Pourquoi, en 2023, il faudra mener le procès du néo-libéralisme

Entre la folie covidiste et le Great Reset que la caste tente d’accélérer, une évidence se dégage : le néo-libéralisme a vécu et doit être profondément amendé. Encore faut-il préciser le sens de ce terme galvaudé et porter le bon diagnostic sur ce qui explique la faillite flagrante des économies occidentales.

Les trois années qui viennent de s’écouler en disent long sur la faillite de notre système, que j’ai déjà évoquée cette semaine. Cette faillite n’est pas seulement un épisode, un hasard. Elle est aussi la faillite de toute une conception politique et économique, que l’on peut regrouper à grands traits sous l’appellation de néo-libéralisme, sujet que nous avions déjà abordé cet été

Pourquoi parler de faillite du néo-libéralisme ?

Ce à quoi nous assistons depuis le mois de février 2020 (confinements, décisions incompétentes, relations opaques avec l’industrie pharmaceutique, militarisation d’une information sous contrôle, neutralisation de tous les contrepouvoirs, violations de l’Etat de droit et des libertés fondamentales) n’est que le couronnement d’une décomposition bien entamée depuis les années 2000. Cette décomposition est celle du « néo-libéralisme » qui a prétendu ordonner une concurrence libre et parfaite à partir d’un cadre défini par les Etats et leurs politiques monétaires. 

Cette idée selon laquelle le marché devait être amélioré, corrigé, par un cadre réglementaire fixé par l’Etat, est née en 1938 avec le colloque Lippmann, tenu à Paris à l’initiative de quelques libéraux comme Raymond Aron. Ce colloque débouche sur « l’Agenda du libéralisme » qui préfigure étonnamment ce qui devint par la suite l’Union Européenne et le marché unique. 

Selon cette doctrine nouvelle qui cherchait une synthèse entre le libéralisme manchestérien et le New Deal de Roosevelt, c’était le rôle de l’Etat d’organiser les services de santé ou d’enseignement, mais aussi d’utiliser les leviers monétaires et budgétaires pour stimuler la croissance. Surtout, le rôle de l’Etat était, selon les néo-libéraux, de fixer un cadre réglementaire au marché, pour assurer une concurrence libre et parfaite. 

La Commission Européenne et la Banque Centrale Européenne ne s’emploient pas à autre chose depuis 20 ans en Europe. Une cascade de règlements et de directives sur tous les sujets prétend assurer l’unité et l’égalité de notre marché continental. Ce sont évidemment autant d’interventions de l’Etat central, suscitées, suggérées, influencées, par quelques entreprises transnationales puissantes pour protéger leurs intérêts. 

Les conséquences nous sont connues : la zone euro a été lanterne rouge de la croissance mondiale depuis plus de quinze ans, le nombre de milliardaires a certes augmenté, mais, dans le même temps, les dettes publiques ont explosé et nombre d’usines ont fui. Parallèlement, la subordination européenne à l’imperium américain n’a cessé de grandir, et les libertés sont désormais mises à rude épreuve. 

Vingt ans de néo-libéralisme en Europe prouvent donc que les doctrines qui prétendent faciliter la croissance et garantir à la fois les libertés politiques et économiques ne sont pas forcément très efficientes… et peuvent même produire les effets exactement inverses à ce qu’elles prétendent. 

Néo-libéralisme et capitalisme de connivence

Ce que les Aron et autres (dont Friedrich Hayek) qui participaient au colloque Lippmann de 1938 n’avaient pas mesuré, c’est le délitement rapide que la régulation du marché par l’Etat allait produire. Peu à peu, ceux qui étaient chargés de réglementer le marché pour assurer la concurrence pure et parfaite sont devenus des proies idéales pour les grands groupes désireux d’obtenir des réglementations favorables.

De ces cas de conflit d’intérêt, l’actualité regorge. En Europe, on se souvient que José Manuel Barroso, l’ancien président de la Commission, fut recruté par Goldman Sachs en 2016. Pouvait-on trouver meilleur exemple de la proximité entre la grande finance internationale et les autorités européennes ? Promettre à un décideur, qu’il soit élu ou fonctionnaire, de le recruter à prix d’or après son mandat s’il se montre coopératif constitue une arme redoutable pour obtenir des avantages substantiels. 

Et que dire de ce que les Uber Files ont révélé ? Emmanuel Macron n’a pas nié avoir favorisé Uber lorsqu’il était ministre de l’Economie. Cette intervention de l’Etat en faveur des VTC au détriment des taxis traditionnels participe de cette forme bien connue de néo-libéralisme qui s’appelle la déréglementation des professions. Elle était déjà au coeur du rapport Attali de 2008, dont Macron était le rapporteur. 

De façon très révélatrice, Emmanuel Macron a répondu à la presse, cet été : : « Je me félicite de ce que j’ai fait, on a créé des milliers d’emplois ». Telle est la faculté du néo-libéralisme : transformer en vertu d’intérêt général le mélange des genres entre intérêt public et intérêt privé au sommet de l’Etat. C’est ce qu’on appelle le capitalisme de connivence : l’Etat est un instrument conçu pour enrichir les puissants, ce qui est supposé produire un ruissellement. 

Néo-libéralisme et libertés publiques font désormais mauvais ménage

Toute la difficulté du capitalisme de connivence est qu’il concentre tant les pouvoirs (et c’est particulièrement vrai en France) qu’il en remet en cause les fondements de la démocratie libérale elle-même. On se souvient que Montesquieu avait érigé la séparation des pouvoirs en principe sacré. La crise du COVID a montré comment cet idéal était désormais balayé sous le prétexte artificiel de l’urgence, agité et manipulé malicieusement par une propagande industrialisée.

Dans la pratique, autant le gouvernement que le Parlement, que le Conseil Constitutionnel, que la justice elle-même, à commencer par la justice administrative, sont rapidement tombés d’accord pour imposer des mesures liberticides au nom de l’urgence. L’invention de la suspension, mesure unilatérale consistant à priver immédiatement un fonctionnaire ou un salarié de son salaire sans aucune indemnité et sans aucune forme de procédure contradictoire en a constitué l’apogée. Soudain, le néo-libéralisme n’est pas seulement devenu une machine à utiliser l’impôt pour payer les salaires et acheter des quantités phénoménales de vaccins. Il s’est aussi mué en machine à exclure, à discriminer et à produire du crédit social. 

Quelle différence de nature entre le régime chinois et le capitalisme de connivence la crise du COVID a-t-elle fait apparaître ? Sur le fond, la confusion entre le pouvoir économique et le pouvoir politique y est quasiment identique, et le poids des libertés s’approche, en Europe, de la réalité chinoise. 

Dès lors que le néo-libéralisme ne garantit plus les libertés, pas plus que la prospérité, pas plus que la libre concurrence, pourquoi le conserver ?

Conscientiser le modèle de société que nous voulons 

Je l’évoquais hier, la question fondamentale n’est pas tant celle de critiquer le néo-libéralisme que celle de savoir par quoi le remplacer. Ce qu’il nous faut, c’est un système qui nous garantisse une émancipation de l’Etat par rapport aux intérêts privés. Les décisions prises doivent être conformes à l’intérêt général, et non aux intérêts particuliers. 

Libérer l’Etat… le désenclaver, détricoter les mailles du filet dans lequel il est prisonnier aujourd’hui, voilà un sujet de réflexion essentiel, qu’il serait dommage de ne pas mener, car il s’agit bien de la question cruciale de demain. 

https://lecourrierdesstrateges.fr/2022/12/29/pourquoi-en-2023-il-faudra-mener-le-proces-du-neo-liberalisme/

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