Adrien Quatennens : la chute est douloureuse pour les commissaires politiques

Alors, ça y est, il est sorti du silence. Via Twitter, en l’occurrence, véhicule de tous les bavardages de la micro-société  sous l’œil bienveillant des médias. Adrien Quatennens était en train de se séparer de sa femme, qui voulait le quitter après treize ans de vie commune. Disputes, ton qui monte, coude qui se cogne contre un mur, bref, la vie d’un couple moyen dans un pays où deux tiers des unions se terminent par un divorce. Et puis, bon, tout de même, il y a cette histoire de gifle qui n’est pas tout à fait du ressort de la vie d’un couple moyen, n’en déplaise aux compteuses de féminicide et de violences-faites-aux-femmes.

Dans un « contexte d’extrême tension », Adrien Quatennens a mis une mandale à sa compagne. Celle-ci a déposé une main courante. Qu’aurait-on dit si l’élu avait été LR, voire RN ? Violence systémique, société patriarcale, réification des femmes, le combat continue, etc. Sandrine Rousseau aurait peut-être réclamé son émasculation immédiate, ou plutôt la déconstruction écoresponsable des attributs de sa virilité oppressive. Mais là, c’est le malaise. Depuis que LFI a délaissé le bolchevisme chic, seul Mélenchon, avec ses vestes de travail et son triangle rouge, persiste à incarner avec talent son fonds de commerce et l’air du temps. Et pour vendre l’air du temps à ceux qui y vivent, il faut être un excellent commercial. Il ne faut pas être en retard d’un seul combat. Indigénisme, écologie, féminisme, droits des LGBT, antiracisme, décolonialisme : il faut veiller à ne rien rater et faire un perpétuel grand écart entre (par exemple, au hasard) la prosternation devant le machisme des banlieues, d’une part, et la défense des positions « féministes » les plus haineuses des hommes, les plus « déconstructrices » et les plus stupides, d’autre part.

Un tel travail de funambule n’est pas à la portée de tout le monde. On le sait depuis la Révolution : quand on est du côté de la police de la pensée, non seulement il est rare que l’on soit exemplaire, mais encore on est entouré de gens qui vous observent en espérant vous envoyer à la guillotine. Ainsi de Quatennens, qui réclamait un milliard d’euros pour la prévention des violences sexistes mais qui a mis une tarte à sa femme pour pas un rond. Ainsi de Sandrine Rousseau, l’impayable, qui a réclamé que le député insoumis se mette carrément en retraite de « toute parole publique ». Qu’il la ferme, quoi. Ce ne serait pas inconcevable, en réalité. Adrien Quatennens a passé les dernières années à la remorque des combats misandres, en traquant le moindre soupçon de patriarcat chez des gens qui n’auraient même pas eu l’idée de lever la main sur leur femme. Il n’est plus excessivement légitime pour s’exprimer…

Il serait facile de se borner à rire de l’arroseur arrosé. Si l’on va un peu plus loin, on peut tout de même constater deux choses qui ne prêtent pas à rire. D’abord, une bonne partie de la haute classe  est décidément en dessous de tout. Dans ce métier mal payé, où il n’y a que des coups à prendre, on croise généralement des gens admirables, convaincus de leur vocation et de l’intérêt public ; mais la lumière des meilleurs postes n’attire, trop souvent, que des médiocres, des vaniteux en quête de reconnaissance, des gens avides de pouvoir symbolique et d’un caractère souvent violent – y compris avec leurs proches. Ensuite, la meute médiatique a encore de beaux jours devant elle. C’est elle qui choisit les bons et les méchants. Il y a des maires, en province, qui ont été réélus malgré un lourd passif de violences conjugales. Mais eux, c’est pas pareil.

Bon courage au député Quatennens. En URSS, dont la doctrine « partait d’une bonne intention », comme disent les maîtresses d’école, un monstre comme Beria finit par faire les frais de la machine à broyer qu’il avait lui-même inventée. Ainsi de nos insoumis en peau de lapin, en réalité soumis à tout, valets de tous les maîtres du jour : la chute est douloureuse pour les commissaires politiques.

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