UE. Une maitrise des flux migratoires illusoire ? Focus sur la Hongrie

UE. Une maitrise des flux migratoires illusoire ? Focus sur la Hongrie
 
Le 24 novembre, un débat a réuni sur la chaine TV Libertés, Jean-Yves le Gallou et Philippe Murer sur le thème de la maitrise des flux migratoires au sein de l’Union européenne. Les politiques des gouvernements hongrois, danois et britannique ont été prises en exemple pour illustrer ce qui est possible et pratiqué en la matière tant au sein qu’en dehors de l’U.E. Nous revenons sur les arguments que les deux contradicteurs ont échangés à ce sujet. À l’heure où de nombreux pays européens sont confrontés à une immigration massive, la question des conditions à réunir pour retrouver la maitrise des flux migratoires est essentielle. Lors du débat sur la chaine TV Libertés, l’économiste souverainiste Philippe Murer a indiqué démontrer qu’il y a de l’immigration « dans toute l’Union européenne ». Le président de la fondation Polémia, Jean-Yves le Gallou, a souligné l’échec de la maitrise de l’immigration au Royaume-Uni depuis le Brexit. Ce premier article d’une série de trois est consacré à la situation de la Hongrie. Les prochains articles seront consacrés au Danemark et au Royaume-Uni.

L’immigration en Hongrie

Philippe Murer a indiqué s’agissant de la Hongrie : « premièrement l’immigration en Hongrie, l’immigration illégale est arrêtée, Viktor Orban fait un beau boulot (…) il y a 2, 3000 immigrés illégaux par an. L’immigration annuelle légale a explosé en 10 ans, elle est de 70 000 par an, à l’échelle de la France, cela fait 500 000 personnes par an. J’ai appelé un ami hier au téléphone, il m’a dit, oui, il y a énormément d’immigrés qui arrivent, et pas que des immigrés européens, beaucoup d’immigrés du Bangladesh, du Népal, de l’Irak, de la Turquie, du Kazakhstan, etc. »

Reprenons une par une les affirmations de Philippe Murer.

La lutte contre l’immigration illégale en Hongrie

«  L’immigration illégale est arrêtée, Viktor Orban fait un beau boulot (…) il y a 2, 3000 immigrés illégaux par an ».

Sur Twitter, Philippe Murer donne comme référence à cette affirmation des chiffres d’Eurostat, le service statistiques de l’Union européenne (1). Ceux-ci concernent les demandes d’asile, que l’on ne peut pas qualifier à proprement parler d’immigration illégale, bien que ce droit soit souvent utilisé pour mettre un pied dans la porte d’un pays européen (2).

S’agissant spécifiquement de la lutte contre l’immigration illégale, les autorités hongroises pratiquent sans ambiguïté chaque année des refoulements (« push-backs ») de dizaines de milliers de clandestins qui se pressent à ses frontières, en particulier venant de Serbie. Cela leur a valu plusieurs condamnations par la Cour européenne des droits de l’homme et par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) (3).

Ne constatant aucun changement dans la gestion des frontières par les autorités hongroises, la Commission européenne a saisi en novembre 2021 la CJUE d’un recours afin qu’elle ordonne le paiement de sanctions pécuniaires pour non-respect de l’arrêt du 17 décembre 2020 relatif aux règles de l’U.E. en matière d’asile et de retour (4). Le jugement de cette affaire, pas encore intervenu à ce jour, le quantum de la peine le cas échéant et la suite donnée par le gouvernement hongrois seront à scruter avec attention.

S’agissant des demandes d’asile, les statistiques d’Eurostat font ressortir que le nombre de celles déposées en Hongrie est passé de 174 435 en 2015 à… 40 en 2021. L’appartenance de la Hongrie à l’U.E. et sa ratification de la convention de Genève sur l’asile n’ont donc pas empêché ce pays de mener une politique très restrictive en la matière. On ne peut toutefois pas passer sous silence le fait que le gouvernement hongrois a été condamné plusieurs fois pour infractions au droit d’asile tant par la CEDH que par la CJUE (5).

« L’explosion de l’immigration légale »

« L’immigration annuelle légale a explosé en 10 ans » en Hongrie.

Les chiffres mis en avant par Philippe Murer à ce sujet concernent « l’immigration » en Hongrie, entendue comme le nombre de personnes ayant établi leur lieu de résidence habituel dans le pays durant les 12 mois précédents. Ceux-ci font effectivement ressortir une progression importante : 28 000 personnes étrangères (ressortissants de l’U.E. et de pays tiers) se sont installées en Hongrie en 2011, un nombre qui est passé à 75 400 en 2020.

La population de la France était en 2020 de 67,4 millions. Celle de la Hongrie de 9,7 millions. Le nombre de personnes étrangères installées en Hongrie cette année-là rapporté à la population française serait de 525 720, alors que selon Eurostat, 283 237 immigrés se sont installés en France en 2020.

