Anne de Beaujeu, troisième régente de France

Anne de Beaujeu, troisième régente de France

Fille de France, sœur de roi, duchesse de Bourbon, belle-mère du connétable de Bourbon : Anne de Beaujeu était sans nul doute appelée à un destin exceptionnel. Troisième régente dans l’Histoire du royaume de France, elle brillera également en-dehors de la sphère royale, après s’être retirée des affaires publiques. Elle verra quatre rois se succéder : son père Louis XI, son frère Charles VIII, son cousin Louis XII et enfin François Ier.

La fille exceptionnelle d’un roi contrasté

Fille du grand roi Louis XI, il est inutile de chercher bien loin pour comprendre de qui Anne peut tenir son sens politique. Roi contrasté, entouré d’une légende noire, Louis a sans aucun doute transmis sa force de caractère à la petite Anne plus qu’à son fils, le futur Charles VIII. La jeune fille développe d’autant plus ses aptitudes qu’elle voit son père régner et prend exemple sur lui. Ses qualités et son sens du gouvernement qui s’esquissent petit à petit lui vaudront de la bouche même de son père le qualificatif de « femme la moins folle du royaume ».

Si Louis XI est si célèbre, c’est en partie car il a œuvré pour la grandeur du royaume et n’a pas hésité à se heurter aux duchés et aux provinces pour consolider l’autorité royale et mettre fin aux diverses contestations. Il est notamment connu pour sa lutte contre le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire. Sa mauvaise réputation se trouve sans conteste largement exagérée, sa ruse et sa grande fermeté lui ayant attiré bien des ennemis.

Il marie Anne à l’âge de douze ans à Pierre de Beaujeu, cadet des Bourbons. Malgré les vingt-deux ans de différence du couple, ils se révèlent très unis et bien assortis, particulièrement en ce qui concerne la politique. Ce mariage permet de renforcer le pouvoir de Louis XI sur le puissant duché des Bourbons dans le cadre de sa lutte contre les Grands du royaume.

Une régente sans le titre

Anne a vingt-trois ans quand son père meurt ; son frère seulement treize. Elle convoque alors les États généraux qui proclameront l’inutilité de la mise en place d’une régence, le jeune roi allant avoir quatorze ans, âge de la majorité. Cependant, cela n’empêchera pas Anne de Beaujeu d’exercer un immense pouvoir politique jusqu’aux vingt ans de Charles VIII, voire jusqu’à la mort de ce dernier. En effet, son époux et elle sont malgré tout nommés tuteurs du jeune roi, les États décidant que l’éducation du souverain doit leur revenir. La jeune femme se retrouve ainsi régente dans les faits, mais non dans le droit.

Sa première tâche : mettre au pas Louis d’Orléans, le grand rival du roi

Dans un premier temps, Anne se heurte violemment à Louis d’Orléans, premier prince de sang. Ce dernier étant l’héritier de Charles VIII dans l’éventualité où celui-ci mourrait sans fils, il tente à tout prix de s’imposer, mais se trouve rapidement écarté du pouvoir par les États généraux évoqués ci-dessus, au profit d’Anne.

Néanmoins, il revient rapidement sur le devant de la scène politique : suite à moult provocations envers la Couronne, il se réfugie en Bretagne. Anne n’hésite pas à réunir ses troupes pour attaquer le duché, ce qui conduira à la célèbre « guerre folle ». Finalement capturé à Saint-Aubin-du-Cormier, près de Rennes, il passera trois ans en prison.

Cet événement constitue une très grande victoire pour la sœur de Charles VIII : celle-ci s’étant réellement impliquée dans le conflit, même du point de vue militaire, l’heureux dénouement en 1488 conforte sans aucun doute son assise et son autorité. Ainsi, la régente se trouve plus que légitime pour régner.

La Bretagne : le triomphe d’Anne

Mais Anne ne s’arrête pas à cette première victoire : elle marie en 1491 Charles VIII avec la jeune héritière Anne de Bretagne, bien que cette dernière soit mariée par procuration à Maximilien d’Autriche (les dispenses papales sont à l’époque bien pratiques !). D’après le contrat nuptial, la jeune mariée cède son duché au roi de France en cas d’absence de descendance.

