Tant qu’il y aura des Gérald Darmanin, les antifas seront bien tranquilles

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Sabine de Villeroché sur BVoltaire

C’est une décision de justice qui n’a pas eu tout l’écho qu’elle méritait : le 16 mai dernier, le Conseil d’État a pourtant annulé un décret de dissolution du GALE, le groupe antifasciste de Lyon. Ce décret avait été pris par Gérald Darmanin le 30 mars. Une variante locale de la mouvance antifa a donc été renvoyée à ses activités habituelles en toute impunité, donc, les juges ayant estimé que « si le groupement relaie, parfois avec une complaisance contestable, les violences commises à l’encontre des forces de l’ordre, la revendication par le groupement d’un discours très critique à l’égard de l’institution policière ne saurait caractériser, à elle seule, une provocation à des agissements violents ».

Les dispositions de la loi sur le séparatisme, qui vise les groupes appelant à des agissements violents à l’encontre des personnes ou des biens, ne concernent pas le GALE, ajoute l’institution. Ils seront nombreux à apprécier : les Lyonnais, témoins de leurs actions violentes en marge des manifestations non déclarées, les observateurs de la diffusion de leurs propos « radicaux et parfois brutaux », ceux qui ont découvert ou ont été la cible de leurs tags « On va se venger », publiés à la suite de l’incendie d’une mosquée, les  visés par des slogans du type « pour une bonne dissolution, une seule solution : vive la chaux vive », et l’ISSEP, école fondée par Marion Maréchal, victime de dégradations. D’autant que le GALE pourra empocher les 3.000 euros versés par le gouvernement condamné à lui rembourser ses frais de justice.

Pour une fois, une seule, dans l’histoire de l’extrême gauche française depuis le démantèlement du groupement terroriste Action directe, en 1982, le gouvernement décidait d’agir contre un mouvement antifa. On retrouvait là une ligne annoncée par le jeune Darmanin, version juillet 2020, à l’aube de sa prise de fonction au ministère de l’Intérieur, lorsqu’il jurait vouloir « stopper l’ensauvagement de la société ». L’époque des audaces, des bonnes résolutions et des grands mots, quitte à emprunter au vocabulaire « Laurent Obertone ».

« Il n’est pas possible, en France, de dissoudre des mouvements d’extrême gauche »

Si, sous le premier quinquennat d’Emmanuel Macron, 26 associations ont bien été dissoutes (13 d’entre elles parce que liées à l’islamisme, on se souvient des célèbres BarakaVity et CCIF, et 11 autres réputées « d’extrême droite », Génération identitaire, les Zouaves, l’Alvarium, Bastion social, Les Petits Reblochons, Cercle Frédéric Mistral…), curieusement, pas une d’entre elles ne relève de la mouvance antifasciste. Étonnant pour qui a connu les multiples épisodes de violence à l’époque des gilets jaunes, les dégradations de l’Arc de Triomphe, les nombreuses agressions de militants comme ceux de  aspergés d’essence, les vitrines brisées et les « démonstrations de force »en tout genre ?

Maître Thierry Bouclier, qui publie un passionnant ouvrage intitulé La Gauche ou le monopole de la violence : de 1789 à nos jours aux Éditions La Nouvelle Librairie, nous le confirme : « Il n’est pas possible en France de dissoudre des mouvements d’extrême gauche. » Il voit dans ce désaveu « caricatural » du gouvernement par le Conseil d’État deux explications possibles. Pas plus consolantes l’une que l’autre : première hypothèse, Gérald Darmanin, très conscient qu’il prend le risque d’un désaveu du Conseil d’État, a « volontairement bâclé le dossier ». Dans ce type d’affaire, on peut imaginer, selon Maître Bouclier, que « le gouvernement sait qu’il va être retoqué, il sait que son dossier est mal ficelé, mais il fait de l’esbroufe. Ou bien, et c’est la deuxième hypothèse, notre Conseil d’État est idéologiquement contaminé et c’est grave ! »

Gageons qu’il y a un peu des deux. Souvenons nous de « Nantes révoltée », autre groupement antifa célèbre pour ses violences en Pays de Loire. Il avait été annoncé comme bientôt dissout par Gérald Darmanin en janvier. Depuis, aucune procédure n’aura finalement été initiée sans que l’on sache vraiment pourquoi.

En quelques semaines quatre décisions gouvernementales ont ainsi été remises en cause par le Conseil d’État : outre la dissolution du GALE, deux associations pro-palestiniennes ont aussi été absoutes et, cerise sur le gâteau, le décret de fermeture de la mosquée de Pessac, « soupçonnée de diffuser une idéologie salafiste » a été annulé. Entre velléités et effets de manche, la perspective d’un « remake Darmanin 2 à l’Intérieur » ne fait décidément guère fantasmer…

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