Redécouvrir George Orwell

Redécouvrir George Orwell

Tout le monde ou presque croît connaître l’auteur de l’incontournable ferme des animaux. Considéré aujourd’hui comme un prophète des temps venus, la voix qui criait dans le désert du XXe siècle est une personnalité dont l’évolution ne doit pas être effacée par son succès éditorial. La biographie de Thomas Renaud revient en profondeur sur la trajectoire l’écrivain. La curiosité dévorante d’Eric Blair avant qu’il ne devienne George Orwell se lit dans ses premiers ouvrages et les expériences sociales qu’il réalise avant de les écrire. On y apprécie, au fur et à mesure de notre lecture, la force de la volonté d’un homme qui, de jeune étudiant peu studieux à pauvre écrivain sans le sou, devient un incontournable des librairies. Cependant, il ne faudrait pas s’arrêter ici au simple parcours littéraire et à l’évolution sociale.

On découvre surtout la cohérence d’une vie, celle d’un authentique britannique en quête permanente de justice. Une espèce de frère d’armes – sinon d’âme – de Georges Bernanos. L’un comme l’autre ont en effet en commun d’avoir comme sujet de prédilection et cheval de bataille la détresse sociale, la menace de la technique et l’effondrement du politique. De plus, pour l’un et pour l’autre, la littérature est envisagée comme un combat. Combat pour l’honneur chez Bernanos quand il est pour la vérité chez Orwell qui dit lui-même : « J’écris (…) parce qu’il y a un mensonge que je veux dénoncer ».

Eric Blair nait en Inde, avant d’arriver avec sa mère et sa sœur dans la campagne anglaise pour y recevoir l’éducation d’un jeune bourgeois. En dépit du tableau très noir qu’il a pu brosser de sa jeunesse, son entourage défend le fait qu’il ne fut pas si malheureux. On peut toutefois affirmer que son goût de la solitude a vraisemblablement permis qu’il devienne l’auteur de 1984. « J’avais de l’enfant solitaire cette habitude d’inventer des histoires et de converser avec des personnages imaginaires », a-t-il dit de lui. Il admet malgré tout que ce qu’il a vécu a fait de lui ce qu’il est devenu et plus encore il pense que « l’on devrait considérer qu’un écrivain jette son héritage aux orties s’il répudie son expérience de jeunesse ».

Une rupture avec la gauche officielle

Au cours de ses années de pension, certes formatrice intellectuellement, Eric Blair ne se départira pas d’un superbe masque de je-m’en-foutisme. Cela traduira dans son attitude face à la Première Guerre mondiale, ou à travers son manque d’enthousiasme sur ce qui ne concerne pas les lettres. Il aura quelques temps Aldous Huxley comme professeur, avec qui il partagera, ou peut-être de qui il gagnera « le goût des mots, de leur signification et de leur usage précis ».  Ses études finies, il part vivre minablement en Inde, en mauvais colonisateur et en mauvais compatriote. Tous ceux qu’il fréquente là-bas ne gagne que son mépris, birmans comme anglais. Il finit par démissionner et rentre, chargé d’un fort anti-impérialisme et d’une ferme volonté de gagner son pain grâce à son écriture. Les années qui suivent ce retour sont pour lui extrêmement difficiles, et ce dans tous les domaines. Il ne gagne rien ou quasiment rien, méprise ceux qui pourraient l’aider et dans tous les aspects de sa vie se lit le dilemme de deux hommes en un seul. Son drame, qu’il étudie, décrit et écrit à cette époque-là est l’injustice inconcevable que celui qui travaille ne puisse vivre dignement.

Puis l’écriture commence à payer et la guerre en Espagne arrive. Son engagement lui ouvre les yeux sur la société anglaise et lui fait conclure que les combattants sont les moins portés à gober les mensonges. S’il s’inquiète alors du totalitarisme qui se met en place, il s’indigne bien plus de l’inaction de la société britannique qui ne veut surtout pas faire de vague. Alors qu’il est profondément socialiste, il est mis au ban de la gauche officielle pétrie de stalinisme. L’imperméabilité du peuple anglais à la révolution le rassure autant qu’elle l’effraie. Et la suite de l’histoire du monde ne va que confirmer ses craintes.

Sa pensée se précise ensuite avec son écriture et étonnamment son affection de la monarchie se raffermit autant que son socialisme s’ancre. Pour lui, la monarchie est comme une alliance du peuple et du roi contre les riches. Le « gentleman farmer » qu’il défend permet de maintenir une « forme d’idéalisme, une vision du monde où le style et la tradition sont plus importants que l’argent ».

Et c’est alors que George Orwell nait. Il écrit la ferme des animaux afin de dénoncer toutes formes de totalitarismes et malgré les craintes de son éditeur, le livre connait un franc succès. La mort de sa femme le conduit à une vie retirée à la campagne où il entretient alors trois achats réguliers : les livres, le tabac et la bière. Enfin, lorsqu’il écrit 1984, dans cette vie de repli, il arrive à la conclusion que « l’homme a besoin de chaleur, de vie sociale, de loisirs, de confort et de sécurité » mais « il a aussi besoin de solitude de travail créatif et de sens du merveilleux », conclusion qu’un européen conscient de sa longue mémoire et armé d’une volonté de transmettre peut évidemment agréer.

Sixtine Chatelus – Promotion Jean Raspail

Thomas Renaud, « Qui suis-je ? » George Orwell, juin 2022, 128 p., 12 €.

https://institut-iliade.com/redecouvrir-george-orwell/

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