La diplomatie sans les armes

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Ce 17 novembre sur CNews, on a pu entendre et apprécier un bilan sobre et complet la politique extérieure menée par Emmanuel Macron, au nom des citoyens et aux frais des contribuables.

En quelques minutes, Guillaume Bigot dressait en effet, au cours de l’émission « Face à l’info », dirigée par Christine Kelly, un authentique réquisitoire contre l’inconsistance et l’insistance de la diplomatie officielle. Cette intervention débute à la 16eminute, mais j’ajoute que l’ensemble de l’enregistrement vaut le détour et mérite d’être visité en pot-de-caste.(1)⇓

Depuis plus de 5 ans maintenant, l’isolement international de la Macronie, et le discrédit de son maître, sont devenus à la fois un objet de dérision dans un certain nombre de capitales étrangères, et un sujet d’affliction pour ceux qui aiment encore notre pays.

Se voulant « figure centrale du jeu international » le chef de l’État central parisien fait surtout figure de clown, encore que l’honnête métier du cirque mérite mieux.

Hélas, depuis lors, une semaine à peine s’est écoulée et de nouvelles palinodies sont venues, qui abîment un peu plus le tableau.

Ainsi notre cher président, infatigable voyageur, a découvert à Bangkok l’identité du royaume de Thaïlande. Il en salue donc, sur son compte officiel Twitter, la légitime sauvegarde. Il y publie en effet que « Wat Pho, haut lieu du bouddhisme thaïlandais, nous rappelle à quel point ce patrimoine religieux a contribué à former l’identité du peuple thaïlandais. La France appuiera sa promotion et sa préservation au nom de l’amitié historique entre la France et la Thaïlande. »

Intéressante, cette idée des racines spirituelles, chez les autres, mais quid de celles de notre Hexagone et de notre Vieux Continent ?

Soyons juste toutefois. Le même homme, courant d’une conférence internationale à l’autre, a pu prendre aussi le temps de s’intéresser à un machin qui s’appelle, encore, la Francophonie, – mais qui, soulignons-le, n’a plus rien à voir avec son projet théorique initial : on réunissait à Tunis, ces derniers jours, des délégués supposés représenter 88 pays.

Une bonne partie ne s’exprime même pas en français.

N’importe, dira-t-on : M. Roux de Bézieux président du MEDEF suggère d’en faire un espace économique, jaloux sans doute de la nouvelle vie revendiquée par le Commonwealth britannique. Craignons quand que les 10 ans, maximum, du règne de ce successeur d’Albert Lebrun ne puissent rivaliser avec la patine des 70 ans de la Reine Elizabeth, encore moins avec celle d’une royauté millénaire. Plusieurs pays, naguère officiellement francophones, ont ainsi déjà tourné le dos à Paris pour se rallier à la métropole de Londres.

Dans une telle perspective, toutes les repentances deviennent bonnes, même les plus mensongères, celles que vocifèrent les destructeurs de nos cultures, pourvu qu’on maintienne des liens d’affaires.

Le public aura surtout retenu, de ce rendez-vous fugace, que la Macronie y a fait de la chanteuse « Yseult » l’ambassadrice de notre « belle langue » pour 2023. Or, sans entretenir le moindre rapport ni avec Tristan avec la princesse aux Blanches Mains, ce personnage, exilé à Bruxelles, crache sur la France.

On a appris, l’an dernier, que l’occupant légal de l’Élysée aimerait bien, à vrai dire, se débarrasser du corps de nos diplomates à l’ancienne, notre bon vieux quai d’Orsay : place aux technocrates interchangeables de la haute administration et aux copinages politiques.

Dans leurs fonctions partiellement usurpées, ces hommes de demain pourraient méditer la formule que l’on prête à Bismarck. C’est pacifiquement alors que, de novembre 1884 à février 1885, celui qu’on surnommera le chancelier de fer parvint à réunir, la conférence de Berlin. Mais il savait que « la diplomatie sans les armes, c’est la musique sans les instruments ».

La « diplomatie sans les armes« , c’est exactement, malgré les apparences, par-delà tous les éléments de langage de la communication officielle, ce que déploie, en fait, l’île du Dr Macron : du vent.

Il paraît que Paris « soutient » Kiev, à l’instar des téléspectateurs « soutiennent » leur équipe de podosphère en compétition au Qatar. « Allez les jaune et bleu ». Mais, concrètement, les illusions entretenues quant à la réalité de notre défense nationale ne doivent pas nous tromper.

Dans une tribune libre publiée par L’Opinion le 8 novembre, un Alain Bauer peut par exemple le déplorer : « aucune révision stratégique en profondeur n’avait remis en question la froide logique comptable qui a transformé l’armée française en outil expéditionnaire et échantillonnaire. »

Très précisément, ce ne sont pas les dirigeants militaires qu’il faut incriminer mais les politiques et les faiseurs d’opinion. Notre armée ne peut plus être considérée comme la Grande Muette selon son statut hérité de la IIIe république : ses chefs s’expriment ; ils nous mettent en garde. Ce sont les ministres et les commentateurs agréés qui font preuve de la plus Grande Surdité.

Le général Burkhard était ainsi auditionné au Sénat sur le projet de loi de finances 2023, ce 19 octobre. Lui qui, dans son ordre du jour du 22 avril avait remarquablement analysé les points faibles de l’armée de Poutine, n’a pas manqué de rappeler que « nous ne devons pas nous démobiliser » car « l’enjeu pour la France est d’affirmer sa crédibilité militaire sur le haut du segment ».

Le moins que l’on puisse dire est que les décideurs, lesquels, hélas, ne se trouvent pas au Sénat, et ne l’écoutent guère, n’entendent pas plus ses alertes qu’ils n’ont pris en compte les besoins de la Défense nationale(2)⇓

Le résultat chiffré a été révélé par le ministre de la Défense, Sebastien Lecornu lui-même. Il se résume à ceci : la France a formé 400 militaires ukrainiens, vingt fois moins que les Britanniques.(3)⇓

L’aide de la France à l’Ukraine est globalement inférieure à celle du Danemark et l’on s’étonne que nos amis et nos alliés prennent de moins en moins au sérieux nos dirigeants.(4)⇓ .

JG Malliarakis  

Apostilles

  1. On peut la retrouver, sur le site de CNews, « Face à l’info ».
  2. à cet égard je me permets de renvoyer à ma chronique de L’Insolent du 4 novembre « Sur le budget de la défense ».
  3. cf. Chronique de Jean-Dominique Merchet dans l’Opinion du 22 novembre.
  4. J’utilise ici le pluriel, je ne sais trop pourquoi, car on pourrait juger un tel emploi grammatical relativement… singulier…

https://www.insolent.fr/2022/11/la-diplomatie-sans-les-armes.html

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