L’immigration importante en Hongrie diffère cependant fortement de celle qui arrive en France tant dans les motifs de délivrance des titres de séjour que dans la nationalité des nouveaux venus. L’analyse des premiers titres de séjour délivrés aux ressortissants de pays tiers à l’U.E. est à ce titre tout à fait éclairante.

La nationalité des nouveaux venus

« il y a énormément d’immigrés qui arrivent, et pas que des immigrés européens »

Sur les 58 115 premiers titres de séjour qui ont été délivrés par les autorités hongroises en 2021, 27 447 ont concerné des citoyens ukrainiens, 2 313 des Serbes, 2 067 des Chinois, 2 035 des Vietnamiens, 1 837 des Indiens, 1 820 des Turcs, 1 671 des Sud-coréens, 1 463 des Nord-Américains, 1 183 des Russes, 1 026 des Iraniens et 15.253 autres nationalités (6).

Les premiers titres de séjour ont donc été, comme les années précédentes, délivrés en Hongrie très majoritairement à des ressortissants de la même aire civilisationnelle que celle à laquelle le pays appartient.

Il en va différemment en France. Selon les statistiques d’Eurostat, les premiers pays d’origine des bénéficiaires de nouveaux titres de séjour en France étaient en 2021 extra-européens : Maroc (35 233), Algérie (25 826), Tunisie (17 406), Côte d’Ivoire (11 383), Comores (7 216), Cameroun (6 967), Mali (6 756) Turquie (6 485), Congo (4 874), République du Congo (4 360), etc.(6).

Les motifs de délivrance des titres de séjour

La répartition des motifs de délivrance des titres de séjour diffère également fortement entre la Hongrie et la France (7).

En 2021, parmi les 58 115 premiers titres de séjour délivrés par les autorités hongroises aux ressortissants de pays extérieurs à l’U.E., les motifs de délivrance ont été par ordre d’importance :

  • le travail (38 960) : 67%
  • les études (9 590) : 16,5%
  • un autre motif (5 231)° : 9%.
  • le regroupement familial (4 334) : 7,4%.

En France, les 285 190 premiers titres de séjour ont été délivrés en 2021 pour les motifs suivants :

  • le regroupement familial (93 278) : 32,7%
  • les études (90 609) : 31,7%
  • un autre motif (63 430)° : 22,24%.
  • le travail (37 873) : 13% ;

Ces chiffres nous montrent que l’immigration au motif du travail, qui est réversible et choisie par les autorités du pays, indépendamment du droit communautaire et des conventions internationales, représente 67 % des premiers titres de séjour délivrés en Hongrie, contre 13 % en France.

En conclusion, le gouvernement hongrois pratique une politique très restrictive en matière d’asile, qui se traduit par un très faible nombre de demandes déposées chaque année. L’immigration légale est à un niveau important en Hongrie, mais elle est organisée de façon réversible principalement en fonction des besoins du marché du travail. Elle prend indéniablement en compte des critères de proximité culturelle. L’immigration issue de droits tels que le regroupement familial et l’asile a en proportion une part beaucoup plus restreinte en Hongrie qu’en France. On peut donc bien parler d’une immigration choisie par les autorités hongroise, contrairement à la France où elle s’inscrit principalement dans le cadre de droits à l’immigration.

La commission européenne a décidé cette année de suspendre le versement de fonds structurels de l’U.E. et de la quote-part du plan de relance européen à la Hongrie, au motif du non-respect de « l’état de droit ». Si la politique d’asile et de refoulement des clandestins à ses frontières par les autorités hongroises ne fait pas partie des griefs qui motivent cette décision, on ne peut s’empêcher de penser qu’elle n’y est pas étrangère (8). Force est de constater que, dans cette partie de bras de fer engagée depuis plusieurs années, le gouvernement hongrois n’a pas plié.

S. Quintinius 10/12/2022

(1) Tweet P. Murer. 25 novembre 2022. 7h07
(2) https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/MIGR_ASYAPPCTZA/default/table?lang=fr&category=migr.migr_asy.migr_asyapp
(3) https://ecre.org/balkan-route-new-violent-tactics-of-pushbacks-across-the-region-cjeu-finds-hungary-in-violation-of-eu-law-frontex-to-operate-in-north-macedonia-despite-allegations-of-complicity-in-pushbacks/
(4) https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip_21_5801
(5) https://www.lefigaro.fr/flash-actu/la-hongrie-a-nouveau-condamnee-par-la-justice-europeenne-20211116#:~:text=La%20Hongrie%20a%20enfreint%20le,l’UE%20(CJUE).
(6) https://flo.uri.sh/visualisation/7727161/embed
(7) https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/TPS00170__custom_4024035/default/table?lang=en
(8) https://www.lesechos.fr/monde/europe/bruxelles-veut-geler-13-milliards-deuros-de-fonds-prevus-pour-la-hongrie-1884287

https://www.polemia.com/ue-une-maitrise-des-flux-migratoires-illusoire-focus-sur-la-hongrie/

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