Reprise de la bataille des retraites

221024

Ce 24 octobre c’est avec beaucoup de curiosité mais aussi avec une pointe d’agacement que votre chroniqueur a découvert les affirmations optimistes d’un organisme, voué à la défense des entreprises. Ayant travaillé pendant des années sur la question des retraites et de la sécurité sociale, l’ayant examinée du point de vue des petits entrepreneurs, artisans, commerçants, agriculteurs et autres indépendants que s’efforçait de regrouper et de défendre le défunt CDCA, nous nous sommes toujours heurtés à un mur technocratique empêchant toute véritable réforme. Ceci jusqu’au jour où la pseudo « réforme » [car on peut toujours appeler « réforme » n’importe quelle loi nouvelle]  de 2003 a enterré une fois pour toutes l’autonomie fictive des « régimes » professionnels.

Il ne fallait pas toucher, nous disait-on, à notre merveilleux, notre idyllique modèle social français, que le monde entier nous envie tellement que personne n’ose le copier.

Or, on nous dit aujourd’hui, avec une apparence [je dis bien : « une apparence »] de rationalité :

• « La messe paraît être dite : la réforme des retraites se fera, le Président est prêt à mettre sa tête sur le billot. Cela signifie que l’âge légal passera en 2031 à 65 ans – ou peut-être seulement à 64 ans si cela permettait d’éviter le vote d’une motion de censure. »

• « Trois motivations sont évoquées par le gouvernement : éviter à moyen terme un nouveau déficit du régime, dégager des marges de manœuvre financières pour d’autres dépenses sociales, et créer de l’emploi pour les seniors dont le taux d’emploi est très faible, surtout entre 60 et 64 ans. »

• posant [faussement, il s’agit ici d’une simple clause de style] la question : « Les comptes sociaux ne sont-ils pas devenus qu’une partie des comptes publics ? »

• conclusion : « Le Gouvernement a raison. »… « Mais les syndicats sont unanimes à refuser tout report de l’âge légal »

• et martelant dès lors cette évidence, dans le contexte ainsi décrit : « Le recul de l’âge de la retraite est nécessaire pour équilibrer l’ensemble des comptes publics »

Ce dernier point est affiché en titre, mais il ne se trouve en réalité qu’au bout de la chaine logique du raisonnement. C’est donc cela qu’il faut ici décortiquer quelque peu.

D’abord l’intégration des pensions de retraite, et plus généralement des assurances sociales dans les « comptes publics »relève, au fond, d’une imposture, et presque d’une monstruosité. Elle s’est achevée par le plan Juppé de 1995 et la réforme constitutionnelle de 1996, faisant voter au parlement une loi dite de « financement de la sécurité sociale ». On a pu écrire qu’il s’agissait de la plus grande opération d’étatisation de l’Histoire.

Depuis le gouvernement Juppé de 1995-1997, l’illusion juridique, celle d’un plan « démocratique » de sécurité sociale, tel qu’annoncé dans les textes de 1944-1945, c’est-à-dire : 1. des cotisations appartenant au salariés 2. une gestion par des conseils d’administration de caisses élus par les cotisants… cet édifice s’est trouvé balayé. En théorie la sécurité sociale, y compris sa branche vieillesse, est rattachée au ministère de la Santé, devenu « ministère de la Santé et des Solidarités » : en pratique elle est passés sous le contrôle de la citadelle Bercy, c’est-à-dire des technocrates du ministère des Finances.

Ce 21 octobre on appris que la boucle était bouclée dans la mesure où le fameux Projet de Loi de financement de la sécurité sociale pour 2003 serait adopté sous le régime de l’article 49-3 de la Constitution.

La « réforme » annoncée n’est donc envisagée que du point de vue des comptes publics, pas une seconde du point de vue des libertés.

Du point de vue des « comptes publics », il est vrai que la France va dans le mur, que tous les atermoiements, tous les « en même temps », tous les « quoi qu’il en coûte » ont écarté l’État central parisien de l’application de ses engagements euro-monétaires, et que cela ne pourra plus durer longtemps.

Plus cocasse cependant est l’affirmation selon laquelle le président serait « prêt à mettre sa tête sur le billot ».Bigre…

JG Malliarakis

https://www.insolent.fr/2022/10/reprise-de-la-bataille-des-retraites.html

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