Radicalisation du sujet migratoire

221210

Ce 6 décembre, à l’Assemblée nationale française, l’intervention de l’exécutif a prétendu imposer aux députés qu’ils débattent, sans pouvoir voter vraiment, autour du projet d’une nouvelle réglementation de l’immigration et du droit d’asile.

Ni le ministre responsable du dossier, ni l’ensemble de ses collègues n’envisagent à ce propos de rendre des comptes quant à l’application des règles théoriques existantes que, tout de même, on appelle pompeusement « la Loi » comme si elles avaient été dictées à Moïse sur le mont Sinaï.

Une fois survolé au Palais-Bourbon, le sujet va se déplacer au Sénat, où les confrontations demeurent ordinairement plus feutrés, plus techniques et, la plupart du temps, mieux documentées.

Officiellement, après un report décidé au mois d’août 2022, le pouvoir a annoncé que l’esquisse du texte sera présentée au Sénat le 13 décembre… pour ne revenir en Conseil des ministres que début 2023, en principe.

C’est en prévision de tout cela, que l’Amicale gaulliste du Sénat avait invité le 15 novembre, sans doute en accord avec Gérard Larcher, l’audition de Pierre Brochand, Ambassadeur de France et qui, surtout, a dirigé de 2003 à 2008 le Renseignement extérieur français.(1)⇓

Or, de tels atermoiements ne sont pas seulement occasionnés par une volonté, louable, d’entente nationale. Ils demeurent dictés par la formule aberrante du « en même temps » qui s’impose depuis 2017. Au temps des congrès radicaux on ironisait en appelant cela des « motions nègres blancs ». Gouvernés par des seconds couteaux issus, dans leur majorité, du parti socialiste, et qui ne s’en sont écartés que pour complaire au Gros Argent, nos compatriotes revivent en effet le temps de la troisième république. Ce système déplorable est seulement aggravé, de nos jours, par un très large progrès de la répression idéologique. Celle-ci s’exerce de manière totalement unilatérale à l’encontre des adversaires du politiquement correct. Les exemples de cette censure fourmillent.

Le gouvernement a donc fait circuler, de son côté, pour éclairer la question, un petit dossier de 16 pages (2)⇓ .

Il n’est pas inutile, au préalable, de rappeler ici combien tous les chiffrages technocratiques qu’il contient appellent de sérieuses réserves, dès lors qu’on mentionne des flux illégaux et des populations réputées clandestines. Néanmoins, de même que la géométrie peut se définir comme l’art de raisonner juste à partir de figures fausses, on acceptera au long des lignes qui suivent de partir, par convention, des approximations et des définitions officielles. Par exemple, le document déclare que « sont comptabilisés comme immigrés les étrangers nés hors de France et les français par acquisition nés hors de France » ce qui en contribue à en amoindrir le nombre.(3)⇓

Il est aussi à remarquer que la part d’une islamisation voulue par des États comme la Turquie d’Erdogan, maîtresse actuellement des côtes libyennes, et celle de la tiers-mondisation du pays, restent occultées par la littérature administrative. Laïcisme oblige.

On peut donc cependant relever dans le document ministériel un certain nombre de constats non négligeables. Notons ainsi les points qu’il reconnaît, citons : • L’immigration : une accélération depuis 20 ans : 10,3 % de la population vivant en France en 2021, contre 7,4 % en 1975 et 5,0 % en 1946. Cela correspond à la délivrance d’environ 850 000 titres de séjour par an (première délivrance et renouvellement) en métropole. • L’immigration économique est en progression, mais reste toujours minoritaire. L’immigration économique ne représente que 13 % des titres délivrés annuellement• L’immigration irrégulière est en progression continue. • La demande d’asile en France : un doublement en dix ans  •  et surtout : Une surreprésentation des étrangers dans les actes de délinquance.

Ce dernier point a longtemps fait l’objet d’un tabou.

