Génération hussards : Nimier, Blondin, Laurent… Histoire d’une rébellion en littérature

Génération hussards : Nimier, Blondin, Laurent… Histoire d’une rébellion en littérature

« La joie de vivre, l’insolence, le savoureux mépris ». Cette phrase de Michel Déon à propos de leurs œuvres est le résumé des figures que présente Marc Dambre dans Génération Hussards.

Certains sont catégoriques, « Les Hussards » n’ont jamais existé. Le Professeur Marc Dambre est persuadé du contraire ; ils ont bien constitué une forme de mouvement littéraire dans la France de l’après-guerre. Dans un ouvrage édité chez Perrin en août 2022, il retrace donc l’épopée des auteurs que Bernard Frank a surnommés ainsi dans la revue Les Temps Modernes, en décembre 1952.

« Nimier est de loin le favori d’un groupe de jeunes écrivains que, par commodité, je nommerai fascistes. Blondin, Laurent en sont les prototypes. » D’abord, trois noms d’écrivains et journalistes. Bien vite, sera accolé celui d’un autre compère : Michel Déon. Dans la postérité, les hussards seront quatre, à l’instar des trois mousquetaires. D’autres y seront également associés : Kléber Haedens, Stephen Hecquet ou Félicien Marceau. Groupe hétéroclite, ils forment une « génération unie par l’opposition à l’éthique littéraire de l’engagement et par un retour à l’art et à l’humour ». Nimier, Blondin, Laurent sont donc les figures tutélaires de ce non-mouvement littéraire (comme ils le revendiquent eux-mêmes).

Tous trois partagent certaines caractéristiques sociales. Des ancêtres célèbres ou du moins extrêmement cultivés, ayant eu avant eux le goût de l’aventure et un profond sens de l’engagement. Ces rejetons d’une caste plutôt bourgeoise en flirt constant avec une certaine forme d’aristocratie se trouvent être de grands enfants, animés de rêves et de velléités non-conformistes. Mais le lien principal qui unit ces écrivains – aux choix politiques divergents durant la Seconde Guerre mondiale – est le rejet total des « listes noires » d’auteurs considérés comme bannissables du monde littéraire pour leurs choix politiques. Pour eux, la littérature est avant tout et principalement un lieu de divertissement, et non de morale. Leurs écrits de fiction ont ainsi en commun cette volonté perpétuelle de moquer les conventions sartriennes en vogue, sorte d’uniformisation de la pensée et de muselage de la parole. « Les autres avaient un idéal, la politique, l’Hart (sic) que sais-je ? Mais nous ne pensions qu’à des tendresses vivantes ou des visages disparus. Voilà notre faute », tranchera Nimier.

Ces journalistes opposés au régime politique gaullien, ces déçus de la guerre se représentent l’auteur de roman comme une figure anticonformiste à laquelle ils tendent. Et Roger Nimier de décrire dans un de ses romans, Le hussard bleu, « l’histoire des générations qui ont vu leurs aînés se sacrifier et qui, alors que les cadavres sont encore là, pensent à tomber amoureux parce que ça les intéresse tout autant ».

Patrimoine littéraire

Le livre de Marc Dambre est remarquablement construit. Il y file brillamment la métaphore d’une montée à l’assaut. Après la présentation du terrain sur lequel les futurs hussards se sont préparés, ont évolué, la montée de la rébellion arrive. Cela aboutit à la charge contre leurs contemporains et à la percée dans les rangs du monde littéraire de leurs revues La Parisienne et Arts. Vient ensuite la parade face à leurs diffamateurs, suivies de quelques diversions ou engagements dans les conflits des années. Le souffle de ce livre tient ainsi dans la précision de chaque détail de leur vie, de leurs correspondances, de leurs écrits. La pensée des hussards sur eux-mêmes ou sur les leurs, leurs amitiés et leurs inimitiés, tout y est présenté de façon à donner au lecteur de connaître les tenants et les aboutissants de cette révolte en littérature.

L’irrévérence de leurs écrits et de leur attitude exprime ainsi une rage de continuer de vivre malgré l’époque. Il n’y a pas chez eux un mépris de la connaissance ou de la culture. Joueurs de mots savoureux et détenteurs d’un patrimoine littéraire qu’ils transmettent avec amour (Laurent adore Dumas pour sa capacité d’évasion de son temps tout autant que pour ses écrits), les hussards sont surtout des hommes aux rêves européens d’humour et de culture.

Sixtine Chatelus – Promotion Jean Raspail

Génération Hussards. Nimier, Blondin, Laurent… Histoire d’une rébellion en littérature, Marc Dambre, éditions Perrin (août 2022), 432 p., 24 €

https://institut-iliade.com/generation-hussards-nimier-blondin-laurent-histoire-dune-rebellion-en-litterature/

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