Du Front Populaire au Front de l’Est L’itinéraire insolite de Marc Augier

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[Ci-dessus : Marc Augier en uniforme de la LVF, dessin d’Éric Simon-Marienne]

« En matière d’assurances sociales, de retraite aux vieux travailleurs, de protection du foyer, de beauté de la vie à l’usine et au foyer, l’Allemagne a réalisé en l’espace de quatre ans tout ce que les démocraties promettaient sans jamais tenir… Dans le même temps chez nous, un homme de bonne volonté, prisonnier de la SFIO et de la franc-maçonnerie, Léo Lagrange, se débattait pour l’organisation des loi­sirs de notre peuple avec un budget ridicule… » Ces paroles ont été pro­noncées en octobre 1941 par Marc Augier, l’un des fondateurs du mouve­ment des Auberges de jeunesse, deve­nu résolument pacifiste en 1938 avant de se retrouver, au printemps de 1942, au sein de la Légion des Volontaires Français contre le Bolchevisme dont il se fera, 21 ans plus tard, l’his­torien et le défenseur sous le pseudo­nyme littéraire de Saint-Loup (1).

On comprend que ce disciple de Giono, attaché au rapprochement des diverses jeunesses européennes et à la construction d’un “monde nouveau”, ait adopté en 1938 une position “munichoise” en inspirant le fameux “télégramme à Daladier”. On saisit moins bien les raisons qui l’entraînè­rent dans le camp de la collaboration, à la suite d’Alphonse de Châteaubriant qui lui avait révélé, avec la Gerbe des Forces, une image toute positive de la révolution hitlérienne.

Le rhumatisme du cœur

La réédition de plusieurs textes recherchés depuis longtemps permet de répondre à cette question et il convient de remercier les éditions du Flambeau d’avoir regroupé dans un même ouvra­ge, J’ai vu l’Allemagne, les 2 conférences prononcées par l’auteur pour le groupe Collaboration et un remarquable portrait d’Alphonse de Châteaubriant rédigé une vingtaine l’années plus tard. Le tout préfacé par Jean Mabire qui présente ce qu’était le groupe Collaboration.

Dans le compte rendu du voyage qui l’a conduit outre-Rhin au début de 1941, Marc Augier nous dit avoir retrouvé le pays qu’il avait sillonné pour la première fois à moto en 1929. La victoire sur la France n’a rien chan­gé, selon lui, au comportement des jeunes Allemands réellement désireux d’enterrer une fois pour toutes la hache de guerre entre les deux pays. C’est pour lui une certitude qu’il tient aussi bien de l’attitude des pouvoirs publics que des gestes du menu peuple, une certitude et une vérité qu’il entend exprimer, au risque de voir se dresser contre lui « … trente neuf millions d’ennemis. Je ne m’adresse pas à ceux qui ne compren­dront jamais rien, aux irréductibles de la race ennemie, aux vétérans doulou­reux de la guerre mondiale, aux bour­geois atteints par le rhumatisme du cœur. Je parle à mes camarades de la France nouvelle… »

Cette Allemagne soucieuse de paix, où le Secours d’Hiver multiplie les œuvres sociales lui fait ressentir plus durement les timidités de la France de Vichy, « où nous avons bonne mine, avec nos boy-scouts allant collecter les vieilles chaussures dans les immeubles, avec nos affiches où le Chef a l’air si triste qu’on ne sait vraiment ce qu’il nous demande, si c’est un petit sou, une élégie ou une révolution nationale ».

Pour le déçu du Front populaire, l’Allemagne est en train de réaliser, de manière inattendue, l’espérance socialiste car, « pour faire le monde nouveau, il faut préalablement pétrir l’ancienne humanité dans un moule unique. Avant de voir refleurir les par­ticularismes, il faut que l’alignement se fasse, il se fait présentement en Allemagne, sur la classe laborieuse de la nation. Le IIIe Reich est terriblement socialiste. Les bourgeois de chez nous qui flirtent avec lui en croyant prendre avantageusement des positions d’avant-­garde peu dangereuses ne se rendent pas compte de cette réalité ».

