Guerre d’Ukraine – Jours 231-232 – Les dirigeants occidentaux sous-estiment le rejet qu’ils inspirent désormais dans le reste du monde

L’Ukraine continue d’être la cible de destructions russes de ses infrastructures et de ses centres de décision. En même temps que la montée en intensité de l’armée russe sur le théâtre des opérations, il faut suivre le bras de fer géopolitique mondial. Dernier épisode, la rencontre entre Vladimir Poutine et le Cheikh Mohammed ben Zayed, président des Emirats Arabes Unis. Notre ami Bhadrakumar laisse percer, à l’occasion de son commentaire de cette visite, tout le mépris que les dirigeants occidentaux inspirent désormais au reste du monde.

La Bataille d’Ukraine 

Lu sur Southfront.org

(les intertitres sont de nous CdS)

Frappes de missiles

Le 12 octobre, des alertes aériennes ont retenti dans différentes régions d’Ukraine pour le troisième jour consécutif. Les régions de l’est et du centre du pays ont été les plus touchées, y compris la capitale Kiev.

Alors que les forces russes ne cessent d’endommager les infrastructures militaires et énergétiques stratégiques dans toute l’Ukraine, Kiev évalue les dégâts. Selon le ministre ukrainien de l’énergie, les deux jours de frappes massives ont endommagé environ 30 % des infrastructures énergétiques du pays.

Parmi les cibles touchées par les missiles russes, on trouve également des installations militaires d’importance stratégique. Par exemple, les jonctions ferroviaires ont été endommagées à Pavlograd, qui est la principale ligne d’approvisionnement du groupement ukrainien dans le Donbass.

Au milieu des attaques continues de missiles et de drones, les militaires russes ont pris le dessus sur certaines lignes de front.

Front nord

Dans la nuit du 11 octobre, les forces ukrainiennes ont à nouveau tenté de prendre d’assaut les positions russes près de Kremennaïa. L’offensive des militaires ukrainiens a été repoussée et a même entraîné une contre-offensive russe. Les unités russes ont réussi à avancer vers la rivière de Jerebets et à prendre le contrôle des villages de Terny et Novosadovoïe.

Malgré les efforts des Ukrainiens pour percer les défenses russes près de Svatovo et Kremennaïa, les Russes contrôlent toujours les villes ainsi que la route qui les relie.

Front Central

Dans la République Populaire de Donetsk, les forces dirigées par les Russes continuent les opérations de nettoyage à la périphérie de Bakhmout et avancent profondément dans la ville. Les groupes d’assaut Wagner s’approchent également de Bakhmout depuis la direction du sud. L’offensive russe se poursuit également à la périphérie ouest de la ville de Donetsk.

Les récents dommages causés aux jonctions ferroviaires devraient compliquer l’approvisionnement militaire ukrainien et pourraient menacer les défenses ukrainiennes sur les lignes de front du Donbass.

Front sud

Dans les régions de Zaporojie et de Kherson, les unités ukrainiennes poursuivent leurs attaques contre les positions russes avec de petites forces dans différentes zones, mais sans résultat jusqu’à présent.

Les Occidentaux veulent continuer à livrer des armes

Le 12 octobre, Kiev a confirmé la réception de quatre véhicules de combat HIMARS supplémentaires, dont l’attribution a été annoncée par les États-Unis le 4 octobre. L’arrivée en Ukraine de quatre systèmes de défense aérienne allemands IRIS-T a également été confirmée. [Note CdS Et l’on ajoutera que le président Macron a confirmé l’envoi de six nouveaux canons Caesar initialement prévus pour le Danemark]

Les partenaires occidentaux continuent de fournir des armes au régime terroriste ukrainien. Malgré les avertissements de Moscou, Kiev n’a pas cessé de tenter de mener des attaques terroristes sur le territoire russe. Les forces de sécurité russes ont déjoué une attaque terroriste préparée par un citoyen ukrainien dans la banlieue de Moscou. Le terroriste a été capturé avec des MANPADS portables Igla. Un autre terroriste ukrainien a été capturé alors qu’il préparait une explosion dans la région russe de Briansk. Le même jour, le service de sécurité russe a identifié 12 complices de l’attaque terroriste sur le pont de Crimée. Huit d’entre eux ont été arrêtés, dont des citoyens d’Ukraine et d’Arménie.”.  