Les faits sont sacrés, les commentaires sont libres… du moins dans la logique des journaux anglais

On doit souligner que, dans le pays, l’inquiétude et la colère, nonobstant la chape de plomb idéologique et médiatique, progressent. En ce début décembre, les derniers rapports du Service Central du Renseignement Territorial confirment l’aggravation de l’agacement suscité par le Ministre Darmanin y compris, évidemment au sein de la police et de la gendarmerie situées aux premières loges, avec, rappelons-le, certaines professions comme le corps médical, les agents hospitaliers ou les pompiers.

En 40 ans, les pouvoirs publics républicains ont produit 28 législations différentes. Leurs dispositions restrictives n’ont pratiquement jamais été respectées. La faillite la plus spectaculaire concerne les prétendues « Obligations » de quitter le territoire français que le président élu en 2017, réélu en 2022, promettait d’exécuter. Le constat de la faillite d’un tel engagement, au vu de dossiers criminels répétitifs impliquant des Étrangers sous « OQTF » contribue puissamment à décrédibiliser la parole publique et, disons-le par conséquent, le contrat constitutionnel démocratique entre le peuple et la classe politique : les Français n’en peuvent plus. Ce phénomène reste informel, du moins pour l’instant, mais les autorités publiques ne sauraient ignorer le niveau de l’exaspération.

Dès lors, il semble indispensable de rappeler l’origine légale, ou plutôt réglementaire, de la situation, le nouveau projet vient après 28 textes successivement dénaturés depuis 1976. Cette année-là, un Décret en date du 29 avril avait été signé de Jacques Chirac, Premier ministre, et du ministre du Travail Durafour : il autorisait sous conditions le fameux « regroupement familial ». Un an plus tard, en 1977, le nouveau gouvernement dirigé par Raymond Barre tentait d’en suspendre l’application pour 3 ans. Mais cette décision de bon sens, datée du 10 novembre, motivée notamment par le développement alarmant du chômage, fut cassée moins d’un mois plus tard par le Conseil d’État, qui consacre le droit au regroupement familial, le 8 décembre 1978.

En fait aucune procédure démocratique, aucun vote législatif véritable, n’a fondé ce qui s’est transformé progressivement en invasion « ressentie ».

Durant la même période, marquée par une montée du mécontentement et des diverses formes de vote sanction des Français, on a assisté à l’évolution de la provenance des arrivants. On les savait autrefois européens et majoritairement catholiques, car principalement Polonais, Italiens, Espagnols et Portugais. Leur durée d’assimilation se limitait alors à une génération. L’absence d’endogamie et un très faible communautarisme au sein de la plupart de ces flux de population permettait d’observer et de louer le modèle français d’assimilation.(4)⇓

Les choses ont bien changé. Il est plus que temps de changer de paradigme.

Nous verrons dans une prochaine chronique que nos voisins semblent à cet égard désormais moins frileux.

JG Malliarakis  

Apostilles

  1. Ce texte en tous points remarquable, admirablement écrit, intitulé « Immigration, enjeu central » a été évoqué dans la presse mais pas toujours diffusé in extenso, alors qu’il mérite d’être lu de la première à la dernière ligne. Nous le tenons à disposition de tout lecteur qui nous en fera la demande.
  2. À télécharger en pdf sur le site du Ministère de l’Intérieur.
  3. Faute de statistiques ethniques, les démographes sérieux mettent en évidence par exemple le concept de « natifs au carré ». Certes, le fils de deux « expats », issus eux-mêmes de familles françaises depuis des siècles, ne sont pas, par exemple, du nombre ; au moins cette notion introduit-elle, dans un système de citoyenneté fondée sur le « jus soli », un angle statistiquement et objectivement observable.
  4. à cet égard, on doit recommander le maître livre de Michèle Tribalat : « Assimilation, la fin du modèle français » publié en 2013 aux Éditions du Toucan.

https://www.insolent.fr/2022/12/radicalisation-du-sujet-migratoire.html

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