Boulangeries : silence, on ferme !

« On va à la mort. » En une phrase laconique, Jean-Marc, boulanger à Feucherolles dans les Yvelines, a résumé auprès du Parisien sa situation et celle de milliers d’autres de ses confrères. Suite au renouvellement automatique de son contrat chez EDF, Jean-Marc va devoir payer son électricité dix fois plus cher. Il va, en clair, passer de 3.000 à 30.000 euros de facture. Une augmentation nette, brutale comme un couperet de guillotine. Elle vient fragiliser la promesse faite par le ministre de l’Économie  devant les députés :

« Nous ne laisserons tomber aucun boulanger en France », avait-il déclaré le 6 décembre dernier.

À Landivy, en Mayenne, un couple de boulangers voit sa facture mensuelle passer de 1.500 à 4.000 ou 4.500 euros, soit une multiplication par trois. Eux aussi craignent de ne pas passer l’hiver. Le boulanger Jeremy Ferrer, travaillant à Meaux et fondateur de « Grain de blé », une centrale de référencement de boulangers indépendants, est sans appel. Se confiant au site Euractiv, il n’était pas optimiste : « 80 % des artisans boulangers français ne bénéficient pas du bouclier tarifaire à l’heure actuelle. Ce sont donc 8 entreprises sur 10 qui risquent de fermer en 2023. » La plupart des artisans boulangers utilisent un matériel particulièrement énergivore qui n’entre pas dans les conditions d’obtention du bouclier tarifaire. Selon lui,  1.200 boulangeries ferment chaque année, faute de pouvoir vivre de leur travail.

Bercy s’engage sur un tiers de la facture

Pourtant, la Confédération nationale des boulangers-pâtissiers refuse ce sort funeste : « Non, la boulangerie artisanale ne mourra pas », affirmait sa directrice dans un communiqué publié le 13 décembre. Elle mettait en avant l’application d’une mesure automatique « dès le 1er janvier 2023 permettant de prendre en charge 20 % de la facture » et la mise en place d’un guichet unique. Au total, près de 40 % des frais d’énergie seraient pris en charge par l’État. De quoi sauver quelques commerces et limiter le carnage sans pour autant l’enrayer. Insuffisant pour de nombreux artisans, donc, qui ont de surcroît dû faire face à la crise sanitaire et à l’augmentation drastique du prix du blé. En bref, la pâte ne lève pas entre Bercy et les boulangers.

L’ironie de l’UNESCO

En France, le nombre de petites boulangeries est passé de 55.000 en 1970 à environ 33.000 aujourd’hui. Elles détiennent 55 % du marché du pain. Un chiffre en baisse constante qui révèle une chose : la crise que traverse la boulangerie artisanale n’est pas neuve, mais l’explosion du prix de l’énergie a été le coup d’accélérateur fatal. « Même avec les 35 % d’aides de l’État, on n’y arrivera jamais », confiait au Parisien le boulanger de Feucherolles. L’année qui a vu la baguette française entrer au  de l’UNESCO a, paradoxalement, inauguré une ère qui verra la boulangerie française étranglée par le coût de l’énergie. Comme une sinistre farce. « Je crois qu’il importe peu aux morts d’obtenir les honneurs de riches offrandes, disait le Grec Euripide. Il n’y a là qu’un vain sujet d’orgueil pour les vivants ». Les boulangers seront d’accord là-dessus : à quoi bon une médaille si elle ne sert qu’à orner le cercueil ?

Marc Eynaud

https://www.bvoltaire.fr/boulangeries-silence-on-ferme/

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