Deux cents ans de révolution française 1/5

Initiée au XVIIIe siècle la révolution française se poursuit. Elle est en passe d’atteindre son objectif ultime : mettre fin à la civilisation européenne, pour promouvoir un homme nouveau et construire un monde meilleur.

  • La révolution progressiste à l’œuvre depuis deux cents ans

En initiant la révolution de 1789, les progressistes entendent détruire la société traditionnelle et la remplacer par une autre, la société moderne, conforme à l’idéologie des Lumières. La société moderne s’oppose en tout point à la société traditionnelle. La société traditionnelle est charpentée par des structures collectives, la famille, la paroisse villageoise ou de quartier, la religion : les individus sont à leur service et ont envers elles des devoirs.

La société traditionnelle est en quelque sorte collectiviste. Au contraire la société moderne est individualiste : les individus sont libres et ne sont redevables à aucun cadre préétabli. C’est librement qu’ils consentent au « contrat social » et ce consentement leur fait acquérir des droits. La société traditionnelle est hiérarchique, constituée de groupes sociaux hiérarchisés aux fonctions différentes : dans la société moderne au contraire, les individus sont égaux en droits. C’est notamment pourquoi la société moderne est nécessairement démocratique. La société traditionnelle, troisièmement, est par définition tournée vers la tradition : il s’agit pour l’individu de se conformer aux cadres de la société qui lui préexistent et de les transmettre aux maillons suivants de la chaîne séculaire. La société moderne est toute entière orientée vers l’avenir et le progrès : du passé, obscur et rétrograde, elle veut faire table-rase. La société traditionnelle, quatrièmement, est enracinée, dans la terre comme dans la tradition. La société moderne, au contraire, est constituée d’individus libres de toute appartenance : elle est donc par là-même universaliste. La société traditionnelle, enfin, est chrétienne. La société moderne, elle, est humaniste et matérialiste. Elle refuse toute transcendance : l’individu est libre, en particulier vis-à-vis d’une quelconque autorité divine.

La révolution française a donc une dimension idéologique fondamentale. Elle a été préparée par différents événements antérieurs, qui construisent la modernité. Le mouvement intellectuel de l’humanisme, au 16e siècle, a promu une façon de penser selon laquelle l’individu occupe une place centrale. En Angleterre dès 1679 l’habeas corpus pose les droits de l’individu. Le protestantisme et les guerres de religion sont une autre étape majeure : elle introduit la conception nouvelle selon laquelle la société européenne n’est pas nécessairement assise sur la religion catholique. Enfin, précédant de quelques années la révolution française, la révolution américaine donne le primat à la liberté individuelle.

Pour caractériser la nouvelle société, la société moderne, il est également fait appel à d’autres termes, qui renvoient chacun à un angle de vue différent mais sont tous à peu près synonymes. La société moderne est humaniste. Elle est directement inspirée de la pensée des Lumières, qui vient contester, au nom de la liberté, les cadres posés par la royauté et l’Eglise. La société moderne installe la république et ses valeurs, en rupture avec l’ancien régime. Elle est progressiste, au contraire de l’ancienne société, fondée sur la tradition.

La révolution française comporte par ailleurs une dimension sociologique majeure : la révolution est faite par et au profit d’une classe sociale, celle de la bourgeoisie. Le peuple, celui des villes et de Paris en particulier, est utilisé comme instrument et comme masse de manœuvre par les bourgeois, qui impulsent et dirigent la révolution. La bourgeoisie (avocats, juges, notaires, marchands, financiers…) jouait certes un grand rôle sous l’ancien régime, dans l’administration et les institutions, dans l’économie et la finance, mais elle accédait difficilement au sommet de la société : la noblesse pouvait intégrer des bourgeois à titre individuel, mais la classe sociale de la bourgeoisie en elle-même restait l’objet d’une domination. On peut considérer que dans une large mesure, la révolution est le fruit du ressentiment éprouvé par la bourgeoisie : c’est là l’un des ressorts de la révolution française, peut-être le plus puissant. Grâce à la révolution, la bourgeoisie évince l’aristocratie et devient la nouvelle classe dominante. Elle l’est toujours depuis.

La victoire politique et sociale de la bourgeoisie ne marque pas cependant la fin de l’entreprise révolutionnaire : celle-ci se poursuit encore aujourd’hui. Le XIXe siècle tout entier sera occupé par la lutte entre les partisans de l’ancien régime et les progressistes, les moments révolutionnaires succédant aux périodes de restauration. Les progressistes emportent une victoire décisive avec l’instauration de la république en 1875. La lutte se poursuit pourtant, autour du thème de la nation (au moment de l’affaire Dreyfus en particulier) et de la religion (elle aboutira à la séparation de l’Eglise et de l’Etat). La guerre de 14-18 permet une forme de réconciliation, qui ne sera que temporaire. La lutte entre progressistes et « réactionnaires » se prolonge en effet au XXe siècle (1934, 1936, Vichy). La guerre d’Algérie divise de nouveau les deux camps. Mai 1968 constitue un nouvel épisode révolutionnaire décisif. La société dans ses profondeurs était jusque-là restée traditionnelle dans ses coutumes : après la révolution sociétale de mai 68, les progressistes parviennent à bouleverser les mœurs. Les idées libérales-libertaires deviennent dominantes.  

À suivre

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