L’arme la moins sophistiquée est aussi la plus redoutable: les drones iraniens sèment la panique

Reçu ce bref commentaire d’Alexandre N, ancien officier du renseignement français, à qui nous donnons souvent la parole dans le Courrier: 

“Diabolique la guerre des drones, et il n’est question ici que de drone de combat rustique, pas des F-35 sans pilote comme celui que l’arméee française veut acquérir, très cher et qui évidemment ne fonctionnera jamais
“Les drones ( en tout cas ceux là précisément ) vont devenir la hantise des Occidentaux  incapables de concevoir comment ils peuvent fonctionner opérationellement. 
Même Israël a capitulé devant le Hezbollah sur Karish à cause de cette même menace drone, alors qu’ils s’en croyaient les maîtres.
La réponse est simple : rusticité ce qui signifie que nos industriels ne s’y sont pas vraiment intéressé, audace en les faisant manoeuvrer, combinaison avec le renseignement et la guerre électronique – , et enfin faire évoluer le système ( même  règle  que “char immobile = char mort” ).
En fait, le secret de fabrication réside dans la combinaison  de plusieurs cultures; militaire et scientifique, une rareté qui ne procède que du hasard dans les armées. L’armée russe possède actuellement la synthèse appropriée. Malheureusement cela ne semble plus être le cas de l’armée française ni d’aucune des forces sous commandement américain, où il n’y a plus assez d’espaces de liberté pour penser différemment – quels que soient les grandes déclarations sur la “disruption”“.  

M.K..Bhadrakumar commente la visite du Cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyan à Saint Pétersbourg

Lisez chaque mot de cette analyse de notre diplomate indien favori: il est vraisemblable que les dirigeants occidentaux ne veuillent pas entendre le rejet dont ils sont l’objet. Qu’un homme aussi pondéré que Bhadrakumar se laisse aller à exprimer son mépris pour les dirigeants occidentaux est un signe qui devrait largement inquiéter dans les capitales européennes et nord-américaines: 

Il y avait quelque chose de profondément significatif à ce que le président des Émirats arabes unis, Cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyan, entreprenne une visite en Russie au milieu des tempêtes qui s’accumulent en Ukraine. Conscient du symbolisme, le président russe Vladimir Poutine a reçu mardi le cheikh Mohammed dans un cadre grandiose digne d’un monarque, au magnifique palais Konstantinovksy de Saint-Pétersbourg, dont l’héritage remonte à Pierre le Grand, symbole du renouveau de la Russie et de son patrimoine culturel.
La rencontre des deux potentats ne pouvait pas mieux tomber. Le cheikh Mohammed et son homologue saoudien, le prince héritier et premier ministre Mohammed bin Salman Al Saud, venaient d’infliger une défaite stratégique à une superpuissance dans le domaine de la géopolitique du pétrole, alors que la communauté mondiale constatait avec incrédulité et comprenait que le soleil s’était couché sur le siècle américain en politique internationale.

Poutine aussi est à l’aube d’une victoire historique sur la puissance combinée de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, qui s’apprête à redessiner les contours du nouvel ordre mondial. M. Poutine a déclaré au cheikh Mohammed que les relations entre la Russie et les Émirats arabes unis étaient “un facteur important de stabilité régionale et mondiale”.

M. Poutine a déclaré : “Je sais que vous êtes préoccupé par l’ensemble de la situation qui se développe, et je connais votre désir de contribuer à la résolution de toutes les questions litigieuses, y compris la crise actuelle en Ukraine. Je voudrais noter qu’effectivement, ce facteur substantiel permet d’utiliser votre influence pour aider à résoudre progressivement la situation.”

Les mots ont été soigneusement choisis. M. Poutine a noté la volonté des Émirats arabes unis de “contribuer au règlement progressif de la situation” en Ukraine, soulignant qu’un dénouement n’est pas envisageable à court terme. [Cependant, la pièce maîtresse des remarques de M. Poutine était autre chose : l’OPEP Plus, où l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et la Russie naviguent virtuellement sur les marchés mondiaux de l’énergie.

M. Poutine a signalé que Moscou ne considère pas du tout la décision de l’OPEP+ en termes de somme nulle. Son objectif est plutôt de “stabiliser les marchés mondiaux de l’énergie, afin que les consommateurs de ressources énergétiques et ceux qui les fournissent aux marchés mondiaux se sentent calmes, stables et confiants, et que l’offre et la demande soient équilibrées”. Bien entendu, cette déclaration polie contient un message ferme à l’intention du G7 : toute nouvelle tentative de leur part d’étendre leur armement de sanctions au marché mondial de l’énergie est inacceptable et sera combattue.

Il s’agissait des premières remarques de M. Poutine sur la décision collective annoncée par l’OPEP+ lors de sa réunion à Vienne jeudi dernier de réduire la production de pétrole de 2 millions de barils par jour. M. Poutine a conclu avec fermeté que la Russie “répondra en permanence aux exigences du marché, et nous essayons de le faire en fonction des évolutions actuelles.”

Le cheikh Mohammed a clairement indiqué que sa visite était axée sur le renforcement de ses relations bilatérales avec la Russie, notamment dans le domaine économique. Alors que les sanctions occidentales atrophient les liens économiques florissants de la Russie avec l’Europe, Moscou se tourne vers le monde non occidental pour nouer des partenariats et réorienter ses stratégies régionales. Poutine a déclaré à plusieurs reprises que la Russie s’engagerait volontiers avec tout pays qui résisterait à l’intimidation occidentale.

