Légendes tenaces

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Les temps modernes sont parvenus à éradiquer la trace de la fameuse Légende dorée. Cette belle présentation du récit évangélique avait été conçue au XIIIe siècle par le dominicain Jacques de Voragine.  Il fallut attendre 500 ans pour qu’au XVIIIe siècle l’idéologie dite des Lumières parvienne à chasser de l’esprit des Européens les douces images de ce merveilleux chrétien.

Aujourd’hui, les marchands de téléphones portables ont certes toujours furieusement besoin que l’on croit encore au Père Noël, mais non à l’adoration des bergers.

Au XIXe siècle les romans de Dickens ont bâti une légende noire du capitalisme en Angleterre. Le feuilleton Oliver Twist, publié entre 1837 et 1839 a connu, par exemple une diffusion mondiale. Il a été lu par tous les petits enfants occidentaux bien élevés, l’auteur de ces lignes y compris. Il était encore mis à l’écran en 2005. Friedrich Engels établi à Manchester en 1842 en prolongera les mythes, sous un angle se voulant scientifique, dans son premier livre qu’il publie en 1845, à l’âge de 25 ans : La situation de la classe laborieuse en Angleterre. La France romantique ne pouvait rester de reste, et c’est ainsi, qu’en 1862 Victor Hugo écrit ses inoubliables Misérables eux aussi glorieusement filmés. En 1885, Émile Zola enfonce le clou à son tour avec Germinal. Quand il sortit sur les écrans, en 1993, on emmena les lycéens voir le chef d’œuvre.

Cette légende noire semble difficilement effaçable et il ne faut pas compter sur le « wokisme » en vogue ces derniers temps, pour en abolir l’efficacité toxique.

En face de cette légende noire, le XXe siècle a vu naître une légende que l’on qualifiera de rose, alors que sa vraie couleur est le rouge : la légende du communisme, de la bienheureuse planification, de la Fée électricité et de la juste expropriation des koulaks. L’illusion fut d’abord entretenue autour de l’Union soviétique. Cet espace prétendument voué à l’amitié entre les peuples fut créé en 1922. Avant de mourir Lénine énonce comme dogme fondateur qu’y règnerait l’égalité entre l’Ukraine, indépendante depuis 1917, et la Russie.

Mais en 1973 la fiction d’une heureuse URSS perd définitivement toute valeur chez les bien-pensants occidentaux à partir de la lecture de l’Archipel du Goulag. Notons quand même que nos intellectuels manifestent quelque retard à l’allumage : les Documents Tchernov (qu’avec mon ami Charles Culbert nous avons réédités dans notre livre La Terreur rouge) décrivaient, 50 ans avant Soljenitsyne, les crimes systématiques et scientifiques commis par le bolchevisme…

Restait donc la nécessité transférer le conte de Fées dans un pays plus lointain que l’ancien empire des Tsars : la Chine continentale, conquise par Mao et son camarade le maréchal Zhu De en 1949.

De nos jours, personne n’ose plus nier que les débuts furent pénibles, mais précisément une certaine fable consiste à dire que cette dictature collectiviste aurait « éradiqué la pauvreté ». C’est le discours que développait encore dans le cadre du XXe congrès le numéro 1 du régime, chef de l’État, secrétaire général du parti unique et président de la Commission militaire Xi Jinping.

Dès le 25 février 2021, Xi Jinping avait annoncé : « Notre pays a remporté une victoire complète dans la lutte contre la pauvreté. »

En pensant que cette victoire a été remportée du temps de Mao, qu’en son temps nos intellectuels admiraient, on oublie allégrement par exemple la réalité de la prétendue « révolution culturelle ». Ce coup d’État militaire avait été provoqué en 1966par le Grand Timonier en personne. Il avait alors été mis en retrait, comme prophète désarmé, ceci précisément parce qu’il avait provoqué entre 1959 et 1961, par son « grand bond en avant » et par ses « communes populaires » de 1958-1962 une famine sans précédent dans l’Histoire du pays, soit quelque 55 millions de morts de faim entre 1959 et 1961.

Il est clair que le mythe de l’éradication de la pauvreté par le « socialisme aux spécificités chinoises »repose sur un monstrueux mensonge.

On se bornera ici à citer les statistiques officielles.

Le seuil international de pauvreté des pays comparables, selon les calculs de la Banque mondiale, correspond à une valeur actuelle de 6,85 dollars par personne et par jour, contre 5,5 dollars il y a 10 ans.

Le régime communiste chinois se montre plus restrictif encore. Il considère que la grande pauvreté se calcule au-dessous soit 2,3 dollars par personne et par jour. Or, selon les mêmes sources « la Chine compte encore environ 19 % de sa population sous le seuil de pauvreté, soit 273 millions de Chinois. »

Plus significatif encore, toutes les statistiques concluent, s’agissant de la partie la plus pauvre de la population, entretenue dans l’espoir que « nos en enfants auront une vie meilleure », qu’en réalité ces familles s’appauvrissent et s’enfoncent dans une plus grande misère.

Certes les 90 millions de membres du parti communiste chinois n’en ont cure : eux mangent à leur faim.  De même, semble-t-il, en France leurs admirateurs, tel Jean-Pierre Raffarin ou Jean-Marie Le Guen.

JG Malliarakis  

https://www.insolent.fr/

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