L’état du parc nucléaire : un symptôme supplémentaire du mal français !

C’est un euphémisme : la France n’est pas dans une forme olympique. Sur le plan économique, elle est minée par une dette endémique (115 % du PIB en 2022) et un chômage élevé (7,4 % de la population active). Au cours des derniers mois sa balance, commerciale a atteint des déficits abyssaux (plus de cent milliards d’euros sur une année glissante). Championne du monde toutes catégories des dépenses publiques (59 % du PIB) et des prélèvement obligatoires (47,5 %, soit 6 points de plus que l’Union européenne), elle dégringole année après année dans le top 10 des nations les plus riches. 5e au début du siècle, elle est aujourd’hui reléguée à la 7e place, dépassée en 2016 par le Royaume-Uni et en 2022 par l’Inde. Le retour de l’inflation galopante des années 1970/1980 rend cette équation particulièrement explosive.

D’autant que sur le plan politique, l’Hexagone n’a jamais été aussi fragilisé. Les partis traditionnels ont été complètement marginalisés. Pour la première fois en 60 ans, malgré les garde-fous de la Ve République, la France ne possède pas de majorité parlementaire claire. L’Assemblée nationale s’est transformée en un cirque d’empoignes et de pitreries. Obligé de gouverner au « pifomètre », le Président ne pourra au cours de ce quinquennat engager les réformes structurelles qui s’imposent.

Sur le plan sociétal, la société française n’a jamais été aussi divisée. Sous la pression de minorités écologistes, islamistes ou encore LGBT organisant quotidiennement le désordre, elle se fracture chaque jour un peu plus. Malgré des dépenses pharaoniques (parmi les plus élevées de l’Union européenne), l’hôpital public est en lambeaux. Et que dire de l’Éducation nationale ! Au nom de l’obsession égalitariste, les valeurs traditionnelles d’apprentissage, de sélection et de compétition ont été bafouées. Résultat : la France, qui pointait aux premières places des classements internationaux, a été reléguée en seconde division.

Par rapport à ses concurrents européens, la France avait pourtant conservé un dernier avantage concurrentiel : celui de l’environnement. Grâce à sa génération électrique nucléaire, elle possédait l’un des MWh les plus décarbonés du monde. Contrairement à son voisin allemand cumulant les mauvais choix énergétiques au cours de la dernière décennie, l’Hexagone continuait d’assurer seul son indépendance électrique tout en exportant massivement de l’électricité vers ses voisins européens. Hélas, entre pannes, dégradations et maintenance, le parc nucléaire français est en train de se dégrader à grande vitesse : sur les 56 réacteurs, plus de la moitié sont actuellement arrêtés. Le dogme chimérique de la gauche et ses disciples « réduire à 50 % la production d’électricité nucléaire » est presque devenu réalité. Résultat : de premier exportateur européen, la France est aujourd’hui, en plein été (consommation instantanée de 50 GW, contre 80 GW en plein hiver), importatrice d’électricité. Une méthode plus qu’efficace pour dégrader un peu plus une balance commerciale déjà catastrophique. Cerise sur le gâteau : grâce à la déconvenue des réacteurs français, l’Allemagne exporte vers la France les électrons… parmi les plus carbonés d’Europe : ayant fermé toutes ses centrales nucléaires et obligée de se défaire du gaz russe, le pays de Goethe n’a d’autre choix que de rouvrir en masse ses centrales à charbon.

En un peu plus de vingt ans, la France a insidieusement dégradé son parc nucléaire. Vingt ans qui séparent les arrêts de Superphénix (1996) et d’ASTRID (2019). Vingt ans durant lesquels les socialistes se sont soumis aux motivations plus que troubles des écologistes. Si EELV utilise aujourd’hui de façon tactique des arguments sécuritaires (risque nucléaire, traitement des déchets) ou économiques (coût des EPR et du grand carénage), l’opposition des Verts au nucléaire n’est ni technique ni climatique, elle est politique en plus d’être morale. Le nucléaire est d’ailleurs devenu aujourd’hui un véritable marqueur politique entre une droite nationaliste et une gauche wokiste. L’antinucléarisme de la gauche (devenue « extrême gauche » avec la NUPES) est symptomatique de son changement de logiciel. Trotskiste dans ses jeunes années, Jean-Luc Mélenchon, comme la plupart de ses collègues socialistes et communistes, a défendu l’atome bec et ongles. Mais la vague verte portée par les écologistes a eu raison de lui.

Cette dégradation du nucléaire se lit en filigrane des pertes généralisées de compétences dans une filière industrielle réclamant des ressources humaines deux fois plus qualifiées que la moyenne de l’industrie. La dernière centrale nucléaire (Civeaux) fut raccordée au réseau en 1991. Cet arrêt quasi total de l’activité depuis trente ans a profondément perturbé la pyramide des âges de la filière et empêché la transmission du savoir-faire entre générations. Maîtrise d’œuvre, aptitude à gérer de très gros chantiers, compétence des bureaux d’études, disparition des fabricants de composants : la liste est longue quant à la dégradation du savoir-faire, avec une mention particulièrement critique pour le soudage. Les très nombreux incidents et malfaçons observés sur Flamanville illustrent cette perte de compétences se traduisant notamment par une pénurie en soudeurs qualifiés.

Sous la pression d’une extrême gauche antinucléaire tenant les rênes de l’enseignement supérieur, les jeunes ingénieurs sont de moins en moins enclins à vouloir travailler dans l’atome. Nous en prenons pour preuve cette prise de position de néo-diplômés d’Agro Paris Tech lors de la remise des diplômes 2022. Adoubés par leur direction, ils avaient déclaré au cours d’un discours climato-gauchiste assumé leur détestation de la société de croissance et leur opposition vindicative au nucléaire.

Le relancement de la filière voulue par l’État ne se fera pas seulement à coups de milliards. Elle demandera surtout un effort pédagogique majeur vis-à-vis de nos jeunes générations.

Philippe Charlez

https://www.bvoltaire.fr/letat-du-parc-nucleaire-un-symptome-supplementaire-du-mal-francais/

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