Assaut sur Krasni Liman

mercredi 25 mai 2022

Comme je l’évoquais dans le précédent SITREP sur les chaudrons en cours de formation dans le Donbass, les événements militaires s’y enchaînent de plus en plus rapidement et aujourd’hui nous invitent à regarder à nouveau du côté de Krasni Liman (rebaptisé Liman par les ukrainiens), une localité située à 20 km au Nord de Slaviansk.Depuis le 23 mai après midi, les forces russes, qui intensifiaient leurs bombardements sur les positions ukrainiennes de ce secteur, ont déclenché un violent assaut terrestre sur les quartiers Nord de cet important carrefour routier et ferroviaire servant de clef de voûte aux défenses extérieures de Slaviansk. C’est d’ailleurs à Partir de Krasni Liman que les forces ukrainiennes avaient dirigé leur siège de Slaviansk entre avril et août 2014.

Si, entre Severodonetsk et Gorlovka les forces russes et républicaines sont parvenues à des percées significatives des lignes ukrainiennes (voir précédent article) en revanche, sur les 100 km de front courant le long de la rivière Donets, les progressions russes sont beaucoup plus lentes, notamment à cause de la nature du terrain qui aide les forces ukrainiennes à mieux leur résister (collines, forêts et rivières).
Cependant les unités russes sont parvenues après 20 jours de combats jusqu’aux portes de la cité de Krasni Liman qui est aujourd’hui encerclée au 3/4, par le Nord-Ouest, l’Est et le Sud-Est.
Le 3 mai dernier j’avais présenté dans un premier SITREP sur ce secteur particulier au Nord du Donbass les caractéristiques de Krasni Liman et l’intérêt que représente son contrôle pour les opérations qu’elles soient défensives ukrainiennes ou offensives russe autour des villes de Slaviansk et Kramatorsk.
20 jours plus tard quelle est la situation à Krasni Liman ?
Carte du front Nord du Donbass au 23 mai 2022

Dans la nuit du 22 au 23 mai 2022, les bombardements russes sur les défenses de Krasni Liman – et qui étaient déjà en augmentation constante – se sont brutalement intensifiés laissant présager un nouvel assaut sur la ville (le précédent ayant approché les faubourgs Sud au tout début de mai) également après une violente préparation d’artillerie)
Si on prend comme mesure d’observation les images des satellites réalisées jour et nuit au dessus du champ de bataille on peut non seulement évaluer l’intensité des bombardement mais aussi leur localisation et donc leur origine et les secteurs où se porte l’effort principal de l’offensive qu’ils précèdent. Ce genre d’imagerie satellite nocturne est particulièrement valable dans cette région du Nord Donbass aux nombreuses zones boisées et urbaines vulnérables aux incendies.
Points d’incendies des bombardements russes du 23 mai

Et les bombardements préparatoires à l’assaut sur Krasni Liman se sont poursuivis toute la journée du lendemain, frappant les positions ukrainiennes dispersées dans la ville abandonnées par l’immense majorité de ses habitants.
Pour avoir vécu 2 fois des bombardements de Lance Roquettes Multiples de 122 mm « Grad » et au vu de la puissance décuplée de ceux qui ont frappé le petit secteur Nord de Krasni Liman, je peux vous garantir que ceux qui n’ont pas été tués ou blessés par ce déluge de feu ne sont pas vraiment opérationnels pendant les minutes qui suivent et qui sont justement celles de l’assaut des forces spéciales russes et républicaines.

Et la violence de l’offensive des forces spéciales russes sur la périphérie Nord de Krasni Liman a été à la mesure des bombardements massifs qui l’ont précédé et dès les premières heures des combats, les forces alliées ont réussi à prendre pied dans plusieurs quartiers de la ville détruisant de nombreuses unités, encerclant 2 compagnies et faisant entre 300 et 500 prisonniers ukrainiens complètement assommés par les frappes et les assauts russes.

