Une question d’abord démographique

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Ce 30 novembre, le site de l’hebdomadaire Le Point lançait un curieux scoop : « L’Angleterre, invitait-il le lecteur à découvrir, n’est plus une nation à majorité chrétienne ». Bigre. Faut-il donc observer le phénomène du point de vue de la sociologie religieuse ? Vu du haut de la fille aînée de l’Église, voilà qui dissocierait un peu plus le royaume des Lys du souvenir de Richard Cœur de Lion… si la France elle-même n’avait pas accomplie, de longue date, une mutation plus profonde, plus radicale encore, sanglante aux temps de la dictature jacobine, vers le laïcisme.

Sauf erreur en effet, ou novation inattendue, c’est en l’abbaye de Westminster que devrait se dérouler, le couronnement de Charles III, prévu à la date du 8 mai 2023. Le roi demeurera nominalement le chef de l’Église établie d’Angleterre, quand, au contraire, la cathédrale de Reims attend encore une simple visite de courtoisie de Macron II.

Pourquoi donc nous alerter autour d’une information que votre chroniqueur avait déjà pu enregistrer à la lecture du titre d’un quotidien anglais en … 1995, quand on découvrit, en effet, que la majorité des sujets de Sa Gracieuse Majesté se disaient déjà athées. Leur déchristianisation était d’ailleurs largement entamée au temps des Whigs du XVIIIe siècle.

La nouvelle révélation est donc diffusée avec 27 ans de retard.

Ceux qui s’intéressent tant soit peu à l’actualité britannique avaient pu apprendre, par exemple, par la lecture du Telegraph du 29 novembre, donc 24 heures avant le message du Point, que « la population britannique blanche est, d’après les chiffres du recensement en minorité dans les deux plus grandes villes du Royaume Uni. »(1)⇓

La véritable différence entre l’information de type anglais et celle que distille la presse parisienne ne tient pas seulement à ce qu’à Londres les journaux appartiennent à des entreprises de presse entièrement indépendantes, et concurrentes : on doit rappeler aussi que les statistiques ethniques, interdites en France, sont autorisées outre-Manche. Les chiffrages résultent des déclarations des intéressés auprès de l’Office des statistiques nationales : ainsi les habitants de la Grande Bretagne se sont-ils déclarés eux-mêmes à 81,7 % « Blancs » en 2021 contre 86 % en 2011. Selon le même calcul, et dans la même période de 10 ans la population britannique déclarant se considérer comme « blanche » était passée de 52 % à 43 % à Birmingham, et à Londres de 45 % à 37 %.

Que cela se traduise par une poussée de religions telles que l’islam, l’hindouisme ou le sikhisme – ce que l’on retrouve aussi dans les statistiques officielles – n’est que la conséquence d’un mouvement démographique en provenances des divers peuples d’un Commonwealth. Cette dernière entité, que nous appréhendons en général assez mal en France, représente aussi cette aspiration à une Grande Bretagne à vocation « mondiale ». Le slogan « global Britain » a largement servi à la propagande de 2016 en faveur du Brexit.(2)⇓

Le paradoxe d’ailleurs tient à ce que,

  • d’une part, les « brexitteurs » doctrinaires, tel Boris Johnson, se réclamaient en général de cette « global Britain »,
  • alors que, d’autre part, leur courte majorité lors du référendum de juin 2016 s’explique notamment par le retournement du « red wall », des Midlands et du nord de l’Angleterre contre une immigration ressentie comme conséquence de l’appartenance du pays à l’Union européenne…

La véritable question caractérise le débat migratoire, dans lequel elle s’inscrit : elle comprend une part à la fois quantitative et économique.

Ceci n’existait évidemment pas au temps de l’Empire britannique. Les populations colonisées ne s’installaient pas massivement dans la Métropole. Les Anglais et les Écossais dominaient alors le quart de la Planète. Aujourd’hui les flux se sont inversés et ce sont les habitants des îles britanniques qui éprouvent le sentiment d’être submergés par un phénomène de tiers-mondisation.

Dans une prochaine chronique nous tenterons d’en invoquer le mécanisme et les moyens de le corriger. (à suivre donc)

JG Malliarakis 

Apostilles

  1. cf. article de Gabriella Swerling et Ben Butcher « White British people now minority in UK’s two largest cities, census reveals »
  2. Dans son très utile petit livre consacré aux négociations euro-britanniques « La grande illusion Journal secret du Brexit 2016-2020 » (éd. Gallimard 2021 et Folio) Michel Barnier s’étonne de l’utilisation de cet argument, remarquant par exemple que le poids mondial de l’industrie allemande ne souffre aucunement de l’appartenance du pays à l’Union européenne.

https://www.insolent.fr/

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