Le 17 mai 1941, le futur Saint-Loup s’adresse aux « jeunesses d’Europe ». Dénonçant l’esprit petit-bourgeois de « Monsieur Français moyen », il adjure les jeunes de ne pas laisser passer la fantastique occasion qui leur est offerte de réaliser, avec leurs camarades alle­mands, la grande révolution sociale du XXe siècle. Il ne s’agit pas « d’aimer » l’Allemagne — car la solution du pro­blème franco-allemand n’est pas d’ordre sentimental — encore moins de la « servir » : « Si la collaboration signifiait la servitude, je ne serais pas ici, mais dans n’importe quel coin du monde où je pourrais lutter pour l’indépendance de la terre de mes pères… »

La France des campings contre la France des bistrots

Il s’agit en réalité d’édifier un « … socialisme de l’action. La colla­boration signifie donc la rupture com­plète avec les derniers tenants du sys­tème capitaliste, dont les derniers champions sont à peu près complète­ment chassés du contient et se retirent chargés de nos malédictions et de nos haines pour avoir joué leur dernière carte avec notre sang, avec les trésors d’art de nos villes, avec le patriotisme des meilleurs éléments de nos races. Pour nous, jeunes, nous ne sommes que médiocrement intéressés de savoir si la collaboration est un simple troc, si le comble de l’habileté consiste à obtenir beaucoup des Alle­mands en donnant peu, si elle se chif­frera en millions de quintaux de pommes de terre, en tonnes de houille ou d’essence. Nous regardons plus loin et plus haut. Nous voulons savoir si elle nous apportera réellement la fin du système capitaliste, la fin de l’exploitation désordonnée du travail par le capital, la fin de l’oppression des peuples par les oligarchies écono­miques… »

C’est une communauté nouvelle qu’il convient de bâtir en Europe sur les ruines et les douleurs accumulées par 2 conflits suicidaires et cette mission revient fout naturellement à la jeunesse, une jeunesse animée par cet esprit de l’été 36 qui poussait vers le grand air les foules souriantes du Front populaire. Contre « la France de l’apéro et des banquets radicaux » stigmatisée par Drieu, c’est celle du camping et de l’auto-stop, dynamique et solidaire, réconciliée avec les « vraies richesses » qui doit désormais l’emporter pour être en mesure de rele­ver le défi européen.

Cinq mois plus tard, en octobre 1941, Marc Augier prend de nouveau la parole pour exposer ce que doit être l’attitude des siens devant « l’aventure européenne ». Depuis le 22 juin, la guerre s’est allumée à l’Est et c’est par le fer et le sang qu’il va falloir construire le « socialisme de l’action » qu’il appelle de ses vœux. Le choix est difficile pour ce solitaire amoureux de liberté, qui était encore quelques semaines auparavant au sommet du Mont-Blanc en compagnie de quelques camarades. Mais il explique à ses audi­teurs que le conflit en cours n’est plus désormais une guerre « nationale » au sens traditionnel du terme, mais une véritable guerre civile européenne, une guerre dont l’enjeu est « la construc­tion du socialisme dans une Europe unifiée ».

La conclusion qu’il convient de tirer s’impose d’elle-même car « ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent » et il n’y a rien à attendre d’un régime de Vichy soumis aux influences de la réaction cléricale et patronale, d’une France où « tout ce qui vit du travail des autres, spécule sur les besoins des autres, n’a jamais connu pareille pos­térité ». C’est ailleurs qu’il faut aller chercher la construction du socialisme et des solidarités nouvelles que la jeu­nesse appelle de ses vœux. Quand la paix sera rétablie, les jeunes Français devront y être associés mais il s’agit pour cela de participer au combat qui seul donne des droits, « car les faibles et les timorés seront balayés par la vie ».

Le futur Saint-Loup ne se contentera pas d’encourager ses jeunes camarades à s’engager résolument aux côtés du pays qui porte tous ses espoirs de révo­lution sociale et européenne. Dès la fin de 1941, il annonce son intention d’abandonner ses fonctions à la rédac­tion du journal La Gerbe pour s’enga­ger lui-même dans la LVF. Parti pour le front russe au printemps 1942, il y sera blessé mais poursuivra la lutte en assu­rant la réalisation du Combattant Euro­péen puis de Devenir, le journal de la division Charlemagne.

Jacques Berrel, Le Choc du Mois n°40, mai 1991.

  • (1) Les Volontaires, éd. du Tri­dent.
  • (2) Marc Augier : J’ai vu l’Alle­magne, éd. du Flambeau.

http://www.archiveseroe.eu/lettres-c18386849/34

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