Cette sous-culture des cités qui alimente la violence

Frédéric Lassez 2 juin 2022

La mécanique bien huilée du déni se sera donc grippée cette fois-ci. 

Trop de témoignages, de photos, de vidéos sur les réseaux sociaux et dans la presse étrangère. 

Malgré les tentatives du ministre de l’Intérieur, la vérité sur le Stade de France sera parvenue à s’imposer : les hordes de plusieurs centaines de prédateurs n’étaient pas des hooligans anglais mais des « migrants », des « mineurs étrangers » et des « jeunes des cités », pour reprendre les constats des policiers présents ce soir-là.

Sur CNews, le 1er juin dernier, un témoin français, invité par Pascal Praud, décrivait la « haine » qu’il percevait dans le regard de ces individus, tandis qu’un supporter espagnol évoquait leurs rires face à la souffrance d’enfants terrifiés.

Il y avait donc, pour certains, bien plus qu’une simple razzia organisée mais une jouissance sadique à faire du mal. La multiplication, ces dernières années, des « violences gratuites » confirme que ce phénomène ne se réduit pas à quelques trajectoires individuelles déviantes. Il est massif et c’est ce qui doit nous interroger.
En février dernier, nous avions évoqué une enquête de l’Institut Montaigne sur les 18-24 ans. Malgré la volonté de ses auteurs de célébrer une France « plurielle » et harmonieuse, une autre réalité se dessinait : la face sombre d’une France fracturée avec une partie de la jeunesse développant, sur certains territoires, une contre- extrémiste et violente.

Des jeunes animés par « des sentiments transgressifs sur la violence politique, la violence privée ou les incivilités et la déviance » et face auxquels les explications socio-économiques ne fonctionnaient pas. L’étude nous apprenait alors que « les jeunes nés à l’étranger ou d’origine étrangère, les jeunes musulmans, ceux vivant en QPV [quartiers politique de la ville] » étaient surreprésentés dans ce groupe et qu’ils montraient « un niveau de tolérance plus élevé à l’égard de la violence et de la déviance que les jeunes d’origine française et que les jeunes catholiques ou sans religion ». Des jeunes dont la socialisation s’effectuait « dans un environnement plus favorable qu’ailleurs à la transgression ».

Pour en savoir plus, on pouvait alors se reporter à une autre étude de 2018, diffusée par Telos, centre de réflexion d’économistes, de politologues, de juristes, de sociologues français et étrangers. Consacrée aux lycéens, elle était intitulée « La tentation radicale » et n’hésitait pas à faire le lien entre violence et  des cités avec le constat suivant : « Ces jeunes se situent bien dans un univers culturel et normatif très éloigné de celui de la jeunesse majoritaire et très éloigné des valeurs centrales de la société. »

C’est sur cet « univers culturel et normatif » qu’il conviendrait d’agir car, comme le reconnaissait l’étude, loin d’être minoritaire, le phénomène est de grande ampleur. La sacralisation de la violence qui culmine dans la figure du djihadiste constitue une des sources de cette sous-culture de cité. Elle n’est pas la seule.

On ajoutera également les torrents de haine déversés depuis des décennies par le rap de banlieue avec ses appels à la violence contre la police, la France, les Gaulois. On se souvient du tristement célèbre Nick Conrad et de son titre « Pendez les Blancs » : « Je rentre dans des crèches, je tue des bébés blancs/Attrapez-les vite et pendez leurs parents/Écartelez-les pour passer le temps […] Ôtez leur toute humanité, qu’ils ne soient plus que des objets sans vie dès à présent. » Une prose qui s’inscrit dans un registre pervers pour lequel l’autre n’est qu’un objet que l’on prend plaisir à humilier et à faire souffrir. Témoignage d’individus hantés par des fantasmes de viols, de meurtres et de domination.

Le « boss » est une autre figure qui fascine rappeurs et nombre de jeunes des cités. La sous-culture gangster, importée du rap américain et renforcée par les séries consacrées aux narcotrafiquants, s’amalgame à la réalité de territoires sous emprise mafieuse qui constituent de véritables écoles du crime pour des mineurs dont les trafiquants savent qu’ils ne risquent pas grand-chose sur le plan pénal.

Qu’il s’agisse du djihadiste du type Ben Laden, du boss mafieux ou du rappeur gangster, chacun de ces archétypes, exalté par cette sous-culture, converge vers la figure du « père de la horde » tout-puissant qui règne, impitoyable, sur son clan. Figure perverse qui prétend n’être assujettie à aucune limite. Seule s’impose alors la loi du plus fort et du plus cruel.

Nous n’avons pas fini de payer au prix fort le refus de l’assimilation, la démission judiciaire et l’effacement des interdits.

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