Les finances de la catastrophe

220927

Un ministre de la république, on devrait le savoir, c’est un homme qui communique les volontés de son administration. Et on lui attribue une touche de génie en fonction des dossiers poussiéreux qu’il a fait sortir de la naphtaline bureaucratique. On parle alors d’un homme d’État, expression approximative pour désigner les hommes de l’État.

Bien entendu, en points de popularité donc de carrière démocratique, cette démarche artificielle peut se traduire par l’avancée du personnage. Bruno Le Maire pense que son problème c’est « son intelligence » qu’il juge évidemment supérieure. Il partage avec le surintendant Fouquet la devise « quo non ascendam ».

Et, comme dans la cinquième république, rien ne surpasse la présidence, la date de 2027 borne aujourd’hui son horizon. Tactiquement un retrait de 3 ou 4 ans ne messied pas au déroulement d’une ambition qui vient certainement de loin : alors pourquoi pas la direction générale du Fonds monétaire international à Washington, dès que la place sera libre.

C’est sur ce fond de vanité que s’est effectuée l’annonce par Le Maire, ministre des Finances du projet de loi de finances pour 2023. Rappelons aussi que depuis la funeste réforme constitutionnelle de 1996, assise juridique du plan Juppé, cette loi s’articule sur un monstre économique et juridique appelé loi de financement de la sécurité sociale : le budget de l’État, basé sur recettes fiscales nettes prévues à hauteur de 314 milliards d’euros et un déficit théorique de 158 milliards, est supposé, parmi ses nombreuses fonctions, garantir le solde négatif de l’ensemble du système de sécurité sociale dont on nous assure qu’il va se résorber, passant de 17,8 milliards d’euros en 2022 à 6,8 milliards d’euros en 2023.

Une fois pour toutes l’État central parisien prend à son compte notre fameux modèle social et donc c’est avec gourmandise que les services de Bercy nous annoncent le « recrutement à terme de 50 000 personnels soignants supplémentaires auprès des résidents » des EHPAD. Ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres des « bonnes nouvelles » présentées pour rendre le budget populaire.

Citons aussi : 3,7 milliards de hausse des crédits de l’enseignement scolaire, recrutement de 2 313 postes au ministère de la Justice, 10 764 postes supplémentaires de fonctionnaires pour l’Etat, mais aussi 1,7 milliard d’euros alloués pour financer la hausse du point d’indice au 1er juillet 2022, etc.

Que tout cela soit éventuellement nécessaire, on le conçoit : simplement un gouvernement fort et intelligemment gestionnaire aurait à cœur de « financer » chaque euro, chaque % du PIB, de dépense nouvelle par la suppression de deux autres.

D’autant que d’autres dépenses d’utilité plus que douteuse sont inventées, cette année encore, pour complaire aux ONG « humanitaires », aux écolos, etc. Ainsi 5 900 places d’hébergement pour réfugiés et demandeurs d’asile et une hausse de 6 % de l’enveloppe « immigration, asile et intégration ». Ainsi, le versement, par la France, de 300 millions d’euros au « Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme », don s’ajoutant à celui, déjà effectué, de 1,3 milliard d’euros depuis 2019 : au total notre pays aura versé 1,6 milliard aux bonnes œuvres de Bill Gates ! » Et la dette augmente, augmente, et coûtera désormais de plus en plus cher. Sa charge, à hauteur de 51 milliards, dépasse désormais notre effort de défense…

Or, M. Le Maire et son administration se font aujourd’hui gloire de maintenir le rythme du déficit de notre État passoire, à hauteur de 5 % du PIB. Et ceci représente depuis 30 ans une violation permanente des accords monétaires européens. Ne nous étonnons pas si l’argent se dévalue et si le pouvoir d’achat s’affaisse. L’incapacité de maîtriser la dépense publique, d’origine politique et démagogique, s’en révèle une cause fondamentale.

Et tout cela risque fort de conduire à la catastrophe, car M. Le Maire et son administration vont dans le mur en klaxonnant.

« Faites-moi de bonne politique, je vous ferai de bonnes finances » avertissait déjà en 1830 le baron Louis.

On ne devrait jamais l’oublier.

JG Malliarakis 

https://www.insolent.fr/2022/09/les-finances-de-la-catastrophe.html

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