Dès les premières heures de l’assaut russe, plus de 200 soldats ukrainiens se sont rendus sans combattre, en plus des blessés
Parmi les prisonniers ukrainiens, dont de nombreux blessés, on compte des soldats de la 24e brigade d’infanterie mécanisée, de la 128e brigade d’infanterie de montagne, d’unités de défense territoriale. ainsi que des radicaux nationalistes du bataillon spécial « Donbass » (également présent dans le secteur de Severodonetsk).
Plusieurs témoins civils et militaires rapportent que de plusieurs groupes de soldats ukrainiens se replient sans combattre vers le Sud de la ville, voire vers Slaviansk, sachant que dans cette hypothèse ils sont confrontés au problème majeur que les ponts franchissant la rivière Donets ont été détruits par eux mêmes au cours des dernières semaines.
Dès la fin d’après midi, de nombreux propagandistes pro-russes emportés par leur optimisme anticipaient sur la libération de Krasni Liman… sauf que si ce dénouement est certain, les combats continuaient le 24 mai au soir, un certain nombre d’unités ukrainiennes combattaient encore au Nord de l’important centre ferroviaire de la cité transformé en place forte.

Situation du front à Krasni Liman au 24 mai soir

Cette carte comporte des informations non confirmées comme par exemple l’identification et l’échelon des unités engagées des 2 côtés d’une ligne de contact qui d’heure en heure se déplace en permanence.
Ce qui est acquis, c’est que la libération de Krasni Liman a commencé, dans des opérations militaires russes très rapides au cours desquelles on peut observer :
Des frappes intenses de l’artillerie concentrées pour créer une zone de rupture,
Un assaut immédiat pour réalisé par des forces spécialisées dans le combat urbain,
Un effondrement opératif ukrainien d’unités sans homogénéité de commandement,
D’importantes redditions immédiates, symptôme d’un effondrement moral ukrainien,
Les prochaines heures vont certainement nous confirmer que cet effondrement ukrainien va continuer et que les unités encore opérationnelles (et motivées) vont rapidement rejoindre le bastion de Slaviansk Kramatorsk pour s’y enfermer en attendant d’hypothétiques renforts. Ce qui est sûr c’est que l’Etat Major ukrainien, qui voit sa ligne de front exploser dans plusieurs secteurs est obliger d’en abandonner certains comme par exemple l’arc Svetlodarsk à l’Est de Gorlovka qui s’est également effondré ce 24 mai.

Il ne reste plus pour le régime de Kiev que les grands bastions (Severodonetsk-Lisichansk, Slaviansk-Kramatorsk, et éventuellement Artemovsk et Kostantinovaka) pour espérer mettre à profit le temps gagné pour achever la formation de nouvelles brigades, recompléter ses moyens avec les aides de l’OTAN, et retarder au maximum la libération totale du Donbass dans les limites administratives des anciennes régions de Donetsk et Lugansk devenues en 2014 les républiques Populaires éponymes, car elle sonnera le glas du régime de Kiev ainsi que de la stratégie de l’OTAN en Ukraine.
En attendant la bataille de Krasni Liman continue avec en ligne d’horizon celle de Slaviansk qui sera le prochain gros morceau au menu des forces russes après Marioupol (digéré) et Severodonetsk (entamé).
A propos des aides de l’OTAN, parmi la démesure logistique occidentale qui fantasme sur l’importance de sa technologie militaire et de son arrogance financière (l’Afghanistan ne semble pas avoir servi de leçon à Washington) il faut noter l’Etat français, après la parenthèse gaullienne que l’on peut aujourd’hui regretter sans pour autant être gaulliste, semble bien avoir renouer avec sa nature de collabo au système hégémonique du moment, surtout lorsqu’il sert les intérêts de ses banquiers colonialistes ou de son complexe militaro-industriel capitaliste.
Et la première douzaine d’obusiers de 155mm « Caesar » viennent ainsi d’arriver sur le front du Donbass, dans un brouhaha propagandiste qui trahi une croyance bien plus qu’un raisonnement et dont l’impact réel sur les opérations militaires sera celui d’un cataplasme sur une jambe de bois.
Même si l’efficacité du Caesar français est réelle, leur mobilité et mise en batterie exceptionnelles, ce n’est pas la petite douzaine de tubes envoyés sur le front qui va changer quoique ce soit à la destinée du régime coupable de Kiev, même si elle est doublée ou triplée dans les prochaines semaines… Mais bon, en attendant l’industrie militaire française rempli son carnet de commandes et n’est-ce pas cela le plus important aux portefeuilles des ploutocrates qui mènent le Monde vers la guerre? même si pour ce business macabre il faille sacrifier des dizaines de milliers de soldats ukrainiens !
Erwan Castel

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