La révolte selon Gerd Bergfleth

Bergfleth

[Ci-dessus : gravure de Lynd Ward pour sa nouvelle graphique Song Without Words, 1936]

Il faut rendre hommage à un petit livre pratique qui n’aborde pas le micmac du guignol politicien mais se penche, au fond, sur le politique en soi. Ce livre est l’anthologie d’une révolte, celle de Bernd Mattheus & d’Axel Matthes. Mieux qu’une anthologie, ce livre est une symphonie à la radicalité. Ces textes, cette valse de théories et de littérature tranchée et osée feront vibrer les cœurs hardis, les cœurs qui contestent toutes les formes de médiocrité. Les grands ancêtres, les maîtres éternels de toutes les révoltes y ont contribué en fournissant leurs sentences les plus incisives, les plus mordantes : Bataille et Céline, Hölderlin et Pessoa, Nietzsche et le Marquis de Sade. Les partisans cultivés de la révolte radicale œuvrent ici en commun. Des aphorismes épiques aux essais philosophiques, nous découvrons un thème, celui de la révolte, dans une sarabande de méditations subversives, où l’on se découvre jouisseur et prospecteur. Mais ce menu, les auteurs nous l’offrent avec la prudence qui s’impose ; en effet, la lecture n’en est pas aisée.

« La révolte est signe. Signe de ce ou celui qui se trouve en dehors de toute espèce d’ordre. La révolte possède de nombreux visages. La révolte est une chose, son expression en est une autre. Il y a la révolte de l’homme sans envergure et celle du démagogue, qui visent à accentuer encore le rabougrissement de l’homme, qui se plaisent à soumettre et opprimer, qui aiment à cultiver la médiocrité et l’esprit grégaire. Mais il y a aussi la révolte de l’esseulé rebelle et rétif. Le soumis qui courbe le cap et celui qui ignore la crainte évaluent le concept de révolte d’une manière fondamentalement différente. Le fait que l’Église ait envoyé tous les grands hommes en enfer, est une sorte de “révolte” qui déplaisait déjà souverainement à Nietzsche. Ce que moi j’affirme, c’est la révolte contre tout discours établi sur la révolte ».

Et Axel Matthes poursuit :

« La radicalité doit pouvoir s’afficher, il faut pouvoir la lire dans des actes, des instants uniques, des gestes, des formes qui témoignent d’une attitude bien particulière et unique… La radicalité n’est pas en fin de compte une question de goût, mais un état d’esprit. Être radical est une chance : la chance de trouver du neuf ».

Enfin, voici quelques délicatesses de cette « symphonie à la radicalité » :

  • « De tout cela, je déduirais que la voie vers la délivrance conduit à travers l’enfer lui-même, mais seul celui qui devine déjà la délivrance, pourra trouver l’issue » (Bergfleth)
  • « Qu’aimes-tu donc en fait, toi l’Original ? Ma nostalgie » (Rozanov)
  • « Pour l’homme vraiment religieux, rien n’est péché » (Novalis)
  • « Plus l’homme progresse, moins de choses il trouvera, auxquelles il pourra se convertir » (Cioran)
  • « Se donner ses propres normes et s’y tenir » (Alain de Benoist)

Le lecteur qui voudra trouver un néo-moralisme évitera de lire cette anthologie. Ceux qui, en revanche, cherchent à honorer nos vieux dieux et veulent vivre existentiellement l’audace de la révolte, devront trouver dans cet ouvrage le fil d’Ariane du parfait révolté. Comme Matthes et Mattheus, permettez-vous la révolte !

  • B. Mattheus / A. Matthes (Hrsg.), Ich gestatte mir die Revolte, Matthes & Seitz, Munich, 1985, 397 p.  – Contribution de Bergfleth : « Die Allheit der Welt und das Nichts : Metaphysische Fragmente », p. 66-93.

Martin Werner Kamp, Vouloir n°27, 1986.

http://www.archiveseroe.eu/lettres-c18386849/23

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