La France accueille l’Ocean Viking mais rejette une famille iranienne chrétienne persécutée

Le  français aurait-il bénéficié d’une révélation soudaine au sujet de la crise migratoire ? Alors que, le 10 novembre dernier, Gérald Darmanin annonçait l’accueil « à titre exceptionnel » du navire Ocean Viking et de ses 234  dans le port de Toulon – ou, plus précisément, dans l’arsenal -, à peine quelques jours plus tard, une autre famille a vu sa demande d’asile rejetée pour la quatrième fois en cinq ans. Une volte-face tout à fait brutale, certainement le premier d’une longue série de refus fermes et définitifs en matière migratoire.

Il faut dire que la famille en question n’a pas le parcours du « migrant idéal » : pas de mineur isolé, d’homme seul ou autre profil type, non. Un père, une mère et leurs deux enfants. Ils ne viennent pas du Maghreb mais d’Iran et, surtout, ils sont chrétiens. En résumé, ils ne constituent absolument pas des chances pour la France puisque la France croule sous l’excès de chrétiens. L’assimilation serait pourtant plus aisée mais, en France, on aime les défis.

Ainsi, Ata Fathimaharloei, 36 ans, et son épouse Somayeh Hajifoghaha, 37 ans, sont-ils logés avec leurs deux enfants dans un centre de demandeurs d’asile depuis cinq ans sans pouvoir obtenir gain de cause. Mi-novembre, la famille a reçu son quatrième refus de droit d’asile. La situation de ces Iraniens est désormais inextricable : convertis au christianisme, ils sont recherchés par le  iranien. Leur reniement de l’islam fait peser sur eux une menace de sanctions pouvant aller jusqu’à la mort.

Arrivé en France en 2018 après avoir parcouru 4.000 km à travers l’Europe, le couple dépose une première demande d’asile, rejetée par l’Office français de protection des  et apatrides (OFPRA). Pour l’OFPRA, la conversion n’entraîne pas une mise en danger. La méconnaissance de la  iranienne de la part de ce prestigieux office laisse pantois : les témoignages des convertis ayant fui l’Iran affluent pourtant, beaucoup rapportant leur crainte d’être tués par la police ou par leur propre famille en raison de leur abandon de l’islam. De là à dire qu’il y a danger… La notion devient soudain subjective.

En 2020, une nouvelle demande auprès de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) est déposée. La justification est, une nouvelle fois, ubuesque : la Cour juge que les preuves apportées n’attestent pas d’une conversion sincère. Maître Brivet-Galaup, avocat de la famille, s’emporte : « Nous avons pourtant fourni le texte traduit mentionnant les lois iraniennes en matière d’apostasie ! On a prouvé leur baptême, leur assiduité au culte, on a tout essayé. » Et d’ajouter : « Lors de l’audition, le juge a posé des questions étrangement intimes à Ata, lui demandant par exemple ce que sa conversion avait changé dans sa vie. Comment un magistrat peut-il juger d’une question aussi personnelle ? » Le justicier se fait confesseur l’espace d’un instant et la sentence est sans appel : son pénitent n’est pas sincère. Pour des institutions résolument laïques, voilà des compétences pour le moins inattendues.

La troisième et la quatrième demande ne sont pas plus concluantes : Ata ne témoigne pas assez de sa bonne foi. Il faut croire que l’argumentaire des 234 personnes précédentes était plus percutant.

Marie-Camille Le Conte

https://www.bvoltaire.fr/la-france-accueille-locean-viking-mais-rejette-une-famille-iranienne-chretienne-persecutee/

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