Que dit de notre société une telle réforme qui désavantage les femmes et les  ayant élevé des enfants ?

M.-L. G. d. B. Dans sa réforme des retraites, le gouvernement semble oublier que les cotisations que nous versons aujourd’hui financent les retraites des retraités d’aujourd’hui. Elles n’assurent en rien l’avenir du système de retraite.
Pour avoir une retraite demain, il faut qu’il y ait des enfants en nombre suffisant, des enfants élevés pour ne pas tous finir à Fleury-Merogis, des enfants faisant suffisamment d’études pour s’insérer professionnellement et des enfants qui aiment assez la France pour avoir envie d’y vivre, en particulier pour les plus diplômés d’entre eux. Notre travail, nos cotisations et nos impôts financent les maternités, les crèches, les écoles, les universités qui sont utiles à la génération des futurs cotisants. Mais il faut aussi des familles pour accueillir ces enfants, s’en occuper, les élever, les aider à s’insérer dans la société. Le « travail » que font les mères, les parents, pour mettre au monde et élever leurs enfants, est très peu reconnu. Dans cette réforme des retraites, il est totalement oublié, nié, comme s’il ne servait à rien.

Le discours du gouvernement qui ne cesse de dire qu’en travaillant davantage, les  auront de meilleures retraites renforce l’idée que peu importe que les familles aient ou non des enfants pour l’avenir de nos retraites. Ce qui est pourtant faux.

https://www.bvoltaire.fr/entretien-reforme-des-retraites-les-femmes-et-surtout-les-meres-sont-les-grandes-perdantes/

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