19 janvier 1865 : Proudhon 

Georges Sorel, le chantre du syndicalisme révolutionnaire, chaudement approuvé par Charles Maurras, le maître du nationalisme intégral, ce cercle se propose d’unir dans une même révolte à l’égard de la société bourgeoise des militants que les amateurs d’étiquette pourraient classer à l’extrême droite pour les uns, à l’extrême gauche pour les autres. Le tout sous l’égide d’un des pères fondateurs du socialisme à la française : Pierre-Joseph Proudhon. Non-sens ? Goût du paradoxe ? Simple plaisir de choquer le bourgeois ? Rien de tout cela. Simplement, la volonté de dépasser une dichotomie gauche-droite qui a servi, depuis deux siècles, à diviser, à déchirer le peuple français en deux camps antagonistes et fratricides. Pour le plus grand profit de qui ? Pour répondre à celle question, il suffit de poser une autre question : à qui profite le crime ?

Quand meurt Proudhon, le 19 janvier 1865, quelqu’un pousse un soupir de soulagement. Il s’appelle Karl Marx. Il désespérait en effet d’infuser son messianisme apocalyptique dans l’esprit des travailleurs français tant ceux-ci faisaient confiance à la doctrine proudhonienne. Proudhon est l’antithèse de Marx.

Né à Besançon en 1809 de l’union d’un tonnelier et d’une servante, Proudhon n’a pas appris le peuple dans les livres. Il a vécu, tout au long de ses jours, la condition populaire.

Et il a voulu préserver la communauté du peuple de la mentalité sordide qu’imposait, dans la France de Louis-Philippe, une bourgeoisie ayant trouvé dans le libéralisme la justification de son culte de l’argent. Tout jeune, Proudhon a dressé un constat lucide : « Je vis parmi un troupeau de moutons ( … ) Le matérialisme est implanté dans les âmes. » 

Il faut changer tout cela. Il faut faire la révolution. Mais on ne peut espérer changer la société si l’on ne réussit pas, tout d’abord, à faire la révolution dans les âmes. Proudhon explique : « Prouvons que nous sommes sincères, que notre foi est ardente ; et notre exemple changera la face du monde. La foi est contagieuse ; or, on n’attend plus aujourd’hui qu’un symbole, avec un homme qui le prêche et le croie. »

Proudhon a parfaitement perçu quel virus minait la société française : le déracinement. Ce lutteur s’est volontairement condamné à une existence chaotique pour accomplir la mission dont il se sentait investi. Contre ce dogmatisme qu’il avait parfaitement identifié dans le marxisme, il fait appel au réel : il préconise une vision vitaliste du monde, exaltant les vertus de l’effort, de l’action.

Bref, Proudhon est le contraire de l’intellectuel enfermé dans le monde des idées. En prônant un « empirisme dialectique », il récuse tout fatalisme : « L’auteur de la raison économique, c’est l’homme ; l’architecte du système économique, c’est encore l’homme. » C’est dans la communauté du peuple que réside la force, la seule force capable de faire échec à l’injustice et au règne du Veau d’or. Pour cela, une seule solution : combattre.

P. V National Hebdo du 12 au 18 janvier 1995

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