Télé-poubelle ou télé-vérité : que reproche-t-on à Cyril Hanouna ?

Les chiens de garde du Système veulent la peau de « TPMP », de C8 et de CNews, dont le ministère de la Culture laisse entendre à mots à peine voilés que l’Arcom, ex-CSA, pourrait ne pas reconduire leur autorisation de diffusion.

Question rituelle dans les dîners en ville et les repas de famille, généralement posée sur le ton déplaisant où l’on vous demanderait si vous êtes pour la lapidation des femmes : « Est-ce que vous iriez chez  (sous réserve qu’il vous invite, etc.) ? »
– Oui, bien sûr !

Quelqu’un que Charlie Hebdo traite d’« hémorroïde du PAF » ne peut pas être fondamentalement mauvais. Quelqu’un qui a le don d’exaspérer dans un significatif mouvement d’unanimité Alain Chabat, Charline Vanhoenacker et Sophia Aram ne peut pas être exclusivement nuisible. Quelqu’un qui a la faculté de se mettre à dos Le MondeL’ObsMediapartTéléramaLibéLes InrocksFrance Inter, la NUPES, le PS, EELV ne peut pas être totalement malfaisant. Quelqu’un que « C à vous », le salon gastronomique des mondanités de la gauche caviar, présente comme un « parasite monstrueux » doit bien avoir quelques-unes des qualités qui faisaient jadis un homme qui, à défaut d’être honnête, restait fréquentable. Quelqu’un qui ne craint pas d’inviter sur son plateau Damien Rieu, Thaïs d’Escufon, Pierre Gentillet, même si c’est pour les jeter dans la fosse aux lions, mérite notre attention. Quelqu’un qui donne la parole aux soignants suspendus, aux gilets jaunes matraqués, aux boulangers ruinés – bref, qui donne la parole à ceux qui en sont habituellement privés – ne peut pas être à 100 % méchant homme. Comme il est en train de le devenir auprès des bien-pensants, surtout depuis qu’il s’est accroché avec Louis Boyard et a réclamé, séance tenante, fort de son jury populaire – deux millions de spectateurs et six millions d’abonnés sur Twitter –, la perpétuité pour la meurtrière de la petite Lola.

« TPMP » n’est pas leur pote

Haro sur Hanouna, donc, crient les aboyeurs ! C’est bien ce qui les distingue d’un Pierre Desproges. Quand on demandait à ce dernier pourquoi il n’était pas démocrate, il répondait : parce que c’est la loi du plus grand nombre et que le plus grand nombre regarde les émissions de Patrick Sabatier. C’était direct, c’était clair. Mais jamais Desproges n’a cherché à faire interdire les émissions de Patrick Sabatier ni à réformer la démocratie pour la faire coïncider avec la conception aristocratique qu’il s’en faisait. Tout le contraire des détracteurs d’Hanouna

Ce qui est visé derrière leurs attaques, ce n’est pas la vulgarité – elle est une des modalités de la société du spectacle –, ni la goujaterie, ni les blagues en dessous de la ceinture, ni les pâtes fraîches versées dans le slip des chroniqueurs ou leur pilonnage au chocolat liquide. Sa force, c’est qu’il parle comme son public, dont il est le ventriloque, en restituant le bruit de fond de la société, sans filtre, sans médiation, captant sur les réseaux sociaux l’écho des sujets qui vont buzzer, pareil à un algorithme sentimental qui programmerait par avance le script de son émission.

Humoristiquement incorrect

Mais ce qui dérange le plus, c’est d’abord qu’Hanouna fait mentir la loi d’airain du complexe politico-médiatique, lequel ressemble de plus en plus à un Fort Knox nord-coréen impénétrable : l’endogamie idéologique, première des conditions d’accès au Système. Toutes les autres peuvent être levées. Le même coopte le même et tous les faux débats sur la mixité et la sous-représentation des minorités ne sont qu’écran de fumée. Il est indifférent de savoir combien il y a d’hommes, de femmes, de Blancs, de Noirs, d’hétéros ou de fausses blondes. Le critère déterminant, c’est le degré de conformité idéologique qui discrimine parmi toutes les sous-espèces du conformisme social celles qui sont les plus susceptibles de porter la parole autorisée. Les perroquets, les gnous, les bancs de sardines. Dans cet univers médiatique dominé par la connivence, l’entre-soi et la consanguinité, « TPMP » introduit une dissonance cognitive. Une sorte d’accident industriel dans le discours sans accroc du politiquement correct qui ne sait plus quoi faire avec lui.

On a parfois comparé son émission au film devenu culte, Idiocracy (2006), de Mike Judge, qui dépeint une société dystopique, en l’an 2505, rongée par l’effondrement du QI, entre bêtise et vulgarité, un film dans lequel les électeurs de Joe Biden se complaisent à voir un portrait prémonitoire des électeurs de Donald Trump, alors que ce n’est jamais que la manière dont les progressistes se représentent l’univers mental des « déplorables ».

Que nous est-il arrivé pour qu’un  soit devenu le porte-voix des sans-voix ?

François Bousquet

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