“Ce que veulent Macron et son gouvernement, c’est que les Français soient effrayés, incultes et ne réfléchissent pas” – entretien avec Patrick de Casanove 2/4

Cette année les sujets sont nombreux : l’économie, l’industrie, la monnaie, le bitcoin, la politique de santé, la COVID, l’Europe, la légitime défense, la transition énergétique, le CO2, la démocratie. Chacun a un lien avec les événements que nous vivons. Tous les renseignements programme et inscription sont sur le site du Cercle https://www.action.bastiat.net/ 

L’objectif est d’inciter les participants à réfléchir sur ce qui se passe en France. De leur ouvrir les yeux sur les causes de sa décadence, et sur la manière dont les difficultés peuvent être résolues, les défis relevés. Solutions qu’ils ne trouveront pas dans les médias « mainstream ».

Pendant le Weekend de la liberté se déroule une foire aux livres. Les conférenciers y dédicacent leurs livres. Les auteurs, les éditeurs, les associations, les groupes qui souhaitent découvrir le libéralisme, rencontrer des libéraux et se faire connaître peuvent venir. Il auront un stand à la disposition sans supplément. Il suffit qu’ils s’inscrivent au congrès. Par exemple Rester Libre pourrait venir sans problème.

Les conférenciers sont libres de s’exprimer. Les questions de la salle sont libres. Il faut simplement respecter les règles de la courtoisie et de la politesse.

Les conférenciers invités par le Cercle ne sont pas tous libéraux. Nous invitons des orateurs qui défendent les fonctions régaliennes, sécurité intérieure, extérieure et justice « musclées » qui sont en concordance avec les idées de Bastiat d’État réduit qui implique des fonctions régaliennes solides et bien pourvues.

Ceux qui sont libéraux peuvent avoir des idées différentes ou des interprétations différentes des événements actuels. Ils peuvent avoir des conceptions différentes des limites du privé et du public. Leur base est la liberté économique et la Responsabilité personnelle.

CdS : Parmi vos invités récents, nous notons Jean-Marc Daniel et Marc Rousset. Pour chacun de ces intervenants, pouvez-vous nous indiquer le bilan de leur conférence ? Quels sont vos points d’accords et de désaccords avec eux ?

PdC: Les conférenciers du Cercle sont choisis en fonction des événements. Avoir une pensée originale est indispensable. Il faut cependant qu’elle soit compatible avec la philosophie du Cercle telle que définie supra.

Les libéraux doivent savoir sortir des cadres de référence, réfléchir et ne pas gober le « prêt à penser » déversé par les médias « main stream ». Ils ne doivent pas avoir peur d’écouter des orateurs qui tiennent des propos différents de la pensée unique. Au contraire c’est très enrichissant.

Jean-Marc Daniel est intervenu plusieurs fois devant le Cercle Frédéric Bastiat. C’est un conférencier très cultivé et apprécié avec lequel il y a peu de divergences de fond. Il est moins libéral que nous mais ce n’est pas un handicap.

Marc Rousset est très différent. Il donnait pour la première fois une conférence chez nous. Il est passionné et beaucoup plus clivant comme on dit aujourd’hui. Sa position sur la France, l’Europe et la Russie est peu défendue en France. Elle mérite d’être écoutée. C’est ce qui s’est passé. L’auditoire a été attentif et le débat avec ses détracteurs courtois. Cela dit, il me semble qu’il a séduit une grande partie de l’assistance pour ce qui concerne le thème du débat.

CdS : Pouvez-vous nous brosser un tableau de la pensée libérale en France hier et aujourd’hui, pensée qui a connu de grands penseurs et théoriciens ? Mais qui semble ne pas avoir l’audience et l’écho que sa conception de l’économie et de la société mérite… 

PdC: Vous avez raison le libéralisme n’a pas l’écho qu’il mérite.

Le Libéralisme est systématiquement attaqué par les partis politiques quel qu’ils soient. Il est méconnu, il est injustement décrié pour ce qu’il n’est pas. Il est donc indispensable de rétablir la vérité, et pour cela de le faire connaître.

Désigner le libéralisme à tout bout de champ comme responsable des malheurs de la France, l’accuser de toutes les turpitudes est contre productif et protège le vrai responsable des malheurs du pays. Bastiat dirait que c’est le « socialisme ». Avec sa définition du socialisme, la «  spoliation légale », tous les partis actuels sont socialistes.

Les adversaires du libéralisme n’en veulent pas et le calomnient  parce qu’il menace leurs privilèges, leurs prébendes, leurs rentes de situation.

Lors de cet entretien je vais surtout vous parler du libéralisme façon Bastiat.

CdS : Comment en êtes-vous venus aux idées libérales? Pourriez-vous nous préciser ce que vous entendez par votre engagement libéral, en particulier pour les mots-clés de liberté et responsabilité ?

PdC: Très tôt je me suis demandé pourquoi quelqu’un, au prétexte qu’il avait le pouvoir, pouvait régenter la vie des autres, leur confisquer leur argent, le dépenser à leur place et dans son intérêt. Après avoir été élu Maire d’Ondres en 1995, une de mes amies m’a dit « Toi avec les idées que tu as, tu devrais aller au Cercle Frédéric Bastiat ». J’y suis allé… et je suis tombé dans la marmite !

