Deux cents ans de révolution française 2/5

La victoire progressiste, cependant, n’est pas encore totale aujourd’hui. Quoique fortement fragilisés, certains socles de la société traditionnelle subsistent encore. Le premier est la famille. Les progressistes s’emploient dès lors à détruire ce qu’il en reste et à promouvoir tout ce qui peut lui nuire : ils soutiennent le divorce et les comportements « libres » ; ils étendent le plus possible les possibilités d’avortement ; ils insistent sur le fait que la femme n’a pas forcément vocation à être mère ; ils cherchent à subvertir la répartition traditionnelle des rôles entre homme et femme, dans la famille comme dans la société ; ils promeuvent l’homosexualité, la bisexualité, les changements de sexe ; ils légalisent la « famille » homosexuelle (mariage, adoption, PMA et bientôt GPA ; ils envisagent même une évolution transhumaniste, qui pourrait par exemple conduire à autoriser certaines manipulations génétiques. De façon générale il s’agit pour les progressistes de se débarrasser des mœurs traditionnelles.

L’autre socle qu’il s’agit de détruire est celui de la nation, et plus largement l’ensemble constitué par le continuum race, peuple, Etat, nation, civilisation. Les progressistes veulent promouvoir un monde nouveau, multiracial ou même si possible a-racial, multiculturel, sans frontières, universel. Deux actions stratégiques ont été conduites dans cette perspective. La première est la « construction européenne », avec l’objectif plus ou moins avoué d’aboutir aux Etats-Unis d’Europe. Mais il faut voir sur ce point que, pour les progressistes, l’Europe n’est pas une fin en soi : elle ne constitue qu’une étape vers un monde universel, lequel suppose de détruire au préalable les nations européennes. L’autre méthode de destruction de la nation est l’immigration de masse, qui permet d’anéantir tout à la fois les frontières, la société elle-même, la race et la civilisation.

De façon générale la révolution progressiste veut annihiler tout ce qui est lié à l’enracinement : famille, religion, mœurs, frontières. Elle s’attache par exemple à détruire les noms, marques essentielles de l’ancrage dans la chaîne du temps et de la tradition. Le nom des villages et des régions, remplacés par ceux des fusions de communes et des « régions » technocratiques et artificielles. Les noms de famille, auxquels on peut désormais substituer le nom de la mère ou un nom composé. Les prénoms, qui désormais n’obéissent plus à aucune règle. Quant aux mots qui désignent les fonctions et positions, sociales et anthropologiques (père, mère, monsieur, madame, mademoiselle…), ils sont désormais évités et même parfois proscrits. On notera aussi les efforts progressistes pour révolutionner les coutumes liées au décès et pour se débarrasser de la pratique chrétienne de l’inhumation dans un cimetière, au profit de la crémation et de la dispersion des cendres, qui permettent là encore de rompre avec tout enracinement.

Il faut pour conclure préciser ce point. Les progressistes, donc, veulent détruire. Mais il s’agit de bien identifier leur but : les progressistes ne veulent pas détruire par envie de nuire ou de faire le mal. Ils visent au contraire l’inverse : ils veulent le Bien. Les progressistes souhaitent un homme nouveau et un monde nouveau, afin que l’un et l’autre soient meilleurs. Nous y venons dans le paragraphe suivant.

  • Les deux camps du progressisme

Uni contre la société d’ancien régime et pour les valeurs modernes, le progressisme est dès l’origine constitué de deux familles distinctes et qui ne cesseront de s’opposer.

La première famille progressiste est celle des libéraux. Ce sont ceux qui engagent la révolution et qui, après la parenthèse « communiste », la terminent, à leur profit. Stabilisant temporairement la situation politique, Bonaparte, général révolutionnaire, consacre, devenu empereur, les acquis de la révolution. La nouvelle société qu’installent les révolutionnaires libéraux est une société individualiste, fondée sur le concept de liberté de l’individu. Les privilèges héréditaires sont abolis : les hommes naissent égaux en droit. Mais c’est à leur profit avant tout que les bourgeois revendiquent la liberté et les mesures prises par les révolutionnaires montrent que la bourgeoisie entend protéger ses intérêts et sa conception de la société : le droit de propriété individuelle est ainsi consacré ; les bourgeois rachètent les biens pris à l’Eglise et à la noblesse, vendus, à titre de biens nationaux, en lots tellement grands que seuls les riches peuvent les acquérir ; au nom de la liberté, les bourgeois suppriment les corporations, qui constituaient une protection pour les employés face aux patrons.

Les bourgeois libéraux confirmeront ensuite au XIXe qu’ils conçoivent la liberté à leur profit. Propriétaires des entreprises créées dans le cadre de la révolution industrielle, ils procéderont à l’exploitation de la force de travail des ouvriers, recourant notamment au travail des enfants dès le plus jeune âge. La révolution industrielle permettra ainsi à la classe bourgeoise de continuer à s’enrichir, plus rapidement sans doute que ne le permettait l’ancien régime.

La seconde famille progressiste est celle des communistes (même si le terme n’est employé que plus tard, par exemple par Babeuf). La partie communiste de la révolution est celle qui prend place entre 1792 et 1794. Cette période est une permanente surenchère, au nom de l’égalité d’abord, de la pureté et de la vertu, mais aussi de la volonté du peuple : les révolutionnaires de cette période, des bourgeois eux-aussi, s’appuient sur le peuple, qu’ils mobilisent. Ils proclament agir en son nom et conformément à sa volonté. Les révolutionnaires communistes inventent le terrorisme d’Etat (ils seront imités le moment venu par les communistes russes, pour qui la révolution française constitue un modèle). Cette précision cependant doit être apportée : les progressistes libéraux présentent aujourd’hui cette période communiste comme étant celle de la Terreur. Il s’agit pour eux de la discréditer, afin de magnifier la période de la révolution libérale. Cette présentation des événements est mensongère : la terreur sera en réalité présente tout au long de la révolution et dès le 14 juillet 1789.

À suivre

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