8 avril 217 : la fin d’un fossoyeur 

En poignardant l’empereur Caracalla, le 8 avril 217, le centurion Martialis espérait sauver cette grandiose construction qu’était l’Empire romain. Il faisait aussi œuvre pie, en vengeant l’honneur outragé des grands ancêtres, ces Romains durs à la tâche, ardents au combat et fidèles à la patrie. Car l’empereur éliminé était un outrage vivant aux traditions des fils de la Louve.

Ce Caracalla était, en effet, fils de l’empereur Septime Sévère, Africain de souche punique né à Leptis Magna, et d’une Syrienne dont le père était grand-prêtre du Baal d’Emèse. Significativement. Caraccalla avait, à l’imitation de Septime Sévère, peuplé le Sénat romain d’Africains et d’Orientaux. Ainsi, alors même que le Sénat, privé de pouvoirs réels, n’était plus qu’un symbole, il y avait bien volonté hautement symbolique de couper l’Empire de ses racines latines en peuplant la vénérable assemblée d’une foule cosmopolite. Rome, décidément, n’était plus dans Rome.

Caracalla avait fait du cosmopolitisme le principe directeur de sa politique : en 212, il a promulgué un édit octroyant la citoyenneté à tous les habitants de l’Empire. Ainsi, quelle que fût leur origine, tous étaient désormais placés sur le même pied, censés avoir les mêmes droits. Il n’y avait plus qu’une seule cité, aux dimensions du monde. Cette décision, fruit d’une idéologie égalitaire affirmée avec fanatisme dans les allées du pouvoir, reléguait évidemment le patriotisme romain au rang des vieilles lunes. Quel sens pouvait d’ailleurs avoir un tel patriotisme pour un Afro-Syrien, sinon celui d’un insupportable «racisme », rappelant les heures les plus sombres de l’Histoire où les légionnaires romains pliaient sous le poids de leur glaive les Puniques, Syriens et autres peuples exotiques ?

Le funeste édit de Caracalla reçut le nom de « Constitution antonine » : Caracalla avait en effet été appelé Marcus Aurelius Antoninus quand son Punique de père s’était proclamé, par adoption. posthume, fils de Marc Aurèle ce qui permettait de porter un nom opportunément romanisé, faisant meilleur effet qu’un patronyme aux consonances peu latines…

La mort de Caracalla ne sauva pas l’Empire. Un Empire miné par la dénatalité, l’exode rural et la désertification des campagnes, la multiplication des sectes prêchant le déracinement et le mélange des races. Après Caracalla régnèrent ses cousins Elagabal (218/222) et Sévère Alexandre (222/235), dont les mères étaient des princesses syriennes, exerçant une forte influence. Ces empereurs, comme leurs deux prédécesseurs, imposèrent un « despotisme niveleur » (Marcel Bordet), où coexistaient relâchement de la discipline au sein des armées, fiscalisme écrasant, développement d’une bureaucratie omniprésente et inquisitoriale, assistanat généralisé. Devaient s’ensuivre des décennies de sanglante anarchie puis, après une ultime période de rémission, l’agonie de l’Empire romain.

Pierre VIAL National hebdo du 7 au 13 avril 1994

Pour approfondir : Marcel Leglay, Yann Le Bohec; Jean-Louis Voisin, Histoire romaine, PUF .

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