Le libéralisme de Frédéric Bastiat repose sur les Droits Naturels. Il va bien au-delà de l’économie, au sens étroit qui lui est donné aujourd’hui, et auquel ses détracteurs voudraient le cantonner. Le libéralisme est cohérent, c’est une éthique de vie. Il possède une dignité morale. 

Soutenir que le libéralisme est pour les riches contre les pauvres, qu’il est seulement matérialiste, qu’il est égoïste est un mensonge. Le libéralisme considère chaque être humain comme une Personne unique qui a un « projet de vie ». C’est la seule école de pensée qui tient compte de ce que sont les êtres humains. Là est son fondement éthique.

Les Droits Naturels sont indissociables. Détruire ou altérer l’un, détruit ou altère les autres. Ces trois Droits s’équilibrent harmonieusement. Chaque Droit limite les autres. Les Droits des uns sont conditionnés par les Droits équivalents d’autrui.

Les individus comme l’État sont tenus de respecter et protéger ces Droits Naturels.

Ces trois Droits Naturels induisent un élément fondamental qui est la Responsabilité Individuelle.

La « Personnalité » transcende l’individu. Aussi petit, aussi faible soit-il, elle le rend sacré, unique et lui confère la Dignité humaine. Grâce à elle l’individu n’est pas un objet, ni un rouage interchangeable de la mécanique sociale. La Personnalité est profondément imprégnée par l’Histoire, les racines, la culture.

La Liberté c’est être propriétaire de soi. Cette définition synthétise la fusion des droits naturels Liberté, Propriété, Personnalité. C’est aussi faire ce que l’on veut avec ce que l’on a. C’est jouir de ses droits naturels pour mener à bien son projet de vie, tout en respectant les droits naturels individuels universels d’autrui.

 La Propriété ne se limite pas à la propriété foncière. Tout Homme est propriétaire de la valeur qu’il crée par son travail.

La Responsabilité découle du libre choix. Chacun assume les conséquences de ses actes, bonnes ou mauvaises. Il en tire les leçons. Pour prendre l’exemple de l’entrepreneur, si les conséquences sont bonnes il en tirera profit. L’État ne le volera pas. Si les conséquences sont mauvaises la collectivité ne paiera pas ses erreurs. « Too big to fail » n’existe pas chez nous. Pour prendre l’exemple du délinquant il assumera ses responsabilités. Il sera sanctionné rapidement et réellement, dès le premier délit.

Dans les relations libres, la Responsabilité est indispensable à la confiance.

Quand aujourd’hui l’État parle de « responsabilité », il faut comprendre « soumission à la doxa ». Obéir aveuglément, mettre sa vie entre les mains d’individus dont le seul mérite est d’avoir été élus, de décider à la place des gens et de dépenser un argent qui ne leur appartient pas, n’est en aucun cas une attitude responsable. Seules les personnes peuvent être responsables. Les choses ne le sont pas.

Le libéralisme est une éthique de vie. Il répond fondamentalement à : « tu ne voleras point ». Fut-ce légalement. Il est juste et parce qu’il est juste il est efficace.

CdS : Pouvez-vous exprimer vos accords et désaccords avec les philosophies économique et politique de Zemmour ?

PdC: Vaste sujet, pour ne pas dire « vaste programme » !

L’amour de la France transparaissait de la campagne d’Eric Zemmour. Il a bâtit l’essentiel de sa campagne sur l’islamisation de la société française, l’immigration, le grand remplacement, ses dangers. C’est en tout cas ce qui a été retenu.

Cela dit il a loupé le coche.

Il était un candidat nouveau, hors des partis qui ont mené la France dans la situation dramatique où elle est aujourd’hui. Il ne faut pas oublier que tous les présidents de la Vème république sont français, ne sont pas musulmans, mais ce sont eux qui ont précipité la France dans les abysses en suivant des politiques pires les une que les autres. Avec Macron c’est l’apothéose !

En tant que candidat nouveau il pouvait se permettre de sortir des cadres de référence. Il pouvait se permettre toutes les audaces. Il pouvait en particulier se permettre toutes les audaces sur la plan économique ; Ce qu’il y a de plus audacieux c’est le libéralisme.

 Bien sûr il n’est pas libéral, mais proposer la liberté économique aurait été pertinent. Je ne sais pas qui l’a conseillé en économie. Il est resté prisonnier de la doxa étatique, collectiviste et keynésienne. Comme je l’ai dit on sent l’amour du pays mais, comme tous les partis, il a proposé un catalogue habituel de mesures paramétriques.

Un bon programme ce n’est pas un catalogue. Ce sont quelques mesures simples qui font sauter les verrous.

Il a proposé des baisses massives d’impôts de production, de l’impôt sur les sociétés pour les petites entreprises, de supprimer les droits de succession pour les entreprises familiales, et hors ce cas, d’en exonérer 95 % des familles. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Il faut supprimer les impôts de production, l’impôt sur les sociétés, les droits de succession. Il faut supprimer l’IFI et les prélèvements sur l’énergie.

Au final c’est toujours le consommateur qui paie. Bien que beaucoup ne s’en rendent pas compte parce qu’ils sont exemptés d’impôts sur le revenu, tous paient des impôts. C’est pourquoi il faut moins d’impôts pour tous les Français. L’État a intérêt à rendre la fiscalité obscure et complexe. Il peut ainsi manipuler les gens et faire ce qu’il veut de leur argent, tout en affirmant que c’est pour leur bien, leurs écoles, leurs hôpitaux, ou pour les « protéger » etc.

À suivre

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