Artiste et partisan Entretien avec Jean Mabire

Journaliste, historien, écrivain, Jean Mabire est un homme de style. Attaché à la civilisation européenne, dirigeant d’Europe Action et fondateur du GRECE, il a été de tous les combats identitaires. Critique littéraire à National Hebdo, membre du Comité de rédaction d’éléments et du Comité de parrainage de Nouvelle École, Jean Mabire nous a reçu pour parler en toute liberté du combat identitaire qui est le nôtre.

• Pour vous quelle est la finalité du combat identi­taire ?

Le véritable sens de notre lutte apparaît de plus en plus clairement : c’est la défense de l’individu contre les robots et, par conséquent, celle des patries contre le mondialis­me. Pour nous, chaque homme comme chaque nation pos­sè­de une personnalité irréductible. Aussi, je ne vois pas pour­quoi je devrais m’excuser de parler à la première per­sonne du singulier.

• Et vous, comment participez-vous au mouvement identitaire ?

Je ressens profondément la nécessité de concilier deux at­titudes, apparemment contradictoires : celle de l’artiste et celle du partisan. Cette rencontre est pour moi une que­stion de goût personnel. C’est aussi un problème de sens politique : je crois qu’on ne peut rien construire sans une certaine recherche esthétique. Mais celle-ci devient stérile sans une profonde rigueur doctrinale. Résultat pratique : je ne suis ni un bon écrivain ni un bon militant. Je triche un peu sur les deux attitudes. Mais elles remplissent tous mes jours et bien de mes nuits. Voici des images pour m’ex­pli­quer. Celle-ci, par exemple : il est des lieux où je me suis sen­ti parfaitement moi-même ; dans le grand hall de la Bi­blio­thèque nationale et sur la place d’armes d’un Régiment parachutiste. Le vertige et la plénitude que m’offrent les li­vres ne sont pas si éloignés de ceux que m’apportaient les sauts. La pensée et l’action ont toujours pour moi marché cô­te à côte, au pas fiévreux de la recherche ou au pas tran­quille de la certitude.

• Au fait, comment êtes-vous devenu écrivain ?

On croit être né pour une carrière d’officier, d’architecte ou d’avocat (c’était bien porté dans ma famille). Et puis les ha­sards, les amis et les guerres vous lancent dans d’étranges batailles. J’ai commencé à écrire parce que je haïssais tout autant le silence que le bruit et que mon pays était devenu silencieux et bruyant. À la barre d’une revue culturelle : Wi­king ; dans les soutes d’un quotidien départemental : La Presse de la Manche ; sur le pont d’un journal politique : L’Es­prit public ; ou au pied du mât avec mon livre sur Drieu.

• Je reviens à ma question initiale : comment êtes-vous devenu écrivain ?

Cela me fait souffrir quand on m’appelle écrivain. Écrire pour moi n’est pas un plaisir ni un privilège. C’est un service comme un autre. Rédiger un article ou distribuer un tract sont des actes de même valeur. Chacun sert où il peut. C’est une question de tempérament et d’efficacité. Non de mérite, et encore moins de hiérarchie. Dans notre aristo­cratie militante, nous sommes parfaitement démocrates et même égalitaires. Nous ne sommes pas de ces intellectuels de gauche qui se sentent supérieurs aux employés, aux ouvriers ou aux paysans de leur propre peuple.

• Pour vous, qu’est-ce que le nationalisme ?

Le nationalisme, c’est d’abord reconnaître ce caractère sa­cré que possède chaque homme et chaque femme de notre pays et de notre sang. Notre amitié doit préfigurer cette unanimité populaire qui reste le but final de notre action, une prise de conscience de notre solidarité héréditaire et inaliénable. En quelque sorte, c’est une certaine forme de socialisme !

• Il s’agit d’une véritable conception du monde…

J’espère être assez artiste pour exprimer d’une manière li­sible notre conception du monde et de la vie. Mais j’essaye d’être assez partisan pour ne pas transformer en jeu d’adresse et en exercice de sty1e ce qui demeure la chair et l’esprit de notre combat. Si je hais tout sectarisme, je n’en méconnais pas moins les nécessités de la discipline et même de la brutalité. Je sais qu’il est des dialogues qu’il faut clore et des amitiés qu’il faut briser. Les écrivains po­litiques doivent accepter ces injures qui font aussi mal que des coups. Je me bats avec les armes qui sont les miennes. Ce ne sont pas les seules. Nos ennemis se battent sur tous les fronts. Nous aussi, nous devons être partout. Dans la rue comme dans la presse.

• Vous êtes direct…

Nous sommes des amants éperdus de la liberté.

• Qui détestez vous le plus ?

Je déteste ces écrivains qui font un petit tour dans la poli­ti­que et se retirent à temps, lorsque leurs idées commen­cent à se transformer en actes entre des mains un peu é­ner­giques. Ils ne savent plus que dire : « Nous n’avions pas vou­lu cela ! » Les belles âmes ! Les salauds !

• Écrire peut être un jeu dangereux…

C’est la seule noblesse de l’écrivain, sa seule manière de participer aux luttes de la vie. L’écrivain politique ne peut se séparer du militant politique. Le penseur ne peut aban­donner le guerrier. Un certain nombre d’hommes de ce pays ont sauvé et l’honneur des lettres et l’honneur des armes. Ils ne furent pas tous du même camp, mais ils sont nos frè­res et nos exemples. Je pense à Saint-Exupéry, abattu au cours d’une mission aérienne ; je pense à Robert Brasillach, fusillé à Montrouge ; je pense à Drieu La Rochelle, acculé au suicide dans sa cachette parisienne ; je pense à Jean Pré­vost exécuté dans le maquis du Vercors. Ceux-là n’ont pas triché. Ils n’ont pas abandonné les jeunes gens impatients et généreux qui leur avaient demandé des raisons de vivre et de mourir et qu’ils avaient engagés sur la voie étroite, rocailleuse et vertigineuse de l’honneur et de la fidélité. Au­jourd’hui, nous sommes là, avec nos certitudes et nos es­pérances.

Propos recueillis par Xavier Cheneseau, Nouvelles de Synergies Européennes n°50, 2001.

http://www.archiveseroe.eu/lettres-c18386849/18

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