Les Émirats arabes unis ont rapidement compris que la Russie les considérait comme une destination privilégiée pour faire des affaires. Pour Moscou, les Émirats arabes unis se distinguent par leur environnement dynamique propice aux affaires et par le fait qu’ils ouvrent une fenêtre sur le monde occidental pour l’industrie russe. Moscou a reçu des signaux forts de la part de ses partenaires européens concernant la reprise des relations commerciales, bien qu’indirectement. Après tout, le marché russe est synonyme de rendements commerciaux élevés.

L’appréciation par Moscou de l’importance croissante accordée par les Émirats arabes unis à la préservation de leur autonomie stratégique constitue un modèle crucial. Les élites russes admirent le cheikh Mohammed pour avoir rapidement transformé les Émirats, dont l’économie reposait autrefois sur la pêche et les perles, en une puissance financière et une économie diversifiée, et pour avoir mis en place un système politique stable, des flux de capitaux importants, un environnement fiscal favorable et des régimes commerciaux libéraux.

En effet, les Émirats arabes unis sont aujourd’hui un pôle d’investissement attractif, avec une “vision 2021” visant à devenir la capitale économique, touristique et commerciale de plus de deux milliards de personnes. Pour les Russes, ces objectifs ambitieux continueront à favoriser un écosystème commercial accueillant, bien réglementé et sûr dans les EAU. L’indice de performance logistique de la Banque mondiale classe les EAU parmi la douzaine de pays les plus performants sur 160 en termes de logistique commerciale.

De même, Moscou n’envisage pas que les affaires se déroulent comme d’habitude avec les Européens de sitôt, voire jamais. La résurrection de l’héritage nazi de l’Occident pour contrarier la Russie et la destruction des gazoducs Nord Stream pour punir la Russie ne sont que le point culminant d’un comportement excessivement odieux des États-Unis et de leurs alliés, qui ont humilié la Russie au fil des décennies – en méprisant ses patrimoines culturels (langue, littérature, musique, etc.) par pure jalousie – dans le but effroyable d’”effacer” la Russie en tant que puissance. Cette attitude a créé de profondes blessures dans la psyché russe.

Avec 4000 entreprises russes opérant à partir des Émirats arabes unis, il y a une communauté russe en croissance rapide dans la région du Golfe et Sheikh Mohammed a noté que les Émirats fourniront une ambiance amicale pour les expatriés russes en approuvant l’ouverture de la première école russe dans les Émirats. On peut imaginer qu’il s’agit de la première école russe de ce type dans cette partie du monde.

La communauté d’affaires russe considère les Émirats arabes unis comme une rampe de lancement idéale pour accéder aux marchés du monde entier. Leur situation géographique et leur fuseau horaire favorable (GMT +4) offrent aux entreprises souhaitant accéder aux marchés d’Afrique, d’Asie et d’Europe un centre régional et commercial à partir duquel elles peuvent opérer. La Russie s’est fixé des objectifs ambitieux pour développer ses relations avec les pays africains, où elle jouit d’un formidable “soft power” datant de l’ère soviétique.

En termes géopolitiques, la décision du cheikh Mohammed de se rendre en Russie pour rencontrer Poutine intervient dans un contexte de crise de colère des élites politiques américaines qui menacent de “punir” l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Les démocrates ont réclamé sans ambages le retrait des troupes américaines aux EAU et en Arabie saoudite et la réduction des livraisons d’armes.

Ces hommes de Neandertal devraient déjà être des pièces de musée. Ils ne comprennent pas que les élites d’Asie occidentale ont une mentalité cosmopolite et qu’elles connaissent suffisamment bien ces hommes creux pour les avoir côtoyés dans leurs années de jeunesse et les avoir observés stoïquement, plus récemment, lorsqu’ils ont commencé à vieillir, montrant des signes d’épuisement et de sénilité.

En se rendant à Saint-Pétersbourg, Cheikh Mohammed a peut-être montré, à sa manière, que des menaces américaines aussi grossières ne seront que contre-productives. Auparavant, l’administration Biden l’avait poussé à desserrer les relations des Émirats arabes unis avec la Chine s’il voulait obtenir des avions à réaction F-35 – ce à la suite de quoi, le Cheikh, quoi, dégoûté, s’était tourné vers le Rafale français.

La Russie, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont le potentiel pour former une troïka où chacun des membres accroît le pouvoir politique des deux autres et, dans le même temps, a un impact collectif sur la répartition réelle du pouvoir dans un monde multipolaire. L’OPEP Plus a montré la voie. La rencontre de Sheikh Mohammed avec Poutine a lieu dans la semaine qui suit la réunion de l’OPEP Plus à Vienne”.

https://lecourrierdesstrateges.fr/2022/10/13/guerre-dukraine-jours-231-232/

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