Mais par ce mariage royal, Anne doit céder sa place de première dame de France. Et ce d’autant que son petit frère entend bien profiter de sa vingtaine et de son mariage pour s’éloigner quelque peu de cette sœur si intelligente et si douée, mais dans l’ombre de laquelle il vit depuis trop d’années. La nouvelle reine de France ne peut qu’approuver cette décision : bien qu’en retrait face à sa belle-sœur, notamment dû à son jeune âge, Anne de Bretagne se trouve dotée d’un solide caractère ne facilitant pas les relations entre les deux femmes.

Néanmoins, c’est à sa sœur (et son époux) et non à sa femme que le roi confiera le royaume lors de son départ pour l’Italie : encore une occasion pour Anne de Beaujeu de mettre ses talents au service de la France.

La mécène des arts

Le rôle politique d’Anne de Beaujeu prend fin lorsque son frère, âgé de vingt-sept ans, meurt tragiquement en se cognant la tête contre un linteau de porte. Aucun des enfants du couple royal n’ayant survécu, la couronne passe à Louis d’Orléans, qui attend son heure depuis si longtemps et qui épouse la jeune veuve, selon le contrat nuptial.

Anne et Pierre décident donc tous deux de se retirer, laissant à Louis XII un pays prospère et en paix : un bilan plus que réussi !

Ils vont ainsi pouvoir s’occuper de leurs affaires personnelles : Pierre étant un puissant prince, à la tête d’un grand duché (son frère aîné étant mort), ils développent tous deux la cour du château de Moulins. Entourés de nombreux courtisans et d’artistes venus de loin, le rayonnement culturel de la cour est immense. Anne joue alors réellement un rôle de mécène et inspire les autres cours européennes.

L’éducatrice

Par ailleurs, l’unique enfant d’Anne et Pierre, Suzanne, permet à la duchesse d’écrire un traité d’éducation, intitulé Enseignement à ma fille. Elle y explique le comportement approprié d’une femme noble et les qualités morales comme physiques qu’elle doit posséder.

Elle se voit d’ailleurs confier nombre de jeunes filles qui deviendront des personnages phares de leur époque : Marguerite d’Autriche, Marie Tudor, Louise de Savoie ou encore Diane de Poitiers. Grâce à Anne, les princesses se voient dotées d’une éducation culturelle, artistique, érudite, grâce à laquelle elles pourront briller en société.

La duchesse de Bourbon

Anne est très attachée à son duché et tient tout particulièrement à préserver son indépendance (ce qui est plutôt ironique quand on songe à son acharnement à intégrer la Bretagne dans le royaume de France !).

Le problème de succession se posant à la mort de Pierre est l’occasion pour elle d’user à nouveau de son talent politique. Malgré l’absence d’héritier mâle, la duchesse réussit à transmettre intégralement le domaine à sa fille, pour laquelle elle arrange d’ailleurs un astucieux mariage avec Charles de Bourbon.

Ce choix paraît plus que pertinent : Charles devient connétable de Bourbon et est auréolé de gloire sur les champs de bataille. En outre, il devient héritier de la principauté au décès de Suzanne.

Malheureusement, cela ne plaît guère au nouveau roi, François Ier. La mère du roi, Louise de Savoie, s’empresse alors d’intenter un procès contre lui au sujet de ses terres, en clamant que ses liens de parenté avec Suzanne lui donnent droit au duché. Cette rivalité sera une des causes de la fuite du connétable auprès de Charles Quint, dont il est aussi, rappelons-le, le sujet.

Anne meurt en 1522 ; son duché bien-aimé s’effondrera quelques temps après. Anne de France n’est donc pas seulement une des grandes régentes qu’a connues la France : elle est aussi la dernière grande féodale.

Diane A. Roger – Promotion Tolkien

https://institut-iliade.com/anne-de-beaujeu-troisieme-regente-de-france/

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